Ouyahia accuse nommément le Maroc et la France de vouloir provoquer des troubles en Algérie

Il accuse nommément le Maroc et la France de vouloir provoquer des troubles en Algérie
Ouyahia identifie ouvertement «la main de l’étranger»

Le secrétaire général du Rassemblement national démocratique, Ahmed Ouyahia, accuse ouvertement la France mais surtout le Maroc de chercher «à provoquer des troubles» en Algérie. Un véritable pavé dans la mare même si, diplomate qu’il est d’ailleurs de carrière, l’actuel ministre d’Etat, directeur de cabinet de la présidence de la République a pris le soin, ce faisant, de ne pas impliquer directement l’Elysée et le palais royal dans cette affaire. 

Kamel Amarni - Alger (Le Soir) - Ouyahia lançait ce message à travers un long entretien accordé à notre confrère arabophone El Khabar, paru hier mardi. Difficile, bien évidemment de dissocier le secrétaire général du RND de sa fonction au plus haut niveau de l’Etat. Ministre d’Etat et directeur de cabinet de Abdelaziz Bouteflika , l’homme sait de quoi il parle lorsque, affirmatif, il livre la réponse suivante à propos de la fameuse «main de l’étranger». En effet, il dira ceci : «L’implication de la main de l’étranger, mon cher frère, a été détectée avec des preuves matérielles à l’occasion de certains événements.
 
Qui finance et qui abrite chez lui le mouvement autonomiste de la Kabylie ? Et qui est derrière le mouvement autonomiste du M’zab ? Ce sont la France et le Maroc qui sont derrière ces deux mouvements et nous en avons les preuves. Nos frères marocains pensent pouvoir solder leurs comptes avec nous en tentant de provoquer des troubles chez nous, en raison de nos différends sur la question du Sahara occidental». Certes, Ouyahia nuancera son propos en épargnant les deux Etats respectifs de la France et du Maroc. «Mon propos ne doit pas être interprété comme étant une accusation à l’encontre du palais présidentiel en France ou du palais royal au Maroc. Mais ce sont des milieux, dans ces deux pays respectifs, qui ont intérêt à voir des troubles provoqués dans notre pays et ce qui est regrettable, c’est le fait de voir des fils de mon pays répondre favorablement à l’appel à la grève à Béjaïa sans même situer son origine. Parvenait-il de Sidi Bel Abbès, de Berlin ou du Danemark» ? Pour rappel, ce n’est pas la première fois qu’Ahmed Ouyahia évoque cette implication directe de «parties» étrangères à l’occasion de certains événements qui avaient agité le pays ces dernières années, notamment les dramatiques événements de Ghardaïa ou la campagne anti-gaz de schiste. Mais cette fois, l’accusation est si précise que l’on ne peut la reléguer à un simple discours creux, attribuant tous nos malheurs à la fameuse «main de l’étranger». 

Ouyahia cite deux pays, nommément, le Maroc et la France ! Et celui qui lance cette accusation n’est pas qu’un simple chef d’un parti politique ! Il s’agit, à l’évidence d’un message clair destiné pour Paris, mais surtout pour Rabat et que les concernés n’auront bien sûr aucun mal à déchiffrer comme étant la position officielle de l’Algérie. Ouyahia fait en effet bien la distinction entre des messages lancés comme chef de parti, et ceux livrés par un haut responsable de l’Etat. C’est ainsi qu’il a eu , par exemple, à livrer un autre message, dans le même entretien accordé à nos confrères d’El Khabar, concernant son dernier voyage en Tunisie et sa rencontre avec le leader du parti Ennahda, Rached El Ghanouchi et un dirigeant libyen. «A l’occasion d’une audience accordée par le président Abdelaziz Bouteflika à Rached Ghanouchi, et à laquelle j’ai assisté en ma qualité de directeur de cabinet de la présidence de la République. El Ghanouchi m’interpellera : «Si Ahmed, quand est-ce que vous allez nous honorer de votre visite ? Je lui répondis : étant trop pris par la préparation des élections, je vous promets de venir après le scrutin. Or, il insista tellement que j’ai fini par lui rendre visite le 24 janvier dernier. Je suis allé lui rendre visite à son domicile où j’ai trouvé avec lui, l’ancien ministre des Affaires étrangères, Abdesselam Rafik. A peine la discussion entamée que El Ghanouchi me demandera si cela me dérangeait qu’un autre invité qui se trouvait également chez lui, prenne un café avec nous». Cet autre invité est un dirigeant libyen répondant au nom de Salabi. Ouyahia expliquera ensuite que, naturellement, la discussion a porté sur la situation en Libye, mais qu’il ne s’agit, aucunement, d’une rencontre officielle, engageant l’Algérie. «Si c’était le cas, comme cela avait été rapporté à tort, il y aurait eu un communiqué officiel. Chez nous, en Algérie, on ne mélange jamais entre les affaires de l’Etat et les activités partisanes» tranchera Ouyahia, histoire de démentir fermement et définitivement la volonté de l’Algérie de recourir à une médiation d’El Ghanouchi dans la gestion du dossier libyen.
K. A.



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