Règlement du conflit Sahraoui Le Maroc bloque toute initiative

31 Décembre 2015



L’année 2015 n’a pas connu le "tournant décisif" souhaité par le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon dans son rapport de 2014 pour le règlement du conflit au Sahara occidental.

Le Maroc a continué, pendant cette année, à bloquer toute initiative visant une solution pacifique permettant l’autodétermination du peuple sahraoui par l’organisation d’un référendum juste et régulier. Son intention à vouloir perpétuer son occupation des territoires sahraouis apparaît clairement à travers la visite du Roi Mohamed VI, en novembre dernier, à Laâyoune et Dakhla occupées, qualifiée par le président Sahraoui Mohamed Abdelaziz d’"escalade dangereuse". 

L’obstination du Maroc à bloquer "tout règlement pacifique" s’est par ailleurs accompagnée de violations des droits de l’homme dans les territoires sahraouis, selon les nombreux rapports publiés par des organisations internationales et des agences onusiennes spécialisées. Son refus des négociations "directes et sérieuse", demandées par le secrétaire général de l’Onu et son entêtement à ne "discuter que les détails de (son) plan d’autonomie" indique que Rabat a définitivement tourné le dos à la légalité internationale, selon la direction sahraouie.

L’envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental, Christopher Ross, avait relevé, au cours de ce mois décembre, dans son briefing devant le conseil de sécurité, que ses tentatives pour relancer le processus onusien n’ont pas abouti en raison de l’attitude marocaine visant à pérenniser le statu quo. 

M. Ross tente, depuis Manhasset (Etats-Unis) où avaient eu lieu les derniers pourparlers entre le Front Polisario et le Maroc en 2012, d’amener ce dernier à la table des négociations. Il a effectué, cette année, sans succès, trois déplacements dans la région: en février, en septembre et le dernier en novembre date à laquelle le Maroc lui a signifié une interdiction de se rendre dans les territoires du Sahara occidental.

Cette décision a été rejetée par l’Onu qui a fait état du droit de l’Envoyé personnel du SG de visiter le Sahara occidental conformément au mandat assigné par le Conseil de sécurité. Les Nations unies ont, en outre, déclaré formellement que le Sahara occidental "relevait du processus de décolonisation".

Les thèses marocaines battues en brèche

Battues en brèche, les thèses marocaines trouvent de moins en moins d’écho dans les grandes capitales même si "la communauté internationale ne met pas assez de pression sur le Maroc pour l’amener à accepter la tenue du référendum", selon le président Mohamed Abdelaziz.

Ainsi, la quasi-unanimité des membres du Conseil de sécurité a, au cours du briefing de M. Ross, appuyé le processus onusien pour une solution politique qui garantit le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Ils ont aussi souligné la nécessité de parvenir à un accord sur le statut juridique définitif du territoire sahraoui, a indiqué le représentant du Front Polisario à l’Onu, Ahmed Boukhari. Deux prises de position européennes, à la fin de cette année, ont aussi conforté le Polisario dans ses positions.

La première concerne l’annulation par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) de l’accord sur la libéralisation du commerce des produits agricoles et halieutiques, conclu en mars 2012 entre le royaume chérifien et l’UE. La seconde est relative à la demande du parlement européen à l’Onu pour doter la mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara Occidental (Minurso) d’un mandat de surveillance des droits de l’homme. Paris faisant toujours obstruction à cet élargissement, fait observer M. Boukhari.

La question sahraouie devrait figurer en bonne place de l’agenda de l’Onu et du Conseil de sécurité en 2016, année qui doit voir, dés janvier, la visite de Ban Ki-Moon dans les territoires sahraouis occupés. Les dirigeants sahraouis formulent le souhait de voir, à l’occasion de cette visite, le Maroc soumis à de "nouvelles pressions pour accepter la légalité internationale". Dans le cas contraire, "elle aura manqué son objectif", a dit M. Boukhari. L’éloignement du processus de paix ouvrira alors la voie à toutes les options dont le retour à la lutte armée, déclarent les dirigeants sahraouis.
Par : Fayçal Abdelghani et Idir Ammour
http://www.lemidi-dz.com/index.php?operation=voir_article&date_article=2015-12-31&id_article=monde@art2@2015-12-31

"Le Maroc se positionne contre toutes les causes justes" (source diplomatique algérienne)

Le Maroc rejoint Israël et vote contre la résolution de l'Assemblée générale des Nations unies, sur «l'application de la Déclaration de l'octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux». 

Une source diplomatique algérienne explique, dans une déclaration àAlgeriepatriotique, que «ce vote est significatif a plusieurs égards dans la mesure où il démontre d'une part, l'isolement total du Maroc au sein de la communauté internationale et, d'autre part, son positionnement aberrant contre toutes les causes justes, y compris la cause palestinienne dont il préside, par ailleurs, le comité El-Qods». 

Pour comprendre pourquoi le Maroc a voté comme Israël, la même source fait savoir que cette résolution, qui a été adoptée à une très large majorité, réaffirme, notamment, que l'existence du colonialisme sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations, y compris l'exploitation économique, est contraire à la charte des Nations unies. Elle contredit également la Déclaration sur l'octroi et l'indépendance aux pays et aux peuples coloniaux et à la Déclaration universelle des droits de l'Homme. 
La résolution affirme, à nouveau, son soutien aux aspirations des peuples sous domination coloniale à exercer leur droit à l'autodétermination, y compris l'indépendance, conformément aux résolutions pertinentes des Nations unies relatives à la décolonisation. 

Elle demande, enfin, au Comité spécial de décolonisation de continuer à chercher les moyens appropriés d'assurer la mise en œuvre immédiate et intégrale de la Déclaration sur l'octroi de l'indépendance aux pays et peuples coloniaux, et d'appliquer les actions appropriées visant à l'éradication du colonialisme dans tous les territoires qui n'ont pas encore exercé leur droit à l'autodétermination. 

«La résolution s’applique parfaitement au cas du Sahara Occidental», précise notre source, qui souligne que «le Maroc persiste à ne pas reconnaître que ce pays figure sur la liste des territoires non autonomes établie par l’ONU et n’admet pas que la question du Sahara Occidental est une affaire de décolonisation, et qu’elle doit suivre le processus garantissant au peuple sahraoui son droit fondamental à l'autodétermination». C’est ce conflit, commencé depuis une quarantaine d’années, qui empêche l'intégration africaine du Maghreb, affirme notre source. 

L’isolement du Maroc par rapport à la question du Sahara Occidental s’est traduit dernièrement par la décision de la Cour de justice de l’Union européenne qui a annulé l'accord sur la libéralisation du commerce des produits agricoles et halieutiques, conclu en mars 2012 entre le royaume chérifien et l'UE. La CJUE dénonce l’accaparement des ressources naturelles au Sahara Occidental, en violation du droit international, et reconnaît que ce fait relève du pillage colonial auquel s’oppose le peuple sahraoui. 

D’autres signaux forts de cet isolement du Maroc ont été donnés au niveau des pays de l’UE, notamment par la demande du Parlement européen à l'ONU de doter la mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara Occidental (Minurso), d'un mandat de surveillance des droits de l'Homme. Il n’y a presque plus qu’Israël pour tenir compagnie au Palais. Malgré les campagnes de BDS Maroc (Boycott, Désinvestissement et Sanctions), les échanges commerciaux entre le Maroc et Israël ont enregistré une hausse, jugée importante en 2015, selon les données fournies par l’entité sioniste. Alors, ne soyons pas surpris d’apprendre que, selon des sources médiatiques, le chef de l’opposition israélienne, Isaac Herzog, a pensé au Maroc pour faire partie d’une mini-Otan que pourrait lancer l’entité sioniste, avec les pays du Golfe. Selon ce dirigeant sioniste, tous ces pays ont des ennemis et des intérêts communs.
Houari Achouri

Algériepatriotique, 28/12/2015

Hassan II : "Affame ton chien, il te suivra"



Hassan II : "Affame ton chien, il te suivra". C'est la politique marocaine suivie au Sahara Occidental



La production de phosphates a enregistré au moins de novembre dernier une augmentation de 20,6 %, élevant le volume des exportations du Maroc à 40,93 milliards de Dirhams, selon des chiffres publiées par le Bureau marocain de Change.

Les gains sont dus à une augmentation dans la demande d'engrais, du phosphates et de ses différents dérivés.

Entre-temps, le chômage parmi la population sahraouis dans les territoires occupés du Sahara Occidental ne cesse d'augmenter et les manifestations pour revendiquer le droit sacré au travail sont réprimées avec des méthodes de plus en plus violentes. L'Avenue de Smara à El Aaiun, capitale occupée du Sahara Occidental en est témoin presque quotidiennement.

Les conditions de vie des sahraouis dans les villes contrôlées par le Maroc ne cessent de dégrader. De nombreuses familles n'ont même pas accès aux subventions appelées « cartilla », dont le montant est équivalent à 200 euros et qui est utilisée pour maintenir la population sous perfusion conformément aux enseignements du roi Hassan II qui disait « affame ton chien, il te suivra ». Toute personne qui ose manifester contre l'occupation et la politique colonialiste du Maroc au Sahara Occidental sera interdite de cette subvention en guise de châtiment.



Cela, en dépit des gains rapportés par la vente du phosphate sahraoui, de la pêche et de la production agricole. Toutes destinées à l'exportation.

Source : Diaspora Saharaui, 28/12/2015



La vie d’un sahraoui à Laayoun

Lorsque nous présentons le Sahara Occidental, nous expliquons l’origine du conflit, les résolutions de l’ONU, la vie des sahraouis dans les campements de réfugiés dans le désert algérien, la situation de la partie du territoire libéré…
Puis, nous évoquons les difficultés rencontrées par les sahraouis dans leur pays occupé. Si, la plupart du temps, nos interlocuteurs acquiescent, questionnent, s’étonnent, il en est qui sourient sans nous croire.
Il est vrai qu’il y a peu de temps, il était compliqué de « prouver » !
Mais les temps changent et avec eux les technologies évoluent. Ainsi, désormais, grâce aux téléphones, les vidéos des agissement des policiers et militaires marocains sont dénoncés dans la minute, au travers des réseaux sociaux. On peut y voir la brutalité et l’ignominie de quelques uns devant femmes ou enfants, à terre parfois, sans défense tout le temps.
Alors qui s’étonnera aujourd’hui que le Parlement Européen mentionne les exactions du royaume dans le territoire qu’il occupe ?  «  le Parlement européen a fini par adopter, par 258voix contre 251, un amendement de députés qui exhortent les Nations unies à doter sa mission pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) d’un mandat de surveillance des droits de l’Homme. » Il n’est pas nécessaire de chercher très loin pour trouver les « actions » policières des forces d’occupation et, particulièrement, les frappes sur les femmes :
Les conclusions du PE sont logiques qui demande dans un amendement aux «  Nations unies de doter la MINURSO d’un mandat en matière de droits de l’homme, à l’instar de toutes les autres missions onusiennes de maintien de la paix de par le monde »
Désormais des voies s’élèvent également en France ; depuis quelques années on entend un autre son … on peut lire
Philippe Bolopion (directeur ONU de Human Rights Watch) et
son intervention dans ce sens, ici dans « Le Monde » : Sahara occidental : la France contre les droits de l’homme ?
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/12/22/sahara-occidental-la-france-contre-les-droits-de-l-homme_1456151_3232.html#euCCk0xcGkoeoPe3.99


le groupe GUE/NGL au parlement a complété son amendement en demandant « la libération de tous les prisonniers politiques sahraouis » et demande qu’ « un accès aux territoires du Sahara occidental occupé soit accordé aux parlementaires, aux observateurs indépendants, aux ONG et à la presse«


Sahara Occidental: pas d'avancée dans le règlement du conflit, le Maroc bloquant toute initiative



ALGER- L'année 2015 n'a pas connu le "tournant décisif" souhaité par le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon dans son rapport de 2014 pour le règlement du conflit au Sahara occidental.

Le Maroc a continué, pendant cette année, à bloquer toute initiative visant une solution pacifique permettant l'autodétermination du peuple sahraoui par l'organisation d'un référendum juste et régulier.

Son intention à vouloir perpétuer son occupation des territoires sahraouis apparaît clairement à travers la visite du Roi Mohamed VI, en novembre dernier, à Laâyoune et Dakhla occupées, qualifiée par le président Sahraoui Mohamed Abdelaziz d'"escalade dangereuse".

L'obstination du Maroc à bloquer "tout règlement pacifique" s'est par ailleurs accompagnée de violations des droits de l'homme dans les territoires sahraouis, selon les nombreux rapports publiés par des organisations internationales et des agences onusiennes spécialisées.

Son refus des négociations "directes et sérieuse", demandées par le secrétaire général de l'ONU et son entêtement à ne "discuter que les détails de (son) plan d'autonomie" indique que Rabat a définitivement tourné le dos à la légalité internationale, selon la direction sahraouie.

L'Envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental, Christopher Ross, avait relevé, au cours de ce mois décembre, dans son briefing devant le conseil de sécurité, que ses tentatives pour relancer le processus onusien n'ont pas abouti en raison de l'attitude marocaine visant à pérenniser le statu quo.

M. Ross tente, depuis Manhasset (Etats-Unis) où avaient eu lieu les derniers pourparlers entre le Front Polisario et le Maroc en 2012, d'amener ce dernier à la table des négociations.

Il a effectué, cette année, sans succès, trois déplacements dans la région: en février, en septembre et le dernier en novembre date à laquelle le Maroc lui a signifié une interdiction de se rendre dans les territoires du Sahara occidental.

Cette décision a été rejetée par l'ONU qui a fait état du droit de l'Envoyé personnel du SG de visiter le Sahara occidental conformément au mandat assigné par le Conseil de sécurité. Les Nations unies ont, en outre, déclaré formellement que le Sahara occidental "relevait du processus de décolonisation".

Les thèses marocaines battues en brèche


Battues en brèche , les thèses marocaines trouvent de moins en moins d'écho dans les grandes capitales même si "la communauté internationale ne met pas assez de pression sur le Maroc pour l'amener à accepter la tenue du référendum", selon le président Mohamed Abdelaziz.

Ainsi, la quasi-unanimité des membres du Conseil de sécurité a, au cours du briefing de M. Ross, appuyé le processus onusien pour une solution politique qui garantit le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination.

Ils ont aussi souligné la nécessité de parvenir à un accord sur le statut juridique définitif du territoire sahraoui, a indiqué le représentant du Front Polisario à l'ONU, Ahmed Boukhari. Deux prises de position européennes, à la fin de cette année, ont aussi conforté le Polisario dans ses positions.

La première concerne l'annulation par la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) de l'accord sur la libéralisation du commerce des produits agricoles et halieutiques, conclu en mars 2012 entre le royaume chérifien et l'UE. La seconde est relative à la demande du parlement européen à l'ONU pour doter la mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara Occidental (Minurso) d'un mandat de surveillance des droits de l'homme.

Paris faisant toujours obstruction à cet élargissement, fait observer M. Boukhari.

La question sahraouie devrait figurer en bonne place de l'agenda de l'ONU et du Conseil de sécurité en 2016, année qui doit voir, dés janvier, la visite de M. Ban Ki-Moon dans les territoires sahraouis occupés.

Les dirigeants sahraouis formulent le souhait de voir, à l'occasion de cette visite, le Maroc soumis à de "nouvelles pressions pour accepter la légalité internationale". Dans le cas contraire, "elle aura manqué son objectif", a dit M. Boukhari. L'éloignement du processus de paix ouvrira alors la voie à toutes les options dont le retour à la lutte armée, déclarent les dirigeants sahraouis.

APS, 27/12/2015

La France prend ses distances des ressources sahraouies

Exploitation des richesses du Sahara Occidental - La France prend ses distances


La France a-t-elle décidé de mettre un terme à son soutien au Maroc sur le dossier du Sahara occidental ? Les faits récents montrent qu'il y a au moins un petit changement : d'abord la compagnie pétrolière Total a décidé, cette semaine, d'abandonner la prospection des hydrocarbures sur les eaux profondes du Sahara occidental.

Pour sa part, Engie (ex-GDF Suez) n'a pas postulé à la présélection des entreprises qui devront réaliser une centrale photovoltaïque à El Ayoun, sur les territoires occupés du Sahara occidental. A Rabat, on considère que c'est la diplomatie algérienne qui est derrière le retrait des entreprises publiques françaises.

Le rêve évaporé

En 2011, la compagnie Total avait obtenu un permis de recherche et d'exploration d'une superficie de 100 mille kilomètres carrés au large d'Anzarane, situé sur les territoires sahraouis.

Un projet tellement ambitieux que le Maroc se voyait déjà dans le gotha des monarchies pétrolières.

L'attribution de ce permis de recherche avait soulevé la protestation de plusieurs ONG, notamment Western Sahara Resource Watch. Dans une déclaration publique, cette organisation avait noté que, par ce geste, «Total compromet directement les efforts de paix de l'ONU et sabote le droit international. Nous lançons un appel à la société pour reconsidérer immédiatement son implication», avait déclaré Erik Hagen, président de l’ONG.

Prise dans l'étau du droit international et les pressions des ONG, la compagnie française devait riposter conjointement avec l'Office marocain des hydrocarbures et des mines (Onhym). Dans une déclaration commune diffusée le 19 décembre 2013, l'Onhym et Total «notent que les secteurs des mines et des hydrocarbures au Maroc sont libéralisés et que l’exploration et l’exploitation des ressources naturelles d’hydrocarbures obéissent aux principes et aux normes internationaux, à la législation nationale pertinente et notamment le code minier, le code des hydrocarbures et la loi sur l’environnement». Avec encore plus de mépris envers les ONG, les sociétés française et marocaine ajoutent que «les populations locales et leurs représentants sont consultés et associés et qu’elles en bénéficient effectivement et équitablement. L’exploration et l’exploitation des ressources naturelles d’hydrocarbures contribueront d’une manière transparente au développement des régions concernées».

L'exploitation de ce même permis avait été portée, en 2001, devant le Conseil de sécurité qui avait demandé une expertise juridique sur la question. Le 29 janvier 2002, le conseiller juridique, secrétaire général adjoint aux affaires juridiques, Hans Corell, notait que «si des activités de prospection et d’exploitation devaient être entreprises au mépris des intérêts et de la volonté du peuple du Sahara occidental, elles contreviendraient aux principes de droit international applicables aux activités touchant aux ressources minérales des territoires non-autonomes».

En dépit de cette gifle, Total a repris, en 2011, les explorations sur le permis d'Anzarane, en profitant de l'agitation du printemps arabe.

Etrangement, depuis le début des opérations d'exploration, Total n'a jamais communiqué sur les réserves que recèle ce permis, alors que la partie marocaine évoquait, en off, des milliards de mètres cubes de gaz et des quantités similaires de pétrole.

Mais voilà qu'au cours de cette semaine, Total a montré sa volonté d'abandonner le permis sous prétexte que les résultats de l'exploration ne sont pas encourageants.

Cette décision est intervenue quelques jours seulement après la suspension par la communauté européenne des accords agricoles signés avec Rabat. La Cour de justice européenne justifiait cette décision par le fait que «le Conseil de l’Union européenne n’a pas vérifié si l’exploitation des ressources naturelles du Sahara sous contrôle marocain se faisait ou non au profit de la population de ce territoire».
Dans le même sillage, la compagnie française Engie n'a pas participé, au début du mois en cours, à la préqualification lancée par l'Agence marocaine de l'énergie solaire (Masen) pour la sélection des sociétés qui devront participer à la réalisation du projet d'une centrale photovoltaïque à Layoune, au Sahara occidental.

L'ombre de Lamamra

A Rabat, on pense que c'est Alger qui a exercé des pressions sur les sociétés françaises. Il est dit que c'est le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, qui a pesé de tout son poids sur les compagnies françaises à l'occasion de la tenue de la COP21, la semaine dernière à Paris.

On relie ce retrait également avec la visite organisée, il y a quelques jours à Oran, au profit des sociétés françaises sur les sites de la Sonatrach. Les responsables de 15 sociétés françaises se sont en effet rendus aux différentes installations de l'aval algérien et certaines d'entre elles ont même signé des contrats de partenariat avec des entités algériennes.

La partie marocaine pense que les entreprises françaises ont changé de cap, en craignant la réaction algérienne. Ils rappellent souvent le sort qui a été réservé à Siemens. Celle-ci avait participé à la réalisation d'une centrale éolienne sur les territoires occupés du Sahara occidental. Depuis lors, elle n'a bénéficié d'aucun projet de réalisation en Algérie, malgré le fait qu'elle ait soumissionné dans pratiquement tous les appels d'offres pour la réalisation de centrales électriques.

Mokhtar Benzaki

Le Soir d'Algérie, 24/12/2015

Sahara Occidental: les compagnies pétrolières étrangères appelées à "suivre la voie de Total"



DAKHLA (Camps de réfugiés sahraouis) - Un membre de l’instance sahraouie du pétrole et des mines, Kamal Fadel, a appelé les compagnies pétrolières étrangères activant au Sahara Occidental occupé par le Maroc, à se retirer et à suivre la voie de la compagnie Total qui a mis fin à ses activités, a rapporté l'agence sahraouie SPS.

Saluant l’annonce de la compagnie pétrolière française Total de se retirer du Sahara occidental occupé et sa décision de ne pas demander une nouvelle prolongation de son autorisation de reconnaissance dans le bloc Bir Anzarane, M. Fadel a appelé "les compagnies pétrolières étrangères activant à travers des accords illicites avec le régime marocain, à suivre la voie de la compagnie française", considérant leur présence de "violation au droit international et un encouragement à l'occupation illégale du Sahara occidental par le Maroc".

"Cette décision (le retrait de Total) est positive et en conformité avec le droit international", a estimé M. Fadel en marge des travaux du 14ème Congrès du Front Polisario qui se tient à Dakhla.

Il a, en outre, souligné que la République sahraouie ne ménagera aucun effort afin d’exercer des pressions sur les autres sociétés étrangères, y compris le recours à la voie juridique pour les amener à cesser leurs activités.

"Total a fait savoir aux autorités marocaines qu'il ne demanderait pas de nouvelle prolongation de son autorisation de reconnaissance sur le bloc d'Anzarane", avait expliqué une source proche de la compagnie française.

La décision de Total intervient moins de deux semaines après l'annulation par la Cour de justice de l'UE d'un accord commercial UE-Maroc parce qu'il incluait le territoire du Sahara Occidental.

Le ministre sahraoui délégué pour l'Union européenne, Mohamed Sidati, a qualifié cette annonce de "nouveau succès diplomatique" pour la cause sahraouie.

Il a ainsi rappelé que les multinationales activant dans les territoires sahraouis occupés "sont dans une situation illégale, pour laquelle elles risquent des poursuites judiciaires".

Dans ce contexte, l'Observatoire des ressources naturelles du Sahara occidental, Western Sahara Ressources Watch (WSRW), a dénoncé l'exploration du pétrole par des compagnies étrangères affirmant qu'elles "n'ont pas le droit d'explorer des ressources dans les régions sahraouies, sans le consentement du peuple sahraoui qui rejette ces opérations".

Il est de même pour l'ancien conseiller juridique de l'ONU, Hans Corell, qui a affirmé récemment que "l'exploitation des ressources naturelles au Sahara occidental, ne tenant pas compte des intérêts du peuple sahraoui est une violation des principes du droit international".

APS

L'Afrique bouge : Clôture du Congrès sur la paix et la sécurité en Afrique, à Oran

Dans le cadre de la stratégie africaine de se faire une présence plus forte dans le Conseil de Sécurité, les réunions du Congrès sur la paix et la sécurité en Afrique s'inscrivent dans la durée. Ses rendez-vous annuels à Oran sont une réalité depuis 2013.

Dans sa stratégie, renforcer le rôle des trois pays africains membres non permanents du Conseil de sécurité des Nations unies (A3) afin de leur permettre d'être des co-rédacteurs sur les points concernant l'Afrique, à l'ordre du jour, du Conseil de sécurité de l'ONU .

Le groupe A3 devra élaborer et soumettre un rapport sur son activité au Conseil de Sécurité de l'ONU, pour l'inclure dans le rapport du CPS au Sommet de l'UA. Il doit être informé par les envoyés et représentants spéciaux de l'UA, sur les questions concernant l'Afrique, qu'ils aborderont, lors des débats du CS des Nations unies. Dans le même ordre d'idée, les membres de l'A3 doivent renforcer leurs relations, avec le système des Nations unies, en particulier le conseiller spécial sur l'Afrique et les services du département des Affaires politiques, ainsi qu'avec le département des Opérations de maintien de la paix. 

Toutes des mesures visant à une meilleure défense des positions africaines communes sur les questions de paix et de sécurité du continent, dans le cadre du processus de prise de décisions du Conseil de sécurité des Nations unies. 

Treize points, entre thèmes et examen de situations, ont constitué l'ordre du jour de ce congrès, à savoir : un « briefing-débriefing » entre les membres sortants et ceux sortants du A3, la situation en Somalie, au Mali/Sahel, au Sahara occidental, en République centrafricaine, dans la région des Grands Lacs, au Burundi, en République démocratique du Congo, dans la région du Soudan/Soudan du Sud, en Libye, au Darfour (avec en amont, les activités de la MINUA), les efforts visant à neutraliser le groupe terroriste «Boko Haram» ainsi que la lutte anti-terroriste en Afrique, de manière générale.

Mansour Omar pointé du doigt par les milieux associatifs français

La France, principal alliée du Maroc dans le conflit du Sahara Occidental est devenu l'ennemi numéro des sahraouis. Durant les années de la confrontation armée entre le Maroc et le Front Polisario, Paris livrait des armes au Maroc soit gratuitement soit payées par l'Arabie Séoudite. 

Depuis le cessez-le-feu, l'Elysée soutient Rabat au niveau du Conseil de Sécurité en vue de contourner le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination. Rappelons le fameux veto français à l'élargissement du mandat de la MINURSO à la surveillance des droits de l'homme.

En dépit de tout cela, « rien de rien de rien ne se fait ni ne se voit en France au niveau politique ni juridique, ni autre... de la part du polisario tu as une idée sur cette catastrophe pour la cause et surtout le peuple ? », selon les mots utilisés par une activiste française de la cause sahraouie pour décrire le vide qui caractérise l'action du représentant sahraoui en France Mansour Omar. 

Claude Mangin, l'épouse du prisonnier politique sahraoui Naama Asfari n'a pas cité son nom mais elle s'est clairement plaint, dans une interview accordée au journal algérien El Watan, de l'absence d'activité politique du Front Polisario en France et accuse le mouvement de laisser le terrain libre aux lobby marocains qui sévissent dans la pays

Pire encore, ses relations avec la communauté sahraouie qui réside en France va de mal en pire. Le contact avec elle est pratiquement coupé.

Total cessera ses explorations de pétrole

Le Maroc continue à recevoir des échecs concernant la politique coloniale des territoires du Sahara occidental. Le géant pétrolier français Total, a décidé de «cesser ses explorations du pétrole au large du Sahara occidental» et ce, «en raison de résultats décevants» indique TV5 monde dans son site internet.

Wahida Oumessaoud


L’action en question, vient juste après quelques semaines de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) qui a annulé avec effet immédiat de l’accord controversé sur la libéralisation du commerce des produits agricoles et halieutiques du Maroc conclu en mars 2012 entre le royaume chérifien et l’UE englobant le Sahara occidental. «Total a fait savoir aux autorités marocaines qu’il ne demanderait pas de nouvelle prolongation de son autorisation de reconnaissance sur le bloc d’Anzarane» rapporte l’organe français qui précise que «les premières analyses des données sismiques n’ont rien donné ». 

Les raisons avancées par le géant français, sont «les résultats des études géologiques menées sur le permis Anzarane, sur lequel Total travaille depuis 2011, ne sont pas encourageants et l’autorisation de reconnaissance ne sera pas transformée en licence d’exploration».

Le porte-parole de Total a assuré à l’AFP, que le groupe «demeurera très présent au Maroc où il a de multiples activités ». Ainsi, il cita la filiale de distribution de carburants Total Maroc, introduite à la Bourse de Casablanca cette année. Les activités de Total au large du Sahara occidental, étaient critiquées et ce, en raison du «conflit de souveraineté qui déchire depuis 1975 cette colonie marocaine », mais Total avait toujours défendu sa position indiquant que «ses travaux dans cette zone n’étaient juridiquement pas contraires au droit international et à la Charte des Nations Unies».

Il est à noter que le géant français avait obtenu en décembre 2011, une autorisation de reconnaissance sur cette vaste zone de 100.000 km2 en mer où il a mené des travaux géologiques et géophysiques préliminaires, avant même le stade de l’exploration.

Cette autorisation avait été prorogée à plusieurs reprises jusqu’en décembre 2015, date de son arrivée à échéance.

Ainsi, le Royaume chérifien continue à subir des défaites face à la légitimité du peuple sahraoui d’obtenir son indépendance.

D’ailleurs, le tribunal de l’UE avait réaffirmé que «le Sahara occidental est un territoire non autonome tel que défini par l’ONU, le Front Polisario demeure le représentant légitime du Sahara occidental et l’exploitation des ressources naturelles de ce territoire par la puissance occupante (le Maroc) est illégale et d’ajouter l’arrêt du tribunal de l’UE constitue également un net désavouement à la politique du fait accompli et rappelle à la communauté internationale le devoir et l’obligation de se conformer à la légalité internationale».

Ouest Tribune, 22/12/2015

L'Union Européenne bouge les lignes au Sahara Occidental: Derniers réglages avant l’indépendance

De notre bureau de Bruxelles, Aziouz Mokhtari

La Cour de justice européenne, la Suède, le Parlement belge, Podemos en Espagne, les lignes bougent au Sahara occidental. C’est évident et c’est clair, dans les pays de l’Union européenne pris séparément ou dans l’ensemble composite qui les lie dans les institutions qu’ils ont créées, la question sahraouie bouge les positions, bouscule les hypocrisies et oblige, désormais, à avancer à visage découvert.

L’arrêt de la Cour européenne de justice qui a annulé l’Accord agricole avec le Maroc et qui englobait le Sahara occidental a eu des effets désastreux sur Rabat. Présentement, aucune institution européenne, de droit ou politique, ne peut assumer la «marocanité» du Sahara occidental, ni même de continuer de reporter aux calendes grecques la question.

Depuis, le Parlement européen à Strasbourg, ensuite à Bruxelles, a adopté une résolution dans laquelle il demande à ce que la Minurso (Mission des Nations-Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental) élargisse ses prérogatives à la défense des droits de l’Homme, l’une des principales exigences du Front Polisario depuis longtemps.

La Commission européenne, on le sait, maintenant, a longtemps hésité avant de faire appel de la décision de justice européenne invalidant, illico presto, l’Accord agricole avec le Maroc. Non pas que les Européens aient été satisfaits de la décision des juges du Luxembourg, mais parce qu’ils savent qu’ils n’ont aucune chance d’obtenir l’annulation de l’arrêt. La commissaire aux relations extérieures et à la défense commune, Federica Mogherini, numéro 2 en définitive du gouvernement de l’UE, faisant valoir dans d’interminables réunions autour de la question, qu’il ne servirait à rien d’engager des avocats, de solliciter des «conseils» à engraisser alors que l’issue est connue. Les magistrats de la cour d’appel ne casseront pas le premier jugement, un arrêt «blindé».

Le président Jean-Claude Juncker a même dit, en coulisses : «Le Maroc ne veut pas regarder les choses en face, au lieu d’aller négocier avec le Polisario, il s’entête à proposer des formules auxquelles plus personne ne croit.» Entre-temps, des informations parvenant de Suède font état de l’imminente reconnaissance par ce pays de la République sahraouie, la RASD. Les Suédois l’ont dit et donc le feront, tout le monde, ici, en est conscient.

Même la Belgique, traditionnellement si discrète, si vicieuse en relations internationales, s’y met et évoque le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination.

La semaine dernière, au Parlement belge, plusieurs députés ont pris la parole pour exhorter l’Union européenne à ne pas prendre ses distances avec le droit international concernant le Sahara occidental.
Juste retour des choses ou ironie de l’histoire, l’Espagne, qui a permis au Maroc la colonisation du Sahara occidental en lui servant la soupe, est sur le point de corriger un crime à nul autre pareil.

La fin du bipartisme dans ce pays signifie, aussi, que les complicités du Parti socialiste et de la droite populaire avec Rabat concernant le Sahara occidental ne peuvent plus être aussi ouvertement assumées.

Les forces montantes dans l’échiquier politique, Podemos et Ciudadanos, ont inscrit dans leurs programmes la question sahraouie. Même au sein des forces traditionnelles, droite conservatrice et PSOE, les nouveaux dirigeants ne sont pas sur la même ligne que leurs aînés, tout en pharisianisme, en duplicité et en corruption.

C’est ainsi. Il n’est pas de colonialisme éternel. Ni au Sahara occidental, ni ailleurs.

A. M.

Le Soir d'Algérie, 22/12/2015

Victoire du peuple sahraoui devant la Cour Européenne de Justice

L’accord entre l’Union européenne et le Maroc est annulé parce qu’il s’applique au Sahara occidental.


En mars 2012, l’Union européenne a signé avec le Maroc un accord de libéralisation des produits de l’agriculture et de la pêche. À l’époque, les associations de solidarité avec le peuple sahraoui (dont le MRAP), des juristes internationaux et de nombreux parlementaires européens avaient demandé au Conseil de ne pas signer cet accord illégal au regard du droit international car il concernait aussi le territoire du Sahara occidental. Bien que la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental ne soit reconnue, ni par les Nations unies, ni par les États membres, l’Union européenne a signé l’accord.

En novembre 2012, le Front Polisario a introduit un recours contre cet accord devant la Cour européenne de justice. La Cour a jugé recevable le recours du Front Polisario qui est ainsi reconnu comme représentant légitime du peuple sahraoui. Après trois ans de bataille judiciaire et de mobilisation internationale, la Cour européenne de justice a rendu son verdict le 10 décembre:l’accord entre l’Union européenne et le Maroc est annulé parce qu’il s’applique au Sahara occidental.

C’est une grande victoire et une décision historique pour le peuple sahraoui ! Le MRAP se félicite de cet arrêt qui confirme que le Maroc n’a aucune souveraineté sur le Sahara occidental. Les autorités européennes et les gouvernements devront en tenir compte en excluant le Sahara occidental de tous leurs accords de coopération avec le Maroc, en arrêtant tous les projets mis en œuvre au Sahara occidental, en interdisant le pillage des ressources naturelles du Sahara occidental. Tous les accords concernant le Sahara occidental devraient être négociés directement avec le Front Polisario qui se voit reconnaître le droit de poursuivre en justice les États et les entreprises qui signeront avec le Maroc des accords englobant le Sahara occidental.

Au lieu d’essayer de bafouer ou de contourner le droit international, l’Union européenne et ses États membres auraient mieux à faire en mettant tout leur poids pour l’application des résolutions de l’ONU.

L’arrêt de la Cour européenne de justice constitue aussi un encouragement à la poursuite de la mobilisation pour la libération des prisonniers politiques sahraouis et la pleine reconnaissance des droits du peuple sahraoui qui doit pouvoir décider librement de son avenir par un référendum d’autodétermination.

Paris le 12 décembre 2015

«Les médias français font du dossier sahraoui une question taboue» (Claude Mangin)

Claude Mangin Asfari, militante française des droits de l’homme au Sahara occidental, à Reporters : «Les médias français font du dossier sahraoui une question taboue»


Claude Mangin Asfari est militante des droits de l’homme de longue date, membre de l’Association française des amis de la RASD et épouse d’un prisonnier politique sahraoui incarcéré dans la prison marocaine de Salé. Cette Française se retrouve ainsi au cœur de la dernière question de décolonisation de l’Afrique qui s’étire depuis 1975 avec, depuis 1991, la promesse d’un référendum sur l’autodétermination du peuple sahraoui, qui n’a toujours pas eu lieu. Approchée par Reporters en marge des travaux du 14e Congrès du Front Polisario, qui se poursuivent jusqu’au 20 de ce mois à Dakhla, elle a bien voulu répondre à nos questions. Entretien.



Reporters : Qu’est-ce ça vous fait d’être l’épouse d’un militant et prisonnier politique sahraoui ?
Claude Mangin-Asfari : Que voulez-vous que je vous dise. C’est ainsi que va le train de ma vie. Un rituel que je mène depuis treize ans déjà. Disons que je mène du tourisme carcéral en lui rendant visite, lui et ses compagnons, une visite une fois chaque quatre mois dans la prison de Salé, au Maroc, où il a été enlevé, torturé et incarcéré le 7 novembre 2010, la veille du démantèlement par la force par l’armée coloniale marocaine du « campement de la liberté et de la dignité » de Gdeim Izeik.

Chose qui n’est assurément pas facile…
Bien entendu. Mais cela m’encourage à aller de l’avant dans mon combat aux côtés du peuple sahraoui pour le recouvrement de son indépendance. Car, en fait, il ne s’agit pas pour moi de défendre mon époux, mais la cause de tout un peuple qui aspire à vivre souverain sur tout le territoire de la RASD, une république en exil dans le Sud algérien.

Vous n’êtes pas sans savoir que votre époux Ennaâma Asfari n’est pas le seul militant à être incarcéré pour son combat nationaliste. Et c’est pour cela que, en compagnie d’autres militants(tes) français(es), vous êtes militante au sein de l’Association française des amis de la RASD (AARASD)…
Tout à fait. Comme je l’ai souligné auparavant, la cause sahraouie, je l’ai épousée depuis 1989. Autrement dit, mon combat avec les Sahraouis remonte à des années bien avant que mon destin et celui d’Ennaâma se croisent. C’est une conviction, un engagement que je compte tenir même au-delà de l’indépendance du Sahara occidental pour l’édification d’un Etat souverain. C’est un choix que je ne regrette en aucun cas. C’est un combat pour la justice et la liberté.

Cependant, votre analyse et engagement ne sont pas partagés par vos concitoyens français et la position de la France officielle vis-à-vis de la question sahraouie n’est guère honorable…
C’est une triste vérité. C’est malheureux de le rappeler, mais c’est là une position connue de tout le monde et nous la regrettons vivement. Notre autre objectif d’ailleurs est de sensibiliser la société française qui ignore tout de la question sahraouie.

Vous dites une société française qui ignore tout de la question sahraouie à l’ère des nouvelles technologies. N’est-ce pas un peu énigmatique ?
Oui, tout à fait. Mais ce n’est pas la faute aux Français s’ils ignorent tout.

Cette faute incombe à qui donc, selon vous ?
Les médias français, qu’ils soient presse écrite, radio ou même télévision, font souvent l’impasse sur tout ce qui entoure la cause sahraouie. C’est une question taboue rarement évoquée. Beaucoup de nos médias s’intéressent beaucoup plus à autre chose qu’à ce mal vécu par les Sahraouis des camps de réfugiés ou de l’autre côté du mur de la honte, c’est-à-dire dans les territoires du Sahara occidental occupés depuis l’invasion marocaine en 1975. Les amitiés qui lient depuis bien longtemps le royaume marocain et l’Elysée ont fait que le problème du Sahara occidental est complètement occulté. D’ailleurs, c’est ce que nous avons inscrit comme une priorité de notre association. D’ailleurs, au niveau de notre association, nous axons l’essentiel de nos efforts afin de médiatiser le plus possible la question sahraouie et de faire la lumière sur les souffrances, comme signalé auparavant, des Sahraouis où qu’ils soient.

Peut-on s’attendre à ce que cette position change au profit du peuple sahraoui ?
Je l’espère, car les rapports de force se construisent, prenons le cas de l’annulation récente par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), avec effet immédiat, de l’accord controversé de mars 2012 entre le Maroc et l’UE, englobant le Sahara occidental occupé, sur la libéralisation du commerce des produits agricoles et halieutiques. C’était impensable avant cette date.

Après une quarantaine d’années de combat marquée par une guerre destructrice de seize ans, que peut-on dire au jour d’aujourd’hui de l’évolution de la cause sahraouie ?
Eh bien, cette même cause a enregistré de francs succès ces dernières années. La mobilisation contre la colonisation du Sahara occidental est montée d’un cran, avec l’organisation de plusieurs marches à travers le monde, au moment où les dirigeants sahraouis, des militants et des ONG multiplient les appels à l’adresse des Nations unies afin de relancer le processus d’autodétermination pour mettre un terme à 40 ans d’occupation par le Maroc. De Washington à Londres, en passant par Paris, des membres de partis politiques et représentants d’ONG ont tenu à faire entendre leur voix. Cet élan de solidarité avec les Sahraouis vient s’ajouter aux appels des dirigeants sahraouis à la communauté internationale pour qu’elle assume ses responsabilités envers le peuple sahraoui qui vit depuis 40 ans sous l’autorité coloniale marocaine et qu’elle organise un référendum d’autodétermination conformément aux résolutions pertinentes de l’ONU sur cette question. Ce n’est pas tout. Rien ne se cache plus à la communauté internationale s’agissant de la question des violations des droits de l’homme dans les territoires occupés. Tous les rapports établis dans ce sens sont édifiants.

Comment voyez-vous la prochaine étape de la lutte des Sahraouis particulièrement après la tenue de ce 14e congrès du Polisario ?
Avant ma venue, ici à Dakhla, j’avais l’impression que cela allait représenter une étape importante pour la lutte du peuple sahraoui. Il s’est avéré que je ne me suis pas trompée. Les Sahraouis sont en lutte depuis plus de 40 ans réclamant l’application d’un droit qui leur a été pourtant garanti depuis 1991 et pour lequel toutes les conditions sont réunies, sauf l’entêtement du Maroc, qui se protège derrière la France.

La question de la reprise des armes est souvent évoquée ces derniers temps par les Sahraouis. Qu’en pensez-vous en tant que militante connue pour vos positions vis-à-vis de la question sahraouie ?
Seuls les Sahraouis, à leur tête leur représentant légitime, le Front Polisario, pourront décider de la suite à donner à leur combat. Et vous, les Algériens, vous êtes bien placés pour savoir que la liberté s’arrache et ne s’offre pas. Depuis le cessez-le-feu signé entre le Maroc et le Polisario, ce dernier a de tout temps honoré ses engagements. Il n’a rien à se reprocher, contrairement au royaume marocain, qui continue à faire fi des recommandations de la communauté internationale et de l’ONU. Autre chose : bien que le référendum d’autodétermination tant promis tarde à voir le jour, il a été établi qu’aucun Sahraoui ne soit mêlé de près ou de loin aux groupes terroristes. Quand bien même la patience a ses limites.

Justement, parlant de l’ONU et du référendum, quel est votre commentaire à propos de la visite de Ban Ki-moon prévue prochainement dans la région ?
Je pense que ce dernier, en fin de mandat, voudrait le terminer avec une bonne note pour la cause sahraouie. Ce serait en tout cas une énième gifle pour le Maroc.

Vous êtes une habituée des réfugiés sahraouis à Tindouf. Que diriez-vous des allégations marocaines affirmant à chaque fois que les réfugiés sont séquestrés dans ces campements ?
Cela ne nous étonne guère de la part du Makhzen, qui tente à chaque fois de ternir l’image de l’Algérie, qui a pris position en faveur de la justesse de la cause sahraouie. A ce Maroc, je dirais que c’est totalement absurde, car, dans les faits, les campements sont tout le temps ouverts, y compris pour des délégations étrangères et les journalistes. Les conditions de vie sont assurément difficiles, mais les réfugiés y mènent une vie ordinaire, sans pression aucune. Ceux qui connaissent les camps vous diront que les tentes qu’ils occupent ne sont jamais fermées. Alors, dites-moi comment un prisonnier ne tente pas de s’y évader. A ce sujet précis, nul ne pourrait remettre l’apport de l’Algérie à la cause sahraouie ainsi qu’aux réfugiés établis dans des campements depuis le début de l’invasion marocaine des territoires du Sahara occidental.

Un dernier mot…
Non, plutôt un souhait. Espérons que les Sahraouis puissent enfin avoir leur sort entre les mains.

Écrit par  

Reporters, 19/12/2015

14e ème congrès du Front Polisario: 40 ans «Barakat»

De notre envoyé spécial à Dakhla: Nouri Guelil

Le 14e congrès du Front Polisario s’est ouvert, mercredi, dans la wilaya de Dakhla dans les camps de réfugiés sahraouis près de Tindouf. 2472 délégués prennent part aux travaux de ce grand rendez vous de la République Arabe Sahraouie et Démocratique qui a comme slogan « Force, planification et volonté pour imposer l’indépendance nationale et la souveraineté ». Les participants venus des territoires occupés, des camps de réfugiés et de la diaspora, ont élu, après l’ouverture des travaux, un bureau pour diriger une commission pour diriger le congrès qui intervient cette année dans une conjoncture interne et externe particulière. Après 40 ans d’occupation marocaine, le peuple sahraoui éprouve une certaine lassitude. 24 ans après l’accord de cessez le feu, le Front Polisario a remporté beaucoup de batailles et réalisé d’énormes acquis. La dernière en date est le jugement rendu par le tribunal de l’Union européenne le jeudi 10 décembre par lequel il annonce l’annulation de l’accord agricole entre l’Union européenne et le Maroc. Cette décision a confirmé que le Maroc est une occupation illégale.

Le tribunal de Strasbourg s’est appuie sur le fait que la souveraineté du royaume du Maroc sur le Sahara Occidental n’est reconnue ni par l’Union et ses Etats membres ni par l’ONU.

Le Polisario a aussi mis KO le Maroc. Le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon effectuera une visite dans la région. Le SG de l’ONU rendra visite aux Sahraouis début 2016. Son envoyé spécial, Christopher Ross, que Rabat, essaye par tout les moyens de le mettre au frigo, a réitéré devant le Conseil de sécurité, début décembre, la nécessité d’engager des négociations directes entre le Front Polisario et le Maroc. Elles sont attendues dès janvier prochain.


Prévu jusqu’au 20 du mois courant, le congrès du Polisario ouvert hier, sera décisif pour l’avenir des Sahraouis.

La situation de ni guerre ni paix qui dure depuis 24 ans, et le blocage du Maroc des négociations lancées par l’ONU, sera au centre des débats de ce congrès qui se tient dans une étape importante du combat avec l’occupant marocain. Le Makhzen ignore le droit du peuple sahraoui à l’existence et continue de spolier les ressources naturelles sahraouies. Dans les territoires occupées de la RASD, il continue ses pratiques agressives contre les civils Sahraouis.

Le SG du Polisario, Mohamed Abdelaziz, a présenté le bilan morale des quatre dernières de sa présidence. Le président et secrétaire général du Front est revenu sur les victoires successives réalisées par diplomatie sahraouie au niveau régionale et internationale.

Mohamed Abdelaziz a affirmé que le combat du peuple sahraoui est un combat juste. Pour le président Sahraoui, le Maroc est plus isolé sur le plan international et la visite du Roi au territoires occupés du Sahara Occidental est une preuve de l’acharnement marocain après ses échecs sur la scène diplomatique. Le numéro un du Polisario a appelé l’organisation des Nations Unis à assumer ses responsabilités envers la cause sahraouie. Hier, la cause sahraouie a gagné beaucoup de points. La salle du congrès était archi comble. Des délégations étrangères venues des quarte coins de la planète étaient présentes à l’ouverture. L’Algérie était représentée par le ministre des Moudjahidine Tayeb Zitouni, Nouria Hafsi, présidente de l’UNFA n’a pas raté le rendez vous. Des cadres du Comité national de soutien au peuple Sahraoui et des ONG étaient présents. Le président de la conférence européenne de soutien au peuple sahraoui, le Belge Pierre Galand a été accueilli par des You You. L’épouse du détenu Sahraoui Naama Asfari, la Française Claude Mangin était également à Dakhla. Sa présence a permis aux journalistes Algériens, venus en grand nombre, d’avoir les dernières nouvelles des détenus sahraouis dans les prisons marocaines. Le représentant du parti Sud Africain l’ANC a tenu à assister à ce grand rendez vous de la première instance.

Algérieactu, 20/12/2015

Les révélations de Chris Coleman sur l'espionnage marocain à l'ONU retournent à l'actualité

Le Bureau du Contrôle Interne de l'ONU a repris l'enquête sur le directeur des opérations sur le terrain du Haut Commissariat des Nations Unies pour les droits de l'homme Anders Kompass, accusé d'espionnage au profit du Maroc, a rapporté dimanche le site Sumud se basant sur des informations révélées par une "source onusienne bien informée."

Les enquêteurs ont repris une enquête qui avait été lancée quelques mois plus tôt sur l'implication de Kompass dans la divulgation d'informations confidentielles sur les activités de l'ONU visant à renforcer le respect des droits de l'homme au Sahara Occidental à l'ambassadeur du Maroc à Genève, Omar Hilale.

Selon Sumud, la reprise des recherches implique que de nouvelles preuves ont été trouvées sur la question dont est accusé l'ambassadeur du Maroc et par laquelle il a été convoqué au mois de Juin dernier.

Il y a lieu de rappeler que le cyber-activiste Chris Coleman a révélé en Octobre 2014 des plans conçus par l'ambassadeur Hilale pour avorter les initiatives visant à étendre le mandat de la MINURSO à la surveillance et à rapporter sur les droits humains.

Le Maroc a réussi à obtenir les services de plusieurs fonctionnaires de l'ONU, à leur tête AndersKompass.

La documentation divulguée révèle décrit comment l'ambassadeur du Maroc à Genève, Omar Hilale, a gagné les faveurs des fonctionnaires du HCDH à Genève gagné afin d'influencer les décisions du Commissariat sur la situation des droits humains au Sahara Occidental et d'obtenir de l'information sur les activités du Front Polisario.

Au mois d'avril dernier, le journal britannique The Guardian a révélé que l'ONU avait cessé les fonctions d'Anders Kompass suite à la divulgation d'un rapport confidentiel accusant les casques bleus français opérant dans la République Centrafricaine de viols de mineurs. Kompass avait remis une copie du rapport aux autorités françaises.

Le blog Diaspora Saharaui est arrivé à la conclusion que l'ambassadeur du Maroc Omar Hilale avait des rapports sexuels avec Kompass, dont les inclinations homosexuelles étaient bien connues à Genève. Ils se retrouvaient souvent dans leurs lieux de résidence respectifs.

Conflit au Sahara occidental : Sensibilisation parmi les populations marocaines

D'énormes efforts ont été consentis pour sensibiliser les populations marocaines sur la légitimité de la cause sahraouie, ont affirmé vendredi à Dakhla (camps de réfugiés sahraouis) des militants sahraouis des territoires occupés venus prendre part au 14ème congrès du Front Polisario.

 "Nous n'avons ménagé aucun effort pour faire parvenir notre combat même au sein des populations marocaines, qui sont également réprimées par le régime du Makhzen", a déclaré à l'APS, le président de l'Association sahraoui de lutte contre la torture, basée à Dakhla occupée, Mami Amar Salem, en marge des travaux de la 3ème journée du congrès, qui a vu une importante participation de congressistes venus des territoires occupés.

 "Dans les territoires sahraouis occupés, les organisations des droits de l'Homme font un travail acharné pour sensibiliser les populations marocaines de la légitimité de la cause sahraouie", a-t-il ajouté. "Les militants Sahraouis activent sur plusieurs fronts dans leur travail de sensibilisation", a-t-il souligné, citant notamment les efforts menés par les étudiants sahraouis à l'inté- rieur des universités marocaines.

 Interrogé sur l'adhésion des ONG marocaines à la cause sahraouie et au droit du peuple sahraoui à l'autodétermination, M. Amar Salem, qui a constaté une "insuffisance" dans ce sens, a toutefois salué le travail que mènent l'Association marocaine des droits humains (AMDH) et le parti d'EnNahdj démocratique (ex-mouvement de gauche clandestin, Ila Al-Amam).

 Pour sa part, la militante Aminatou Damber -- s£ur du défunt militant Said Damber, assassiné par les forces de l'occupant il y a quelques années -- a dit que "le peuple marocain éprouve dans sa majorité une sympathie envers la cause sahraouie, mais il ne peut pas s'exprimer à cause de la répression".

 La militante, qui a salué à son tour "le courage et l'audace" de l'AMDH et du parti d'En-Nahdj démocratique, a fermement dénoncé l'"embargo médiatique imposé par les autorités marocaines aux populations sahraouies et marocaines".

 La veille, le Parlement européen avait adopté son rapport sur les droits de l'Homme, dont il demandé notamment l'élargissement du mandat de la Mission des Nations Unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (Minurso) au monitoring des droits de l'Homme au Sahara occidental. 

Conflit du Sahara occidental : salve de coups de semonce pour le Maroc

par Kharroubi Habib

Les soutiens internationaux qui ont permis au Maroc de se soustraire à l'engagement royal pris il y a une vingtaine d'année de respecter le principe de l'organisation d'un référendum d'autodétermination pour la population du Sahara occidental en contrepartie de l'arrêt de la lutte armée que le Polisario menait contre ses forces d'occupation, se lassent : à l'évidence de l'entêtement de ses autorités à prétendre que le dossier du Sahara occidental est clos par la décision de leur souverain octroyant « l'autonomie » interne à ce territoire dans le cadre de la souveraineté marocaine. Ils le font savoir à Rabat par des prises de position battant en brèche l'attitude de parti pris flagrant en sa faveur qui a été la leur jusque-là. 

Le coup de semonce annonciateur que les thèses marocaines sur le conflit du Sahara occidental sont de moins en moins défendables est venue des Nations unies qui, s'estimant provoquées par le comportement des autorités royales à l'égard de l'envoyé personnel pour le Sahara occidental du secrétaire général de l'ONU, ont fermement réaffirmé qu'elles s'en tiennent à leur engagement d'organiser le référendum dont Rabat a décrété ne plus vouloir en entendre parler. Leur réaffirmation de cet engagement s'est accompagnée de la sommation à l'endroit des autorités marocaines à cesser de faire obstruction à sa concrétisation. Sommation dont Ban Ki-moon a été chargé d'en faire connaître le caractère contraignant lors de la prochaine visite qu'il effectuera au royaume et dans la région en tant que signe que pour les Nations unies, les rodomontades marocaines ne sont d'aucun effet sur la position onusienne concernant le Sahara occidental. 

Il a été suivi de deux prises de position européennes qui ont ébranlé la certitude marocaine que le royaume a cause définitivement acquise auprès de l'Union européenne pour sa politique annexionniste. La première est venue de la cour de justice européenne qui a déclaré illégal et donc inapplicable le traité commercial négocié avec le Maroc portant sur l'exploitation des richesses du territoire sahraoui occupé, la seconde a émané du Parlement européen demandant à l'ONU de doter la Minurso (mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental) d'un mandat de surveillance des droits de l'homme. Il est clair que les autorités marocaines sont en train de perdre les appuis « inconditionnels » dont elles ont bénéficié et qui leur faisaient ignorer les appels à respecter les préconisations des Nations unies quant à un règlement du conflit sahraoui. Cela va probablement se vérifier dans quatre mois lorsque la question de l'élargissement des prérogatives de la Minurso sera de nouveau examinée au Conseil de sécurité. Paris, qui faisait obstruction à cet élargissement, ne peut persister dans sa position contraire à la demande que vient de formuler le Parlement européen qui rejoint celle des organisations humanitaires et de défense des droits de l'homme. Les Etats-Unis, quant à eux, y sont déjà favorables et ont même eu l'intention de parrainer une résolution dans ce sens qu'ils ont abondonnée sous la pression française. 

Depuis peu, Paris a émis des signaux sur le conflit sahraoui indiquant que la France ne peut, par respect de ce qu'elle prétend incarner, être dans le déni des principes sur lesquels se fonde la cause des Sahraouis sauf à s'en tenir cyniquement à celui que les intérêts de la monarchie marocaine priment pour elle sur ces principes.

Le Quotidien d'Oran, 20/12/2015

Sidati sur l’adoption par le PE du rapport sur le Sahara occidental : «Un désaveu à l’occupant marocain et ses lobbies»

Le représentant du Front Polisario en Europe, Mohamed Sidati, parle, dans ses réponses à nos questions, du contexte «particulier et important» dans lequel se tiennent les travaux du 14e Congrès du Front Polisario, de la portée de l’adoption par le Parlement européen (PE), jeudi dernier, de son rapport sur la situation des Droits de l’homme dans le monde, dans lequel le PE demande à l’occupant marocain, outre la libération immédiate des prisonniers politiques sahraouis, l’élargissement du mandat de la Minurso à la surveillance des Droits de l’homme, ainsi que l’accès, des territoires sahraouis occupés, aux observateurs, aux eurodéputés et aux médias.

Le Courrier d’Algérie : -Le 14e Congrès du Polisario se tient dans un contexte particulier et se penchera, dans ses travaux, sur des questions importantes, qu’en est-il, au juste ?

Mohamed Sidati : - Ce Congrès se tient dans un contexte où les congressistes vont décider et, à travers eux, le peuple sahraoui de la présente situation, dans le sens ou vraiment il y a un constat. Le Maroc n’avance pas, au contraire, il essaie de faire blocage et obstacle à ce processus de paix, et, partant donc, l’on ne peut maintenir cette situation de statu quo qui mène, en fait, le conflit dans une impasse et, par ricochet, des répercussions gravissimes sur la région. Donc, les congressistes poseront le problème et doivent adopter les choix stratégiques et ces choix consistent à dire que le peuple sahraoui est prêt dans les deux sens, je veux dire, il veut aller dans cette voie pacifique, continuer à forger justement cette voie pour parvenir à ces droits. Et il l’a fait prévaloir récemment au niveau de certain nombre d’instances internationales, européennes et autres, comme la dernière décision de la CJUE. Mais, si le choix pacifique d’un côté n’est pas assumé et surtout imposé par la CI au Maroc et à toutes les parties, c’est-à-dire le Front Polisario et le Royaume du Maroc, si la Communauté internationale se déclare incapable de poursuivre son processus de paix, surtout de le mettre en œuvre et permettre au peuple sahraoui d’exercer son droit inaliénable à l’autodétermination, alors le peuple sahraoui n’exclut aucune option et toutes les options sont sur la table.

- Y Compris la lutte armée…?
- Le peuple sahraoui n’exclut aucune option, j’insiste, et les congressistes auront à débattre, y compris cette option. Incontestablement, le courant majoritaire fera prévaloir la nécessité de forger la voie pacifique et d’essayer d’y parvenir, mais si l’on n’y parvient pas, il faut savoir, je ne dirai pas que les Sahraouis n’ont jamais abandonné les armes, je ne dirai pas qu’ils ont les doigts sur la gâchette, mais n’empêche qu’ils sont sur toutes les éventualités et toutes les options. Et, je crois, il appartient, justement et c’est très important, à la CI et particulièrement aux Nations unies de saisir cette occasion, et de ne pas laisser tomber, comme on le disait autrefois, le rameau de paix que tient le peuple sahraoui dans une main et qui de l’autre tient l’arme. Donc, je crois qu’il appartient au monde de réagir plus rapidement et de façon plus urgente pour sauver cette perspective de paix, entreprise par la Communauté internationale et les Nations unies, je crois que le message du peuple sahraoui à travers ces congressistes sera fort, clair, déterminé et tranchant. Vous avez vu le slogan de ce 14e Congrès, ce qui m’amène à dire que le degré de mobilisation, maintenant, du peuple sahraoui, je précise, n’a jamais été élevé à ce stade, la mobilisation et la volonté du peuple sahraoui de parvenir à la solution, quel que soit le moyen utilisé, bien sûr, on continue de privilégier la voie pacifique. Et faute de quoi, de toute façon, la lutte qu’elle soit armée ou autre, tous les moyens légitimes sont à la disposition du peuple sahraoui, et restent à sa disposition, et il saura user du moment opportun.

- Le Parlement européen vient d’adopter, confortablement, son rapport sur les Droits de l’homme dans le monde, dans lequel, la politique coloniale marocaine au Sahara occidental est pointée du doigt, qu’en est-il au juste?
- Le Parlement européen dans son rapport sur l’état des Droits de l’homme dans le monde vient d’adopter (avant-hier, jeudi dernier) un texte très, très important et surtout exhaustif, concernant le Sahara occidental, il a obtenu une majorité confortable et, partant donc, il est devenu un document officiel du Parlement européen qui sera parmi les documents présentés au Conseil des Droits de l’homme à Genève, il faut le rappeler. Il est surtout demandé, dans ce texte, la liberté de mouvement, d’expression pour les populations sahraouies des territoires occupés et, surtout, il demande la libération immédiate des prisonniers politiques sahraouis, et c’est très, très important. De l’autre côté, il insiste sur la nécessité de doter la Mission des Nations unies pour un référendum au Sahara occidental (Minurso), du mandat de protection et de surveillance de la situation des Droits de l’homme au Sahara occidental. Aussi, le Parlement européen a demandé, textuellement, la liberté d’accès des parlementaires européens aux territoires sahraouis occupés, parce qu’il y a eu des délégations de parlementaires, empêchées par le Maroc, de se rendre dans ces territoires, et le Parlement européen l’a demandé aussi pour les observateurs indépendants, pour les professionnels des médias.

- Qu’en est-il du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination dans le rapport adopté par le Parlement européen ?
- De l’autre côté, non seulement pour l’élargissement du mandat de la Minurso, mais surtout le soutien clair et net au droit du peuple sahraoui à l’autodétermination, et je crois qu’il s’agit là d’une résolution très importante qui vient à point nommé en cette fin d’année, pour dire, à quel point la question du Sahara occidental et la lutte du peuple sahraoui ont fait du chemin en l’Europe, notamment au sein de ses institutions. N’oubliez pas qu’on vient d’assister, récemment, au verdict du tribunal européen, qui annule les Accords du Maroc avec l’UE, car étant illégaux, tant que le Sahara occidental est inclu dans ce genre d’accords, et c’est très important, et c’est à l’actif du peuple sahraoui, mais, aujourd’hui, c’est l’Institution la plus démocratique et la plus importante, c’est le plus grand Parlement du monde qui consacre la question du Sahara occidental dans son rapport sur les Droits de l’homme.

- Quelle sera l’impact de la teneur de ce rapport, notamment au sein des institutions de l’UE ?
- On peut en conclure qu’il y a, non seulement, une prise de conscience de l’importance du problème, mais surtout aussi la position exprimée par le Parlement européen, selon laquelle la question du Sahara occidental, dans sa dimension, d’un problème fondamentalement de décolonisation, Droits de l’homme et de question de liberté, requiert et surtout retient l’attention de ce Parlement, institution importante, des trois qui constituent l’UE et ses décisions doivent être prises en considération par l’Exécutif de l’UE, notamment la Commission et le Conseil. Et là c’est un message très fort qui vient de l’Europe à l’endroit du Maroc, lui rappelant que la Légalité internationale ne peut être détournée, que les violations des Droits de l’homme au Sahara occidental, ne peuvent être indéfiniment tolérées. Et, encore une fois, en cette fin d’année, c’est à l’actif du peuple sahraoui et le Front Polisario qui tient un évènement majeur dans son histoire, en l’occurrence son 14e Congrès. Et les congressistes justement viennent de prendre de ce texte très applaudi, et surtout très confortant pour les congressistes qui débattent la conduite à adopter face aux atermoiements du Maroc face à cette situation d’impasse concernant la question du Sahara occidental et qui, surtout, ont pris note que la position du Parlement européen vient s’ajouter aux nombreux acquis et victoires enregistrés par le peuple sahraoui, durant l’année 2015, et en prévision, aussi, des décisions qui seront prises, lors du Congrès en cours, qui, comme je l’ai dit, est un évènement majeur dans la lutte du peuple sahraoui et le Front Polisario.

- La position du Parlement européen est-elle, aussi, un rappel à l’ordre à leurs collègues eurodéputés qui dans leur soutien au Maroc, dans sa colonisation du Sahara occidental, font fi de la Légalité et du Droit international, relative (la position) à une question de décolonisation inscrite à l’ONU?
- Je crois que c’est très important de souligner que le Maroc mène une activité, tous azimuts avec un lobby, pour essayer de contenir la position du Parlement européen essayer d’empêcher celui-ci de se pencher et débattre sur la question du Sahara occidental. Et le rapport qui vient d’être adopté par le Parlement européen est un désaveu, outre pour les lobbyistes marocains, mais aussi pour les eurodéputés récupérés par ces derniers. Le Parlement européen vient de dire que sa position sur le Sahara occidental est claire, et que les tentatives de soudoyer certains eurodéputés ne sauraient changer en rien la position de principe du Parlement européen, soutenant le Droit et la Légalité international. Ce texte est à l’initiative de l’intergroupe du Parlement européen, très solide, le plus important au sein du Parlement européen. Je vous rappelle que le Parlement européen compte de 28 inter-groupes formels, dont celui du Sahara occidental, ils sont tous des inter-groupes thématiques, sauf celui du Sahara occidental qui porte sur la lutte de libération du peuple sahraoui, et que c’est un intergroupe composé d’un certain nombre de groupes politiques, ce qui fait que c’est un inter-groupe d’eurodéputés très représentatif de ce qu’on pourrait appeler le paysage politique au sein du Parlement européen, et qui a pris des initiatives importantes, depuis sa création, et là c’est une de ses initiatives réussie de l’intergroupe qui a permis de sensibiliser, de conscientiser les eurodéputés, qui, faut-il le rappeler, sont les représentants des peuples de l’espace européen. Donc, il s’agit bel est bien d’un acquis pour le peuple sahraoui, l’adoption par le Parlement européen, aujourd’hui, (jeudi dernier, ndlr) du rapport et surtout un désaveu pour ceux, au sein et hors du Parlement, et de leurs tentatives d’essayer de bloquer la question du Sahara occidental ou d’empêcher l’institution européenne de se pencher sur cette question.

De notre envoyée spéciale, aux camps des réfugiés sahraouis -Dakhla-, Karima Bennour

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