Mohammed VI et les dictateurs africains risquent d'être chahutés à Paris

EN PRÉVISION DU SOMMET « POUR LA PAIX ET LA SÉCURITÉ EN AFRIQUE À PARIS

Un «contre-sommet» annoncé pour dénoncer la politique française

LE SOMMET sur la paix et la sécurité en Afrique, prévu les 6 et 7 décembre à l’Elysée - Paris - risque d’être perturbé. Une dizaine de partis politiques français et d’associations dont «Survie et Sortir du colonialisme» ont en effet décidé de le «chahuter», en organisant un «contre-sommet» pour contester la venue à Paris de «dictateurs africains dont le roi du Maroc». Ce «contresommet » se déclinera sous deux

événements : un «Tribunal citoyen», le mercredi 4 décembre, qui traitera la question du Sahara occidental avec la participation de Bachir Moutik,

représentant en France de l’Association des familles des prisonniers disparus sahraouis. Selon les organisateurs, le «Tribunal citoyen de la Françafrique» visera à établir un bilan de 50 ans de «françafrique et d’interventions françaises sur le sol africain».

Le lendemain, un rassemblement inter-organisations est prévu place de la République pour dire que «la paix en Afrique ne doit pas se décider à

l’Elysée avec des dictateurs». Un des organisateurs a affirmé qu’ils vont «demander, à cette occasion, l’annulation du sommet, la fin du soutien diplomatique, économique, militaire, policier et des ventes d’armes aux régimes répressifs ainsi que la suppression des bases militaires françaises en Afrique».

Selon le secrétaire du Comité pour le respect des libertés et droits humains au Sahara occidental (Corelso), Jean-Paul Le Marec, le mouvement

associatif de solidarité avec la lutte du peuple sahraoui est «directement concerné» par la manifestation puisque, a-t-il affirmé, le gouvernement français «continue de soutenir le Maroc qui poursuit sa politique de répression dans les territoires occupés, condamne des militants sahraouis à de très longues peines de prison et refuse la mise en oeuvre du référendum d’autodétermination».

Pour rappel, un sommet «Pour la paix et la sécurité en Afrique» est attendu les 6 et 7 décembre à Paris, en présence d’une quarantaine de

dirigeants africains, du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, du président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, celui de la

Commission européenne, José Manuel Barrosso, ainsi que la présidente de la Commission de l’Union africaine (UA), Nkosazana Dlamini-Zuma. Il sera consacré aux questions de défense et de sécurité dans le continent, qui feront l’objet d’une première table ronde à huis clos le 6 décembre, au cours de laquelle les participants examineront les menaces qui pèsent sur l’Afrique, dont le terrorisme, la piraterie et la sécurité des frontières.

Y. M.

Pour dénoncer l’accord de pêche UE-Maroc - Les Sahraouis en campagne de sensibilisation à Bruxelles

Brahim Dahane
Une importante délégation sahraouie de juristes et de syndicalistes est à Bruxelles pour dénoncer l’inclusion des eaux territoriales du Sahara Occidental dans l’accord de pêche qui pourrait être signé en décembre prochain entre l’UE et le Maroc.

Mardi, Emmaus Stockholm a organisé au sein du parlement européen une audition des Sahraouis venus pour déclarer leur refus de voir les eaux territoriales inclues dans l’accord de pêche. La commission européenne, au grand dam des Sahraouis, tente d’imposer cet accord, alors illégal du point de vue du droit international. Pour exemple, les Etats-Unis ont exclu dans leur accord avec le Maroc, l’espace maritime du Sahara Occidental. M. Brahim Dahane, militant sahraoui défenseur des droits de l’homme et qui vit dans les territoires occupés par le Maroc, a été écouté avec attention par les eurodéputés. Il est notamment revenu sur la réalité des retombées financières des produits de la pêche que la commission européenne met en avant pour tenter de justifier l’illégalité de l’accord.
 
M. Dahane a déclaré que les Sahraouis ne bénéficient pas de cette richesse naturelle et que les seuls bénéficiaires sont les pontes marocains de la pêche. Animée par l’eurodéputé Isabella Lovin, qui avait été, rappelons-le, expulsée du Maroc avec d’autres eurodéputés en tentant de rejoindre les territoires occupés du Sahara occidental pour s’enquérir de la réalité de la situation des Sahraouis, l’audition a permis aux autres députés européens d’exprimer leur refus de l’accord.

En outre, Lars Schmidt, journaliste suédois a présenté son livre sur le Sahara occidental dans lequel il dénonce l’exploitation des eaux territoriales sahraouie et pointe du doigt l’injustice que vit le peuple sahraoui sous l’occupation. Rappelons, que cette campagne de sensibilisation menée par les Sahraouis, a été organisée par la Western Sahara Ressources Watch. La délégation sahraouie veut expliquer à Bruxelles, aux responsables européens l’illégalité de l’accord via les aspects juridiques et les conséquences politiques de l’accord.

Une note anecdotique des Marocains présents, ont tenté de désapprouver Brahim Dahane, en s’exprimant en arabe. Ils ont demandé de l’aide pour l’interprétation en espagnol. Or, l’on sait que les Sahraouis, les vrais, parlent tous espagnol. C’était pathétique.

De notre bureau à Bruxelles Habib Bensafi

Ouest Tribune, 28 novembre 2013

EUCOCO : Des actions concrètes pour soutenir le peuple sahraoui


Les 15 et 16 novembre, une délégation gonfrevillaise s’est rendue à Rome pour assister à la 38ème conférence “Eucoco”, le réseau international des individus et des organisations qui militent pour une solution juste et équitable au Sahara occidental.


Les conférences européennes de soutien au peuple sahraoui se suivent et se ressemblent. Hélas. Année après année, le droit des Sahraouis reste bafoué par les autorités marocaines qui occupent le Sahara Occidental depuis 1975 en piétinant les droits de l’Homme comme le droit international.

La conférence Eucoco 2013 présidée par Pierre Galand a réuni à Rome 250 délégués de seize pays d’Europe, d’Afrique et d’Amérique Latine (parlementaires, juristes, syndicalistes, villes jumelées, associations), dont quatre élus gonfrevillais et des représentants du comité de jumelage. Les participants ont travaillé dans divers ateliers concernant des questions multiples allant de l’aide humanitaire aux problèmes de la jeunesse, en passant par le rôle essentiel des femmes, le travail et le syndicalisme, la culture, le pillage des ressources naturelles, les fosses communes où ont été ensevelis des « disparus » assassinés par les forces marocaines…

La résolution finale de l’Eucoco 2013 réclame notamment la libération immédiate de tous les prisonniers politiques, l’élargissement du mandat de la Minurso à la protection des citoyens sahraouis dans les territoires occupés, le démantèlement et au déminage du mur de la honte de 2 720 kilomètres érigé par le gouvernement marocain… et, bien sûr, la fin de l’occupation du Sahara Occidental.

Après avoir salué le 40ème anniversaire du Front Polisario en présence de Mohamed Abdelaziz, président de la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD), la conférence a appelé l’ONU et le Conseil de sécurité à s’atteler sans délais à la mise en œuvre d’un référendum attaché au processus d’autodétermination du peuple sahraoui. Une urgence à mettre en rapport avec la très légitime colère des jeunes sahraouis qui refusent que leur avenir soit aussi sombre que celui de leurs parents.

Au cours des débats, rappelant le soutien apporté par le Front Polisario au combat de l’African national congress en Afrique du Sud, un délégué de l’ANC a souhaité que la lutte contre l’apartheid puisse inspirer le soutien à la résistance sahraouie, « la dernière lutte à mener contre le colonialisme en Afrique ».

“On a beaucoup de résolutions, de rapports, de pourparlers et on tourne en rond, on ne fait pas avancer les choses, a-t-il constaté. Nous devons aller plus loin. Nous devons faire ce qui a été fait pour mon pays. Pourquoi le référendum sur l’autodétermination n’a pas eu lieu ? Parce que l’occupation du Sahara Occidental est rentable pour le Maroc et tant que ce sera rentable on ne mettra pas fin à l’occupation. Tant que des personnes s’enrichiront, il n’y aura pas de résolution. Le Sahara Occidental est la vache à lait du Maroc. C’est quand la communauté internationale a commencé à boycotter l’apartheid que les hommes d’affaires ont commencé à laisser tomber le gouvernement raciste d’Afrique du Sud. Il faut passer aux actions concrètes et élaborer un programme de ce que nous pouvons faire pour que les occupants nous écoutent enfin.”

Boycotter les produits marocains comme nous avons boycotté les produits sud-africains au temps de l’apartheid… Une idée à prendre en considération.

Plus d’informations sur la conférence en allant sur le site d’Eucoco.

En illustration, les élus gonfrevillais et les représentants du comité de jumelage de la commune avec Mohamed Abdelaziz, secrétaire du Front Polisario et président de la République arabe sahraouie démocratique (au centre) à Rome.

Prisonniers et disparus sahraouis :Un rapport "accablant" contre le Maroc en préparation

L’Association des familles des prisonniers et détenus sahraouis (AFAPREDESA) s’apprête à rendre public, le 10 décembre à l’occasion de la journée internationale des droits de l’homme, un rapport "accablant" sur les pratiques du Maroc relatives aux "disparitions forcées" et aux "détentions arbitraires", a déclaré à l’APS son président, Abdesslem Omar. 

Soulignant que le quotidien des Sahraouis dans les territoires occupés est fait d’exactions "permanentes" et de "graves" violations des droits de l’homme, le président de l’AFAPREDESA note que les "disparitions forcées" ainsi que les "détentions arbitraires" font partie des pratiques du Maroc en vue de "brimer" toute "voix" revendiquant l’indépendance du territoire sahraoui. 

L’Association, se basant sur les témoignages des proches des détenus et des disparus, s’attelle depuis quelques temps à rassembler toutes les "pièces à conviction" accablant le Maroc sur les conditions "inhumaines" dans les prisons, les tortures et les humiliations subies par les détenus. 

Mieux, affirme Abdesselem Omar, le Maroc s’emploie à "brouiller" les cartes en endossant des charges à caractère "politique" à l’encontre de Sahraouis accusés de délits relevant du droit commun. 

Actuellement, informe-t-il, ils sont pas moins de 75 détenus politiques sahraouis à croupir dans les geôles marocaines, dont 5 enfants incarcérés dans la prison d’Agadir. 

Les autorités marocaines avaient fait état de 34 cas de décès dans les prisons du royaume, relève Abdesslem Omar, un fait contesté par les familles des concernés dans la mesure où aucune preuve matérielle concernant les décédés ne leur a été présentée. 

Depuis le début du conflit avec le Maroc, le Front Polisario a enregistré 4.500 disparitions forcées, dont 500 non encore retrouvées et dont le sort demeure inconnu par les proches. 

En 2010, le Maroc reconnaissait l’existence d’"un total de 940 disparus, dont 638 détenus parmi lesquels 351 sont décédés au cours de leur détention, le reste ayant été libéré". 

"Des chiffres complètement erronés, en totale contradiction et qui sont bien loin de la réalité des faits", soutient Abdesslem Omar qui relève l’absence de dépouilles mortelles ou de certificats pouvant attester des décès annoncés. 

"Il a fallu que l’ex-envoyé spécial des Nations-Unies pour le Sahara occidental, James Baker, fasse pression sur le Maroc pour que celui-ci évoque cette question", précise le président de l’AFAPREDESA. 

La découverte, en février dernier, de deux fosses communes contenant les ossements de huit cadavres (dont ceux de 2 adultes) dans les territoires libérés démontre l’ampleur des atrocités commises par le régime marocain contre les droits humains des Sahraouis, déplore le président de l’Association qui milite pour la "dignité" des détenus et pour que la vérité sur le sort des disparus soit connue.

ENNAAMA ASFARI, portrait d’un militant pacifiste

Un film de Marion Martane écrit par Marion Martane produit par Lise Tregloze, Julien Mast et avec la collaboration de David Babonneau, Julien Babonneau, Jean-Baptiste Plassiard: 

Pitch
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Enaama, est Sahraoui. Résidant en France, juriste et diplômé de la Sorbonne, il a été condamné le 20 février 2013  à 30 ans de prison par un tribunal militaire marocain. Depuis sa cellule, ce militant pacifiste nous conte l’histoire de son peuple, de son combat pour la liberté, de la situation des droits de l’homme dans ce conflit historique au Sahara Occidental.

Edito

SYNOPSIS :

Ennaâma Asfari est Sahraoui. Résidant en France, juriste et diplômé de la Sorbonne, il est condamné le 20 février 2013  à 30 ans de prison par un tribunal militaire marocain, accusé d’avoir participé à une grande action de résistance populaire pacifique en octobre 2010, comme 24 autres de ses compatriotes sahraouis.

Militant, aujourd’hui enfermé à la prison noire de Salé au Maroc, Ennaâma nous fait partager son histoire et celle de son peuple, les Sahraouis, ainsi que leur lutte pour le respect de leurs droits et libertés.

Des spécialistes, observateurs, et militants nous rappellent également des références au droit international et aux droits de l’homme importantes pour comprendre la situation du peuple sahraoui et nous font partager leur vision de ce conflit caché, sur ce territoire méconnu du grand public :  le Sahara Occidental.

Nous reviendrons sur la capacité de résistance pacifique de ce peuple en attente d’un règlement diplomatique et de l’application tant attendue de leur droit à l’autodétermination de leur territoire.

Illustration principale du projet : David Babonneau

ENNAAMA ASFARI, portrait d’un militant pacifiste aujourd’hui emprisonné et fil rouge du documentaire :

Je suis né à Tan Tan au sud du Maroc en 1970.
Mon père comme mon grand-père paternel sont des grands nomades, des hommes libres qui n'ont jamais fait allégeance à personne, ni au colonisateur français ni au colonisateur espagnol. Mon père est enlevé dans son magasin sous mes yeux, alors que je n’ai que 6 ans. Il disparaît pendant 16 longues années dans des bagnes de la tristement célèbre " Vallée des Roses" à l'est du Maroc près de Ouarzazatte.

Poussé par l’envie d’apprendre et de rentrer dans la vie active, je pars faire des études de droit à Marrakech - matière que beaucoup d'étudiants et d'étudiantes sahraouis choisissent encore aujourd'hui.  En 1999, j’obtiens une bourse du gouvernement français, j’apprends le français à l'Alliance Française de Paris et poursuis  mes études de droit et prépare un doctorat à Nanterre.

En  2005, je participe en France à la création du Comité pour le Respect des Libertés publiques et des Droits de l'Homme au Sahara Occidental (CORELSO), dont je suis élu le coprésident,
J’accompagne des groupes d'observateurs internationaux (députés, journalistes, militants) au Maroc et au Sahara Occidental, à la plupart des procès politiques de militants sahraouis et à la rencontre de notre peuple.

Je suis arrêté à plusieurs occasions, à Smara (territoires occupés du Sahara Occidental) en 2006 et en 2007, à Marrakech en avril 2008, condamné à 2 mois de prison et en août 2009, condamné à 4 mois de prison pour motifs politiques en relation avec ma prise de position sur la question du Sahara Occidental.

En octobre 2010 s’installe le campement de Gdeim Izik, près de El Aaïun baptisé « campement pacifique de la protestation ». Plus de 20 000 Sahraouis s’y retrouvent pendant 1 mois. Je fais partie du comité de coordination et d’autogestion du campement et je suis en charge d’accueillir les observateurs internationaux.

Je suis arrêté  le 7 novembre 2010 chez un ami à El Aaïun, par des agents de « l’intelligence » marocaine. Tabassé jusqu’à évanouissement, j’ai disparu quelques jours avant d’être transféré en avion militaire à Rabat : à la prison noire de Salé.

Le lendemain, le 8 novembre, le campement de Gdeim Izik est démantelé dans la violence par les forces de police et militaires marocains et une révolte s’en suit dans la ville de El Aaïun.
Je passe alors 28 mois en détention provisoire, comme 24 autres de mes compatriotes condamnés : on nous appelle «  les 25 prisonniers de Gdeim Izik ». Durant cette période nous pouvons tous témoigner des mauvais traitements subis. J’ai même fait une grève de la faim.

Après plusieurs reports du procès, celui-ci a lieu en février 2013. Je suis finalement condamné le 18 février 2013 à 30 ans de réclusion dans un procès entaché de nombreuses irrégularités…  
J’aimerais maintenant témoigner de ce que j’ai vécu aux côtés de mon peuple et tenter d’expliquer pourquoi et comment ce conflit perdure et quelles perspectives d’espoir nous avons pour qu’il se règle un jour.

LE CONTEXTE HISTORIQUE :

Situé entre le Maroc, la Mauritanie et l’Algérie, le Sahara Occidental est reconnu par 83 pays principalement africains, et considéré par l’ONU comme un «territoire non autonome». Ancienne colonie espagnole, occupée par le Maroc depuis 1976, le Sahara occidental est aujourd'hui le dernier territoire en Afrique à ne pas avoir abouti dans son processus de décolonisation et dont le peuple attend toujours l’application de son droit « à disposer de lui-même ».  En effet, en 1991, après des années de conflit armé avec le Maroc, un cessez-le-feu est conclu sous l’égide de l’ONU contre la promesse  d’un référendum pour l’autodétermination du peuple sahraoui de leur territoire… qui ne s’est toujours pas organisé.

Depuis lors, les Sahraouis résistent pacifiquement pour revendiquer le respect de leurs droits sur leur territoire. Mais ils sont victimes au quotidien de discriminations, d’arrestations arbitraires, d’emprisonnement et de tortures. Les ONG et l’ONU rapportent régulièrement ces violations des droits sans que pour autant une mission indépendante de surveillance des droits de l’Homme soit mise en place.

Le Sahara Occidental est un territoire riche en ressources minières, notamment le phosphate, et dispose d’eaux parmi les plus poissonneuses du monde. Porte d’entrée sur le continent africain, carrefour de l’immigration vers l’Europe, voisin de pays en proie à des conflits et au terrorisme… les intérêts économiques et stratégiques des grandes puissances semblent primer sur les libertés fondamentales et expliquent sans doute le peu d’empressement au règlement de ce conflit et le silence médiatique.

L’INTENTION :

Impliquée depuis plusieurs années dans la solidarité internationale, je travaille également avec une équipe au sein d`une agence de production, e-graine d’images  à la réalisation d’un documentaire de 52 min sur le Sahara Occidental.

Je me suis lancé dans cette aventure, à la suite  de la rencontre avec Lise et Tony qui reviennent du Sahara Occidental avec des images impressionnantes du campement de Gdeim Izik, des photos qui leur ont valu le prix ‘’découverte’’ du festival de photojournalisme Visa pour l’image OFF 2011.

Ils témoignent de nombreuses violations en termes de droit international et droit de l’homme au Maroc et au Sahara Occidental qu’ils ont vécu et constaté durant leur voyage.  
 Ils m’ont parlé d’un ami à eux, Ennaâma , un juriste sahraoui, militant pacifiste de 40 ans, rencontré pendant leur séjour clandestin dans le camp de Gdeim Izik et qui a été arrêté par les forces marocaines pour motifs politiques en relation avec sa prise de position sur la question du Sahara Occidental.

Son arrestation les avait beaucoup touchés et de retour en France ils ont continué à vouloir sensibiliser l’opinion publique française sur la situation du peuple sahraoui et des prisonniers politiques, en lien avec diverses associations.

Puis il y a la rencontre avec Claude qui me raconte son combat aux côtés de son mari et des associations militantes. Elle me parle des pressions constantes exercées par le Maroc sur les Sahraouis, alors que le droit international prévoit l’autodétermination des Sahraouis et que le Maroc s’y est engagé.

J’ai été rapidement touché par son histoire, par l’injustice dont son mari et les siens sont victimes, par les prises de position de la France, par la colonisation visible du Maroc.
C’est alors que Claude me propose de participer à un voyage en juillet 2013 au sud du Maroc et dans les territoires occupés. Elle coordonne une délégation internationale de 15 personnes qui pendant 10 jours vont aller à la rencontre des familles de prisonniers politiques, d’anciens prisonniers, d’associations et de militants sahraouis. Ce voyage, extrêmement surveillé par la police marocaine, les services secrets,  la gendarmerie royale et l’armée, fut en quelque sorte la révélation. Accueillis par plusieurs centaines de Sahraouis qui attendaient notre visite, ils nous ont livré leur témoignage, montré leurs rapports, leurs photos, ont partagé leur colère, leur peine, et leurs revendications.  Au cours de ce voyage, Ennaâma  revient énormément dans les discussions, Claude qui est en connexion quotidienne avec lui, nous fait partager leurs échanges, et leur façon de lutter encore aujourd’hui. J’en apprends beaucoup plus sur lui, nous rencontrons sa famille, son père –grand résistant-, ses amis, ses compagnons de lutte, et d’anciens codétenus…

De la rencontre entre ces différents intervenants naîtra peu à peu l’idée d’un documentaire sur le Sahara Occidental, qui au fil de l’actualité (notamment suite au procès des prisonniers de Gdeim Izik) deviendra une nécessité. Faire connaître en France la situation des Sahraouis, par le récit de Ennaâma Asfari, est le défi que cette équipe souhaite relever ensemble.

Nous voulons lui donner la parole,  faire entendre sa voix, une voix qui porte par-delà la prison, une voix qui pourrait résonner en France, au Maroc ou ailleurs, une voix pour dévoiler la réalité de ce conflit et l’aberration de cette situation au plus grand nombre.

Ce film mettra en lumière un homme emprisonné, un peuple réprimé, mais pas soumis, un conflit qui perdure, mais encore loin d’être perdu.

SOUTIENS ET PISTES DE DIFFUSION :

À l'heure actuelle, le projet est soutenu par les associations et réseaux membres de la Plateforme française pour la Solidarité avec le Peuple du Sahara Occidental et d’ONG françaises de défense des droits :
- Association Francaise de Solidarite avec les Peuples d`Afrique (AFASPA)
- Association des Chrétiens pour l`Abolition de la Torture (ACAT)
- Mouvement contre le Racisme et pour l`Amitié ente les Peuples (MRAP) 
- Droits et Solidarité - (Association adhérente à l’Association Internationale des Juristes Démocrates)
- FATSI (Fédération des associations de Solidarité avec les Travailleurs Immigrés)

Nous avons actuellement des pistes de diffuseur télé que nous espérons pouvoir vous annoncer très prochainement.

FICHE TECHNIQUE ET BESOINS :

Titre provisoire : Paroles d`un prisonnier sahraoui
Auteurs : Marion Martane, Lise Trégloze 
Inspiré des témoignages et des récits de  Ennaâma Asfari
Réalisatrice : Marion Martane
Production : e-graine d’images
Durée envisagée : 52'
Format de tournage : HDV 16/9eme
Lieux de tournage : France, Maroc, Algérie, Sahara Occidental, Suisse
Dates de tournage : Juillet 2013 - mars à aout 2014 
Images d’archives (notamment Gdeim Izik octobre 2010)
Langue du film : Français, Arabe sous-titré, sans doute Espagnol
Date prévisionnelle de PAD : Novembre 2014

Nous mettons en place ces démarches pour nous permettre de disposer d’un premier capital pour lancer concrètement ce documentaire,  nous souhaitons mobiliser nos réseaux  par un financement participatif via « TOUSCOPROD » . 
Les  5000 euros collectés apporteront une contribution précieuse et indispensable afin de participer aux frais de tournage en France, au Maroc, au Sahara Occidental occupé et en Algérie dans les campements de réfugiés sahraouis, ainsi que la location d'un studio son (7 jours) et d'une régie de montage (23 jours).
Un apport de 8000€ permettrait la prise en charge totale des frais de tournage (hors transport).

Nous prévoyons une sortie pour novembre 2014.

LA PRODUCTION : e-graine d’images

Jeune société de production, convaincue que l’image est un vecteur essentiel pour sensibiliser le grand public, spécialisée dans les documentaires sur les thématiques de solidarité internationale et de développement durable.  Du droit à l’eau au commerce équitable, e-graine d’images s’intéresse à ce qui forge un monde plus solidaire et responsable.

LES PASSAGES QUI CHAGRINENT

par M. Saadoune

Un grand média public algérien a fait le tour de force de traiter le communiqué commun sanctionnant la rencontre entre le roi Mohamed VI et Barack Obama en sautant une phrase importante ; celle où il est mentionné que les Etats-Unis considèrent que le plan d'autonomie marocain est «sérieux, réaliste et crédible» et qu'il représente une «approche potentielle» pouvant satisfaire les aspirations des Sahraouis. 

L'APS, c'est d'elle qu'il s'agit, a mis en exergue le fait que le président américain s'est engagé à poursuivre les efforts pour trouver une solution «pacifique, durable et mutuellement acceptable» sur la question du Sahara Occidental. En réalité, ce sont des phrases qu'il faut mettre côte à côte et que l'on peut décrypter de plusieurs façons. Il y a bien un soutien au plan marocain et le roi Mohamed VI peut rentrer à Rabat en clamant qu'il a obtenu une «grande victoire» diplomatique. Les médias du Makhzen ne manqueront d'ailleurs pas de le marteler en ignorant la phrase mise en exergue par l'APS, à savoir qu'il faut une solution «pacifique, durable et mutuellement acceptable». Mutuellement acceptable, cela veut dire que le Maroc et le Polisario l'acceptent «ensemble». 

Dans l'histoire, déjà longue, de la gestion onusienne de la question du Sahara Occidental, il y a eu en 2003 un second plan Baker, approuvé à l'unanimité par le Conseil de sécurité qui prévoyait la mise en place d'une Autorité au Sahara Occidental pour une durée de cinq ans suivie d'un référendum où même les Marocains établis au Sahara pouvaient voter. L'adoption du projet a provoqué une forte panique au Maroc et Paris est monté au créneau pour imposer une «règle» : aucune solution ne sera «imposée». Le mot «mutuellement acceptable» cité dans le communiqué renvoie à cette «règle» de non contrainte qui fait que les Sahraouis n'ont pas à craindre de se voir imposer «l'approche potentielle» que constitue, selon Washington, le plan d'autonomie marocain. 

La neutralisation des mécanismes de l'Onu sur le dossier du Sahara Occidental ne peut pas jouer seulement en faveur du Maroc. Il y a donc nécessairement une obligation à trouver une «solution mutuellement acceptable». Et c'est cela qui fait que la «victoire» diplomatique du roi Mohamed VI restera sans incidence. Et c'est cela qui fait que «l'échec» du Polisario ou d'Alger est, lui aussi, sans conséquence. Washington s'est livré ainsi à un exercice remarquable qui consiste à satisfaire le roi du Maroc sans que cela l'engage à rien. Et ce n'est pas une nouveauté. C'est un classique américain qui consiste à dire ce qui plaît à la fois à Rabat et à Alger… A charge pour la MAP (agence marocaine de presse) et l'APS (agence de presse algérienne) d'ignorer les passages qui chagrinent. 

COMME LE NOTAIT UN FIN OBSERVATEUR, LE MAROC EST UN ALLIE DES ETATS-UNIS MAIS L'ALGERIE N'EST PAS LEUR ENNEMI ; C'EST MEME DEVENU UN GRAND «AMI» DANS LA LUTTE ANTITERRORISTE. AUCUNE SOLUTION NE SERA IMPOSEE MEME SI WASHINGTON A UNE PREFERENCE. LE STATUQUO SUR LE DOSSIER DU SAHARA OCCIDENTAL RISQUE DE PERDURER LONGTEMPS… A MOINS QU'UNE SOLUTION MAGHREBINE NE PRENNE LE RELAIS… MAIS, ON LE SAIT, CELA RELEVE DE LA POLITIQUE-FICTION. A L'IMAGE DE L'UMA.

Barack Obama à l’heure de george W. Bush

Mohammed VI rentre satisfait de sa virée américaine

Les Etats-Unis reculent sur la question du Sahara. La visite effectuée ce week-end par Mohamed VI à Washington a permis au royaume de s’assurer un précieux soutien américain. Un soutien qui risque de replonger le conflit du Sahara dans le statu quo.

Aussi ambiguë soit-elle auparavant, la nouvelle position exprimée hier dans le communiqué conjoint ayant sanctionné la rencontre de vendredi à la Maison-Blanche, entre Mohammed VI et Barack Obama, est favorable au Maroc. 
«Le Président (américain Ndlr) s’est engagé à continuer à soutenir les efforts pour trouver une solution pacifique, durable et mutuellement acceptable à la question du Sahara «, a indiqué de prime abord le communiqué de la Maison-Blanche qui ne fait aucune mention à l’autodétermination. La suite est cependant claire comme de l’eau de roche. Barack Obama, en difficulté sur le plan interne, semble ne pas vouloir rajouter des soucis à son administration. 
Le communiqué a estimé que la politique de Washington vis-à-vis de ce dossier vieux de 38 ans n’a pas changé. «Conformément à la politique américaine constante durant plusieurs années, les Etats- Unis ont clairement indiqué que le plan d’autonomie présenté par le Maroc est sérieux, réaliste et crédible, et représente une approche potentielle qui pourrait satisfaire les aspirations de la population du Sahara à gérer ses propres affaires dans la paix et la dignité». Voilà qui donnera pleine satisfaction à Mohamed VI, qui a traversé la plus dure année depuis son intronisation en 1999, sur la question du Sahara. D’ailleurs, l’agence officielle marocaine MAP ne s’est pas gênée à diffuser le communiqué intégralement, rompant ainsi avec la tradition de couverture sélective quant il s’agit d’aborder la très sensible question sahraouie. 
Le président américain a tenu quand même à souligner que «les Etats-Unis soutiennent les négociations menées par les Nations unies, dont l’action de l’envoyé personnel du secrétaire général, Christopher Ross». Il a exhorté les parties à «œuvrer pour une solution politique». Point de chute des discussions, les deux dirigeants ont réaffirmé, ajoute le communiqué, leur «attachement partagé» à «l’amélioration des conditions de vie des populations du Sahara et à travailler ensemble pour poursuivre la protection et la promotion des droits de l’homme dans la région».

Obama, sur les traces de George W. Bush, lâche John Kerry

S’il y a un homme qui doit se sentir trahi par la position d’Obama c’est bel et bien son secrétaire d’Etat John Kerry. Lui qui a demandé en avril 2013 au Conseil de sécurité à ce que la mission onusienne de la Minurso soit dotée d’un mécanisme de protection des droits de l’homme. 
Une véritable bombe désamorcée par la France, allié du Maroc. L’Amérique a dû finalement abandonner sa demande tout en exigeant à travers la résolution 2099 du Maroc l’amélioration des droits humains au Sahara. 
John Kerry, ami de longue date de la Fondation Robert Kennedy qui milite en faveur des indépendantistes sahraouis, se retrouve en position assez complexe. Car l’exhortation d’amélioration de la situation des droits de l’homme faite au Conseil de sécurité en 2013 n’a pas été respectée par le Maroc de l’avis même de son département, qui a rendu un rapport fin septembre de cette année, exprimant ses «inquiétudes» quant aux violations des droits de l’homme au Sahara et considérant le Sahara occidental comme «territoire non autonome». Mohamed VI a décidément bien calculé son coup. Eviter à tout prix un rebondissement du cauchemar de 2013 au sein du Conseil de sécurité qui doit se réunir en avril prochain pour adopter une nouvelle résolution sur le Sahara. Cette position d’Obama rappelle bien celle de George W. Bush qui n’a pas caché son soutien à l’option d’autonomie.

Le lobby sioniste abat ses cartes

La sortie de cette responsable du Pentagone relative à l’importance géostratégique de l’Algérie sur le plan de la lutte contre le terrorisme n’était que de la poudre aux yeux. Washington et Alger divergent foncièrement dans leurs méthodes d’approche, même si le 11 septembre a permis un début de rapprochement stratégique entre les deux États. Le roi Mohamed VI reçu par Obama au Bureau ovale de la Maison-Blanche. 

Un communiqué commun signé entre les États-Unis et la monarchie absolue et colonialiste du Maroc portant sur les questions sécuritaires et économiques. Des allusions à un possible soutien américain au plan d’autonomie lancé par le makhzen à partir de Paris à propos du Sahara occidental. C’est plus que ne peut supporter l’entendement. Une sorte de scénario surréaliste qui montre bien que le lobby sioniste est hyperpuissant. Celui-ci, plaçant la barre très haut, a décidé d’abattre ses cartes et de jouer littéralement à visage découvert. Et c’est en effet la seule raison pouvant expliquer qu’Obama, le pragmatique Obama, ait pu se plier aux caprices d’un souverain en train de ruiner son pays, tout en poursuivant sa fuite en avant concernant sa politique colonialiste et déstabilisatrice de toute la sous-région maghrébine et sahélo-saharienne. 

Certes, Obama a mis en avant la question du respect des droits de l’homme au Sahara occidental, comme l’a souligné l’ancien ambassadeur sahraoui en Algérie, et actuel représentant de la RASD à Washington, Mohamed Yeslem Baysset. Or, il n’est plus question d’étendre cette question aux missions de la Minurso, comme avait souhaité le faire il n’y a pas si longtemps de cela Washington en soumettant un projet de résolution au Conseil de sécurité de l’ONU. Il ne faut quand même s’y tromper. La « victoire diplomatique » de Mohamed VI est tout aussi artificielle que l’ont été les « concessions » US faites concernant des questions de principe, directement liées au droit international. 

En clair, Rabat, avec l’aide du puissant lobby sioniste, qui garde la mainmise sur la plupart des circuits décisionnels américains et mondiaux, ne fait que retarder des échéances inéluctables. Le Maroc, ne nous y trompons pas non plus, est un État vassal de l’Occident. Le royaume ne fait pas qu’accepter sur son territoire la présence d’une base militaire américaine, et proposer que l’Africom (ce pendant du GMO que Washington a tenté pendant un temps d’imposer au continent africain), soit également basé chez lui. Il va encore plus loin en mettant en place des centres de rétention, véritables camps de concentration, en vue de juguler l’émigration clandestine vers le vieux continent. Il est normal, dès lors, que l’Occident ferme les yeux sur ses « incartades » en matière de non-respect des droits de l’homme, sa politique colonialiste menée au Sahara occidental et ses fausses réformes prétendument venues démocratiser une monarchie plus dictatoriale que jamais. Les cadeaux marocains faits aux Occidentaux sont tellement importants (il a par exemple été un des rares pays à soutenir la politique catastrophique menée par la France en Libye puis au Mali avec toutes les conséquences qui ont découlé et que l’on subit aujourd’hui), que les puissants de ce monde vont même jusqu’à fermer les yeux sur le fait qu’il soit régulièrement et systématiquement épinglé par l’ONU en sa qualité de premier pays producteur et exportateur de drogue dans le monde. 

Quant aux relations entre l’Algérie et les États-Unis d’Amérique, force est de relever que les motifs de discorde sont encore plus importants que ceux pouvant les rapprocher, cela même si Washington a fini par mettre pas mal d’eau dans son vin au lendemain des attaques terroristes du 11 septembre 2011. Preuve en est le report sine die de la visite à Alger du secrétaire d’État US, John Kerry, suivi de très près par celle à Washington du souverain marocain. Voilà pourquoi il ne faut pas s’en formaliser, en retenant surtout le fait qu’il ne fallait surtout pas s’attendre à des miracles de la part d’un pays qui ne peut oublier, ni pardonner, les multiples positions courageuses et révolutionnaires de l’Algérie, y compris du temps où Bouteflika était notre chef de la diplomatie.
Kamel Zaïdi

Thema : Rencontre Obama - Mohammed VI, Sahara Occidental


Intérêts stratégiques

Voilà que Mohammed VI est en visite à Washington, officiellement pour discuter exclusivement d’économie et de sécurité, que déjà tous les médias algériens et marocains s’agitent autour du contentieux entre les deux meilleurs ennemis du Maghreb, comme s’il s’agissait d’une première. Évidemment, le dossier du Sahara occidental pourrait être soulevé par Barack Obama et Mohammed VI, ce qui serait normal depuis que John Kerry dès sa prise de fonction à la tête de la diplomatie américaine a décidé d’en faire une question prioritaire. Le porte-parole de la présidence américaine a, par ailleurs, affirmé que Washington appuyait le plan d’autonomie proposé par le Maroc, le qualifiant de «réaliste et de bonne foi». Une déclaration qui a réussi à émouvoir une certaine presse marocaine qui parle d’ores et déjà de victoire du Makhzen et qui souligne le fait que Mohammed VI a été reçu deux fois en quatorze ans à la Maison-Blanche, alors que Bouteflika ne l’a été aucune fois. Cela n’est pas très étonnant quand on connaît les relations qui ont toujours existé entre Rabat et Washington qui considère le Maroc comme son relais dans la région et surtout quand on sait qu’Alger a toujours été davantage du côté de Moscou. La guerre froide a officiellement disparu, mais en diplomatie, l’Algérie demeure encore dans ce paradigme d’un autre temps. Un paradigme qui se base également sur le principe d’autodétermination des peuples, à la vogue lors de la décolonisation. Le Maroc, quant à lui, a décidé de prendre la voie de la modernisation et du libéralisme prôné par les Etats-Unis et rien de plus normal pour Washington que de soutenir un pays qui a toujours servi ses intérêts dans la région. Néanmoins, sur la question du Sahara occidental, il serait malvenu de croire que Washington a dit son dernier mot. En témoigne le récent rapprochement tenté par les Etats-Unis avec l’Algérie, tant ils connaissent qu’elle est un acteur indispensable dans la lutte antiterroriste au Sahel. Tenter de s’opposer frontalement à Alger sur le Sahara occidental serait prendre le risque de perdre un allié potentiel, et décevoir Rabat dans sa folie expansionniste serait prendre le risque de perdre un allié de longue date. Au final, Washington fera trainer la question le temps de trouver une solution pour endiguer les menaces dans la région, assurant ses intérêts stratégiques premiers, pendant que nous, en Algérie et au Maroc, nous continuerons à nous arracher un morceau de victoire ça et là.

par A. M. M.

Dimanche, 24 Novembre 2013
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Les Sahraouis entre «wait and see» et realpolitik

Écrit par Selma Allane et Younès Saadi

Dimanche, 24 Novembre 2013 

Les services d’information de la RASD n’ont pas manqué de réagir, hier, aux déclarations des officiels américains sur la visite du roi du Maroc Mohammed VI aux Etats-Unis. Ils ont publié un communiqué de circonstance dans lequel ils réitèrent l’attachement du gouvernement sahraoui et du Front Polisario à l’autodétermination. 
Ce document reste cependant très mesuré dans son contenu et est marqué d’une empreinte d’apaisement qu’on pourrait interpréter comme un «wait and see», pour les lectures les plus optimistes, ou comme l’expression d’un désaveu, pour ceux qui voient dans l’attachement américain à une solution d’autonomie élargie un soutien aux thèses marocaines et, donc, un camouflet pour les Sahraouis qui n’entendent pas autre scénario que celui d’un référendum sur l’indépendance du Sahara occidental sous domination de Rabat. 
Entre les deux, il y a une large probabilité pour affirmer sans risque que les indépendantistes sahraouis optent pour la logique et le langage de l’apaisement, en marquant notamment leur satisfaction de voir la question des droits de l’Homme abordée à la Maison-Blanche lors des discussions entre les Américains et les Marocains. 
«Nous accueillons avec satisfaction l’inscription de la question du respect des droits de l’Homme dans les pourparlers entre le Maroc et les USA», lit-on dans le communiqué sahraoui. 
Pour ses auteurs, l’intérêt qu’accordent les Américains à la question des droits de l’Homme renforce la proposition relative à l’élargissement du mandat de la Minurso à la surveillance des droits de l’Homme. Un point considéré par les observateurs comme à l’origine de la nervosité marocaine enregistrée récemment et qui constitue un gain politique et diplomatique pour la cause sahraouie même si on est loin d’une condamnation ferme de Rabat par Washington sur les exactions à El Ayoun et les autres villes sahraouies sous domination marocaine.
Cet aspect, la RASD comme le Polisario ne le perdent pas de vue puisque, tout en se félicitant de la position américaine, ils disent attendre de la part des Etats-Unis des mesures concrètes pour résoudre le conflit sahraoui. Le représentant sahraoui à Washington, Mohamed Yeslem Beisat, a été à ce sujet plus précis en se félicitant que les deux chefs d’Etat américain et marocain ait consacré dans un communiqué «un chapitre spécial à la question du Sahara occidental au même titre que les autres volets relatifs à l'Afrique et à la paix au Moyen-Orient abordés» dans le texte, lequel, observe-t-il, mentionne clairement «le peuple du Sahara occidental» lorsqu'il évoque la question des droits de l'Homme. 
Cependant, poursuit le diplomate sahraoui, «le peuple sahraoui s'attend, en conséquence, à ce que des mesures et des mécanismes pratiques de surveillance des droits de l'Homme soient instaurés pour la mise en œuvre de ce noble engagement des Etats-Unis». 
Questionné sur la lecture qu'il fait du communiqué quant au mode de résolution de la question sahraouie, M. Beisat a d’ailleurs tenu à observer que le président Obama considère, également, le plan d'autonomie proposé par le Maroc comme une «approche potentielle», et dira que c'est au peuple sahraoui de se prononcer dans le cadre de l'exercice de son droit inaliénable à l’autodétermination sur les trois options incluses dans les résolutions de l’ONU depuis juillet 2003. Il s’agit de l’indépendance du Sahara occidental, l’intégration au Maroc ou l'autonomie. Un choix que feront les Sahraouis dans le référendum d’autodétermination».
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La Minurso et le plan marocain d’autonomie du Sahara occidental


Écrit par Madjid Laribi

Dimanche, 24 Novembre 2013

Le Sahara occidental ne jouit aujourd’hui d’aucun statut juridique reconnu par les Nations unies. Pour le royaume chérifien, c’est une partie intégrante de son territoire national qu’il désigne sous le vocable de « Provinces du Sud ». Cette approche marocaine ne jouit, elle non plus, d'aucune reconnaissance diplomatique internationale. Pour les Sahraouis, c’est un territoire de la République arabe sahraouie démocratique occupé par le Maroc et ils luttent pour sa libération. L’ONU, pour sa part, ne reconnaît ni la RASD ni la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, considérant que ce territoire est non autonome et la décolonisation pas encore terminée. Aujourd’hui, sur la scène internationale, deux options sont mises sur la table pour solutionner un problème qui ne fait que durer. L’option onusienne, la Minurso, soutenue par l’Algérie et, en face, l’option marocaine pour l’autonomie.

La Minurso
La Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental a été établie par une résolution des Nations unies, entérinée par le Maroc et le Polisario, et déployée à partir de septembre 1991. Elle vise à surveiller le cessez-le-feu entre les deux belligérants et à organiser un référendum qui permettrait aux habitants du Sahara occidental, habilités à voter, de décider du statut de leur territoire. Le plan onusien est précédé d’une période de transition qui permettra d’organiser un référendum d’autodétermination. A travers ce dernier, le peuple sahraoui se prononcera sur l’indépendance ou sa dissolution dans le royaume chérifien. Un représentant spécial du secrétaire général de l’ONU est désigné avec pour mission la préparation du référendum et est assisté dans sa fonction par du personnel civil, policier et militaire. Néanmoins, ce plan de l’ONU n’a pas cessé d’être torpillé par le Maroc. Le premier représentant du Secrétaire général des Nations unies, James Becker, avait fini, suite aux blocages marocains, par démissionner. Le deuxième représentant actuellement en fonction, Christopher Ross, bute dans sa mission sur la question des droits de l’Homme, une question qui ne figure pas dans le plan onusien, alors que toutes les Minurso déployées à travers le monde sont dotées de ce mécanisme. Ce qui rend la mission de Ross impossible est le plan sur l’autonomie lancé plus tard par le Maroc.

Le plan marocain
Le dispositif marocain consiste à donner une autonomie au Sahara occidental tout en restant dans le giron du royaume chérifien. Les affaires sahraouies seront gérées par un Conseil royal consultatif pour les affaires sahariennes (Corcas) qui établit une feuille de route soumise au souverain. Il comporte les spécificités culturelles, historiques et économiques des provinces du Sud, c’est-à-dire du Sahara occidental. Le Corcas dépend du roi et les grandes décisions ne peuvent se concrétiser sans son aval. Il est demandé aux Sahraouis, à travers ce plan, de renoncer à leur indépendance, c’est-à-dire à leur capitulation pure et simple. Il est rejeté par le Polisario, qui continue à réclamer l’indépendance de ses territoires.

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La presse américaine sur la visite de Mohammed VI aux Etats-Unis : Entre protocole et questions qui fâchent

Écrit par Racim Sbaa

Dimanche, 24 Novembre 2013

La visite du roi Mohammed VI aux Etats-Unis, le 22 novembre dernier, et la rencontre qui s’en est suivie avec le président Obama ont été différemment appréciées par la presse américaine, dont le commentaire s’est construit à partir d’un communiqué de la Maison-Blanche aux lignes très protocolaires.

Beaucoup de titres rapportaient dans leurs éditions d’hier les propos tenus par le porte-parole de la Maison-Blanche, Jay M. Carney, sur diverses questions discutées entre Mohammed VI et Obama, particulièrement celle liée au Sahara occidental. Le New York Times et le Washington Post n’ont pas dérogé à la règle, vu que tous deux ont relayé une dépêche de l’agence américaine d’information, Associated Press, qui, elle aussi, est revenue sur les déclarations du même porte-parole. 
C’était prévisible dans la mesure où avant même la visite du monarque marocain aux Etats-Unis, ce dernier a nettement refusé que soit inscrite dans l’agenda de la rencontre une conférence de presse commune entre les deux hommes. Néanmoins, seul le quotidien USA Today a décidé de sortir des sentiers battus, en donnant une autre grille de lecture à la visite de Mohammed VI aux Etats-Unis. Le journaliste Aamer Madhani écrit que le «Maroc estime qu’il peut jouer un rôle d’intermédiaire entre les Etats-Unis et les Etats du Golfe sur la question iranienne», en relevant que le royaume chérifien pourrait lisser l’image d’Israël et de l’Arabie saoudite, devenus des «partenaires improbables» aux yeux du monde arabe, car le Maroc entretient de «bonnes relations avec ces deux pays ».
Il revient, d’ailleurs, sur le discours du ministre marocain des Affaires étrangères prononcé à Washington, dans lequel il affirme que le Maroc veut être un acteur régional de poids. «Le roi se distingue comme un ami de confiance pour chacun des dirigeants des Etats du Golfe, capable de construire un consensus pour une politique concertée avec ses amis américains», poursuit-il.

Pour USA Today, le Maroc semble vouloir rappeler à l’«ami Obama» qu’il est prêt à servir les objectifs américains dans la région et à devenir un relais de l’administration américaine dans la question iranienne en particulier. Cependant, reprenant un analyste, le journaliste met le doigt sur les préoccupations marocaines depuis le départ de la Secrétaire d’Etat Hillary Rodham Clinton, craignant un «refroidissement» de ses relations avec les Etats-Unis. Il écrit à ce propos que la «monarchie a été secouée cette année par la décision de l’Administration Obama de soutenir une proposition de la mission de maintien de la paix des Nations unies au Sahara occidental d’intégrer les droits de l’Homme dans sa mandature », rappelant que cette proposition a été appuyée par des militants des droits humains, parmi lesquels Human Rights Watch, qui ont appelé Obama à aborder la question lors de son entretien avec Mohammed VI. Cette même problématique a été au centre d’une tribune signée par David Stamps et Jihane Bergaoui d’Amnesty International USA, publiée vendredi dernier par le Huffington Post.
Les auteurs parlent de façade qui cache la réalité «sur les portes de la prison qui peuvent claquer pour ceux qui osent dire ce qu’ils pensent du Maroc et du Sahara occidental», en citant le «cas Ali Anouzla», qu’ils considèrent comme un «prisonnier politique». L’organisation Amnesty International a elle aussi appelé le Président Obama à soulever «la question difficile au sujet des droits de l’Homme lors de sa rencontre avec le roi Mohammed VI». D. Stamps et J. Bergaoui écrivent que «les autorités marocaines ne devraient pas croire que leur relation avec les Etats-Unis est un chèque en blanc».

Reporters, 24/11/2013

Conflit du Sahara occidental : Le funambulisme américain

Le président américain, Barack Obama, a reçu, vendredi dernier, pour la première fois, à la Maison-Blanche, le roi du Maroc Mohammed VI. Les deux chefs d’état s’étaient rencontrés pour des entretiens officiels sur la «sécurité et l’économie». Mais l’important, quant au fond de cette visite, résidait surtout dans les éléments nouveaux qu’elle allait fournir en ce qui concerne l’épineux dossier du Sahara occidental.

La visite, assez furtive, du souverain marocain à Washington a été sanctionnée par un communiqué commun dans lequel les Américains déploient un remarquable exercice d’équilibrisme. Il y a deux phrases clés dans ce communiqué. 

La première contient l’assertion que les Etats-Unis continueront à soutenir les efforts pour la recherche d’une «solution pacifique, durable et mutuellement convenue» à la question du Sahara occidental. La seconde comporte un jugement sur le plan d’autonomie marocain qui est qualifié de «sérieux, réaliste, crédible» et représentant une «approche potentielle qui pourrait satisfaire les aspirations du peuple du Sahara occidental». Ces deux phrases clés s’annulent, car elles n’énoncent aucune politique active. Le roi du Maroc pourra rentrer à Rabat en déclarant qu’il a fait la conquête de l’Amérique et que Barack Obama approuve son plan d’autonomie. C’est clairement ce qui est déjà mis en exergue au Maroc. Mais c’est une victoire à la Pyrrhus quand même. Le Roi du Maroc pense son «plan» comme une alternative définitive au référendum d’autodétermination, Barack Obama n’y voit qu’une «approche potentielle». Les mots ayant leur importance, cela signifie que les Etats-Unis ont une vraie «préférence» pour le plan d’autonomie du Maroc, mais qu’ils ne ferment pas le jeu. Il faut pour que cette approche «potentielle» devienne effective qu’elle soit «mutuellement» convenue ou acceptée. En clair, il faudrait que le Polisario l’accepte. 

En 2003, le Conseil de sécurité avait adopté à l’unanimité le plan Baker 2… Même Paris avait voté pour… Mais, le Maroc l’a refusé. Paris, très «compréhensif», est arrivé à convaincre ses pairs au Conseil de sécurité qu’aucune solution ne doit être «imposée» aux parties. Rabat pouvait souffler… Mais, l’ONU se créait une «règle» qui allait créer une impuissance durable à résoudre le problème. Les négociations sans fin entre le Maroc et le Polisario destinées à trouver une solution «mutuellement acceptable» le montrent. 

En 2008, enfreignant cette règle qui veut que l’on cherche une solution mutuellement acceptable, le diplomate néerlandais Peter Van Walsum, médiateur de l’Organisation des Nations unies pour le conflit du Sahara occidental, a tenté de forcer la main aux Sahraouis en déclarant publiquement qu’un « Sahara occidental indépendant n’était pas une proposition réaliste ». C’était un « coup de poker » et une pression sur les Sahraouis… qui n’est pas passée. Peter Van Walsum a été limogé pour impartialité. La règle du « mutuellement acceptable » s’impose. Toute tentative d’imposer une solution est rejetée. Les Américains sont ainsi dans un jeu à somme nulle. Ils ont bien un avis positif sur le plan marocain, mais il faut que les Sahraouis l’approuvent. Et il n’y a aucune raison, jusqu’à preuve du contraire, pour que le Polisario change d’avis sur le droit à l’autodétermination. Washington satisfait en définitive tout le monde. Le Roi rentre chez lui avec un soutien renouvelé au plan d’autonomie. Les Sahraouis, eux, constatent que ce n’est qu’une option «potentielle» parmi d’autres, mais qu’en tout état de cause, il faut un accord «mutuellement acceptable». Washington fait dans un équilibrisme qui n’annonce aucune action. Le Maghreb est bien loin et on n’y a que des « amis » à ne pas contrarier. On leur donne à entendre ce qu’ils veulent bien entendre. Cela ne coûte rien. Ce n’est pas Washington qui va créer une percée dans le dossier du Sahara occidental…

par Lena azizi

Sahara Occidental : Les USA brouillent les cartes

Les Etats-Unis doivent de fait admettre qu'aucune paix n'est possible dans le conflit Front Polisario-Maroc sans la reconnaissance aux sahraouis leurs droits à l'autodétermination et à l'indépendance afin qu'ils puissent jouir de leur liberté sur leur propre sol et non dans une autonomie coloniale imposée par le Makhzen par le feu et le sang et que Washington accepte pour des raisons autres que celles de la paix pacifique.


Il n'a à aucun moment évoqué la situation déplorable que vit la population sahraouie dans les territoires occupés ni les violations continues des droits de l'homme commis par le Makhzen au quotidien contre les citoyens sahraouis. L e président des Etats-Unis, Barack Obama en recevant vendredi à la Maison Blanche son hôte, le roi Mohamed VI du Maroc pour la première fois, ne se faisait aucune illusion sur les véritables raisons de cette visite et sur les profondes convictions personnelles de son hôte. 

Obama comme avant lui ses prédécesseurs du bureau ovale de la Maison Blanche, ne se faisait aucun soucis à se retrouver en face d'un allié sûr aux sentiments et à l'engagement profond soutenant le rôle de "gendarme" du monde arabe. Un roi qui est fermement engagé militairement pour agresser, massacrer, torturer et coloniser un territoire qui ne lui appartient pas en l'occurrence le Sahara occidental. Un roi qui pratique à l'égard de l'Union africaine (UA) et de l' Union du Maghreb Arabe (UMA), cavalier seul du fait qu'il avalise, en pratique, l'occupation qui écrase la population sahraouie. Cette colonisation que l'écrasante majorité de la communauté internationale dénonce à chaque instant, vient d'être légalisée par Obama. 

Suite à la rencontre de vendredi entre les deux hommes, le communiqué émis par la Maison Blanche indique, que "le plan marocain d'autonomie au Sahara est sérieux et crédible, et représente une approche potentielle qui pourrait satisfaire les aspirations de la population du Sahara à gérer ses propres affaires dans la paix et la dignité". Il est à se demander de quelles populations parlent les Etats-Unis, celles qui luttent pour son indépendance ou celles qui sont dans les geôles marocaines ou à l'intérieur des territoires occupés? 

Si le président Obama s'est engagé, selon les termes du communiqué de la Maison Blanche à continuer à soutenir les efforts pour trouver une solution pacifique, durable et mutuellement acceptable à la question du Sahara, il n'a à aucun moment évoqué la situation déplorable que vit la population sahraouie dans les territoires occupés ni les violations continues des droits de l'homme commis par le Makhzen au quotidien contre les citoyens sahraouis. Une omission volontaire, faut-il le comprendre. Les Etats-Unis ne tiennent pas à ce qu'un de leurs alliés dans la région leur échappe. 

Les Sahraouies oubliés 

L'essentiel pour l'administration américaine, ce n'est pas de défendre le droit à l'autodétermination du peuple sahraoui, c'est plutôt de fournir un appui diplomatique au Maroc afin de poursuivre sa colonisation et cette fois-ci avec le soutien direct du Pentagone. Avec ce soutien apporté à la thèse marocaine d'autonomie du Sahara occidental, les Etats-Unis sans prendre en considération la situation dramatique que vit ce peuple, la politique agressive et annexionniste du Maroc, viennent de renouveler le rôle qui leur confère ce statut de faiseur de conflits et de tensions non au Maghreb mais partout à travers le monde. 

Si le président Obama, très certainement séduit par les "secrets" que lui a fourni Mohamed VI, veut éviter qu'une explosion aux conséquences incalculables ne plonge cette région stratégique dans une conflagration plus étendue, il lui est indispensable de ne pas occulter les aspirations du peuple sahraoui à vivre en paix et à choisir son propre destin. Les Etats-Unis doivent de fait admettre qu'aucune paix n'est possible dans le conflit Front Polisario-Maroc sans la reconnaissance aux sahraouis leurs droits à l'autodétermination et à l'indépendance afin qu'ils puissent jouir de leur liberté sur leur propre sol et non dans une autonomie coloniale imposée par le Makhzen par le feu et le sang et que Washington accepte pour des raisons autres que celles de la paix pacifique. Dès lors, la communauté internationale et les Nations-Unies se retrouvent à la porte de ce mystère américain, le plus opaque: pourquoi le virage des Etats- Unis, stratégiquement explicatif et clair en ce qui concerne la question du Sahara occidental, a-t-il pris un tel degré qu'il risque d'affaiblir les initiatives de paix au Sahara occidental et d'isoler complètement le droit à l'autodétermination? Un seul mot, une seule explication semblent fournir la vraie explication: neufs précédents ambassadeurs américains à Rabat ont à la veille de la visite de Mohamed VI à Washington adressés au président Obama une lettre dans laquelle ils ont souligné les "opportunités économiques importantes qui seraient perdues au Maroc si les Etats-Unis ignorent le Maroc dans sa lutte pour la paix et de développement". Ces diplomates qui ont rédigé leur lettre en collaboration avec l'AIPAC ont fait entendre leur voix. Ils ont demandé au président Obama de soutenir le plan d'autonomie proposé par le Maroc pour résoudre le conflit du Sahara occidental. La lettre se termine par une citation de George Washington: "Nous nous flattons qu'un jour, nous seront utiles à nos amis". Il est à rappeler dans ce sens que depuis très longtemps, le Palais royal a fait engagé les services d'un hall de la politique étrangère de premier plan, "Le Comité américain Israel Public Affairs" (AIPAC), pour l'aider à défendre l'occupation du Sahara occidental. Mohamed VI en se rendant à Washington avec entre les mains beaucoup de jeux de cartes à jouer. Pour le journal Your Middle East, "Le Maroc a beaucoup de cartes à jouer lors de cette visite puisque les Etats-Unis et l'Union européenne ne sont pas disposés à assurer la transition démocratique des pays arabes". La monarchie marocaine est perçue comme "l'interlocuteur numéro un des Etats-Unis dans la région".

Par Hassan Wahid

Sahara occidental : Barack Obama tourne en rond

Loin de constituer une avancée dans le dossier sahraouie, dans un sens ou dans l'autre, le communiqué commun consacre le statut quo et place durablement la question de la décolonisation inachevée, comme un véritable abcès dans la région du Maghreb. Le tête à tête Obama-Mohamed VI a tourné à la rigolade,pourrait-on dire. Le président américain a tenté de ménager la chèvre et le chou. 

A l'issue de l'entretien qu'il a eu avec le monarque alaouite, il a balancé quelques phrases de circonstance, montrant, soit un désintérêt manifeste à la question sahraouie, soit une satisfaction de la situation de ni guerre ni paix dans laquelle est plongée la région du Maghreb depuis près d'une quarantaine d'années. En fait, Washington ne semble pas trop pressé de voir la question trouver sa solution. Le fait est que Barack Obama donne l'impression de ne pas s'intéresser à l'historique de ce problème de décolonisation. Comme réaction, il a affirmé vendredi, en fin de soirée, son attention de poursuivre ses efforts sans le sens d'une issue " pacifique, durable et mutuellement acceptable ". 

Le président Américain voudrait que l'on constate une certaine hauteur de vue de sa part concernant les deux protagonistes, le Front Polisario et le royaume du Maroc. Mais il serait difficile de le suivre dans son propos, notamment lorsqu'il a annonce son soutien à l'envoyé personnel de l'ONU pour le Sahara occidental, Christopher Ross. D'ailleurs, Washington qui omet de reprendre sa propre proposition sur la prise en charge par la Minurso de la question des Droits de l'homme sur les territoires occupés par le Maroc, cosigne un communiqué commun avec Rabat où il est question d'octroyer au président US la mission de " soutenir les efforts pour trouver une solution pacifique, durable et mutuellement acceptable à la question du Sahara occidental ". C'est en ce sens où le tête à tête tourne à la rigolade. 

Loin de constituer une avancée dans le dossier sahraouie, dans un sens ou dans l'autre, le communiqué commun consacre le statut quo et place durablement la question de la décolonisation inachevée, comme un véritable abcès dans la région du Maghreb. Il reste que pour des raisons " esthétiques ", les deux parties ont évoqué " les droits de l'Homme du peuple sahraoui, et ce, au même titre que les autres volets relatifs aux relations bilatérales américanomarocaines, à la sécurité régionale et à la lutte contre le terrorisme, à l'Afrique et à la paix au Moyen-Orient ", note le même communiqué. Il convient de relever également que La Présidence américaine a tenu à faire entrer l'Onu dans le communiqué commun, affichant son appui aux " négociations menées par l'ONU, y compris le travail entrepris par l'Envoyé personnel du Secrétaire général de l'ONU pour le Sahara occidental, Christopher Ross, comme ils exhortent les deux parties (Front Polisario et Maroc) à travailler pour parvenir à une solution ". Sans toutefois faire référence à la réglementation internationale en la matière, qui place le cas du Sahara occidental dans la case décolonisation. L'absence de ce concept réjouie, on s'en doute bien, le Maroc dont le roi a cosigné, avec un certain plaisir, ledit communiqué. Mieux, la monarchie marocaine a réussi à faire dire à Obama que le plan d'autonomie est " une approche potentielle ". 

La question des Droits de l'homme a été évacuée par une phrase bateau : le président Obama et le Roi marocain " ont affirmé leur engagement commun à l'amélioration des conditions de vie du peuple du Sahara occidental et ont convenu à travailler ensemble pour continuer à protéger et à promouvoir les droits de l'Homme dans le territoire " sahraoui. Ainsi, le roi du Maroc a obtenu ce qu'il cherchait avec la bénédiction de la première puissance mondiale, à savoir le maintien de la situation en l'Etat. Aucun processus allant dans le sens du règlement du conflit, dans le respect de la législation internationale, ne peut être envisagé en l'état. En attendant, le droit international est quotidiennement bafoué par le Maroc qui pille les ressources naturelles d'un territoire qui ne lui appartient pas, au regard de la réglementation internationale.

Par Lyes Boumehdi

Sahara Occidental, Les Américains ont-ils changé de position ?

Lors de sa rencontre, vendredi, avec le roi du Maroc, le Président américain a insisté sur la question du respect des droits de l’Homme dans les territoires sahraouis occupés. Barack Obama a réitéré la position de principe de son pays en soutenant le plan d’autonomie marocain. Pour le représentant du Front Polisario à Washington, il revient au peuple sahraoui de se prononcer «dans le cadre de l’exercice de son droit à l’autodétermination»

Le roi du Maroc rencontre, pour la seconde fois de son règne, un président des Etats-Unis d’Amérique. Après George W. Bush en 2004, Mohammed VI a été reçu vendredi par Barack Obama. Une entrevue de deux heures durant laquelle ils ont évoqué de nombreux sujets.

Le dossier du Sahara occidental semble avoir été au centre des discussions. C’est ce qui ressort du communiqué de presse rendu public par les services de la Maison Blanche. Ainsi, Barack Obama «s’est doublement engagé à poursuivre les efforts pour trouver une solution pacifique, durable et mutuellement acceptable sur la question du Sahara occidental». Pour le Président américain, le règlement de ce dossier «doit être traité dans le cadre des Nations Unies». Il ne manquera pas de rassurer son hôte du jour en réitérant son soutien au plan d’autonomie marocain. «Cette annonce n’a rien de surprenante, les Etats-Unis ont toujours eu une préférence pour cette voie. Le représentant du Front Polisario à Washington, Mohammed Yeslem Beisat, a indiqué, hier à l’APS, que l’autonomie fait partie, au même titre que l’indépendance et l’intégration, des trois options retenues par l’ONU. «Le plan d’autonomie proposé par le Maroc comme une »approche potentielle » figure parmi les autres approches incluses dans les résolutions de l’ONU depuis juillet 2003. Néanmoins, il revient au peuple sahraoui de se prononcer sur l’une de ces trois options dans le cadre de l’exercice de son droit inaliénable à l’autodétermination», a indiqué Mohamed Yeslem Beisat à l’agence de presse algérienne. En clair, chaque partie est tenue de faire une proposition et de la soumettre au peuple sahraoui qui est seul habilité à choisir dans le cadre d’un référendum. Et c’est justement l’organisation de ce référendum que rejette le Maroc. Le représentant du Front Polisario à Washington s’est, par ailleurs, félicité que le Président américain mentionne clairement «le peuple du Sahara occidental» lorsqu’il évoque la question des droits de l’Homme.

La question du respect des droits de l’Homme est également largement abordée dans le communiqué de la Maison Blanche. Ainsi, Obama et Mohammed VI ont insisté sur leur engagement commun à améliorer les vies des habitants du Sahara occidental et se sont mis d’accord pour «œuvrer ensemble à continuer à protéger et promouvoir les droits de l’Homme dans le territoire». Le Président américain a également annoncé l’engagement du roi marocain «à mettre fin aux pratiques de procès de civils devant la justice militaire». Une allusion claire aux procès des militants sahraouis du camp de Gdim Izik qui avait été récemment condamné par une juridiction militaire.

Washington entre Alger et Rabat

Une fois de plus la position des Etats-Unis sur le dossier du Sahara occidental est sujette à une double interprétation selon que l’on se place du côté du Maroc ou de la RASD. Le petit communiqué diffusé par la Maison Blanche juste après l’audience accordée par le président Obama au roi Mohamed VI, a donné lieu à des lectures différentes.

Le Makhzen a tôt fait de mettre en avant le fait que Washington ait qualifiée son plan d’autonomie d’approche “potentielle”, crédible” voire “sérieuse”. Cela suffit à son bonheur de relancer sa propagande en interne pour faire valoir son “succès” diplomatique.

Mais a bien y réfléchir, est-ce vraiment une nouveauté dans le langage américain ? Évidemment non puisque les responsable de ce pays distribuent ces deux adjectifs depuis au moins 2007, sans jamais imposer ce fameux plan que les Sahraouis rejettent globalement et dans le détail.

Mais Washington qu’elle soit aux couleurs démocrates ou républicaines est soucieuse avant tout des maintenir les équilibres au Maghreb. En clair, il prend soin de ne pas se mettre à dos ni l’Algérie ni le Maroc qui sont ses partenaires stratégiques sur des dossiers qui ne sont pas forcément les mêmes.

“Crédible” mais… ”mutuellement acceptable”

Obama a donc une fois de plus pris le soin de couper la poire en deux s’agissant du fumeux dossier du Sahara occidental. Il a certes servi du “sérieux” et “crédible” au roi du Maroc parti sauver son Trône, mais il glisse que son administration continuera à soutenir les efforts pour trouver une “solution pacifique, durable et mutuellement acceptable à la question du Sahara occidental”.

Qu’est ce que cela voudrait dire ? Que le plan d’autonomie rejeté par les sahraouis n’est pas applicable et encore moins imposable. Mieux encore, la Maison Blance a insisté sur le “rôle des Nations-Unies” pour résoudre le conflit sahraoui, en tenant à préciser dans le communiqué que les Etats-Unis “continuent à appuyer les négociations menées par l’ONU, y compris le travail entrepris par l’Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental, Christopher Ross”.

Tout le monde connait la position de l’ONU et celle de l’envoyé spécial de Ban Ki-Moon favorable à un mécanisme international de surveillance des droits de l’homme. Tout le monde sait aussi que, n’était-ce le droit de veto de la France, le Maroc aurait perdu la bataille avec les compliments de l’oncle Sam. Sauf que les enjeux géopolitiques de la région du Sahel et du Sahara dictent encore aux américains de ménager le choux et la chèvre suivant leur approche pragmatique liée à leurs intérêts vitaux.

Match nul…

Il faut souligner à la charge de M6 et du makhzen que le président Obama a bien précisé qu’il “exhortait les deux parties (Front Polisario et Maroc) à travailler pour parvenir à une solution”. Exit donc l’Algérie, que Rabat tente en vain de présenter comme une partie prenante du conflit pour son soutien au Polisario.

Et pour confirmer cette attitude américaine qui consiste à tenir le bâton par le milieu, la secrétaire-adjointe chargée des Affaires africaines auprès du département américain de la Défense, Mme Amanda Dory, s’est fendue le même jour (vendredi) d’une déclaration flatteuse pour les autorités algériennes. “L’Algérie constitue le “pilier” du dispositif de lutte contre le terrorisme en Afrique du Nord et l’armée algérienne assure avec succès la protection des frontières sud pour empêcher des incursions terroristes, a -elle déclaré.

Voilà deux discours typiquement américains qui ont le “génie” de contenter les frères ennemis, le même jour en plus ! Vu d’Alger ou de Rabat, les deux régimes s’en sortent à bons comptes… L’arbitre américain a sifflé match nul la confrontation à distance entre l’Algérie et le Maroc. Mais il y aura certainement des prolongation sous peu…

Par Rafik Benasseur | 23/11/2013 | 18:21

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