Sahara Occidental : L’ONU, complice par la faute de la France

Selon Wikipedia, l'Organisation des Nations Unies (ONU) est la plus grande organisation internationale existante. Elle est définie comme une association de gouvernance mondiale qui facilite la coopération sur des questions comme le droit international, la paix et la sécurité internationales, développement économique et social, affaires humanitaires et droits de l'homme.

Mais les faits ont montré que l'ONU est devenue un jouet entre les mains des puissances mondiales.


Quand le Kosovo a proclamé unilatéralement son indépendance, l'ONU, à travers son porte-parole, a soutenu l'indépendance à condition que le Kosovo reste sous la supervision de l'OTAN, une autre entité contrôlée par les superpuissances occidentales.

Dans l'éternel conflit entre Israël et la Palestine, dans lequel les États-Unis soutient Israël, il y avait une fuite dans laquelle un fonctionnaire de l'ONU avait affirmé que, dans ce conflit, cette organisation est devenue impartiale parce que l'ONU même était en train de mettre des obstacles face à la création d'un Etat palestinien.


Au Sahara Occidental, un autre conflit s’éternise à cause de la complicité d’une puissance européenne, la France, avec le Maroc, pays qui, à cause de ses velléités expansionnistes, menace la paix et la stabilité dans la région depuis plus de 35 ans.


La France met à disposition du gouvernement marocain son droit au veto pour lui permettre de poursuivre sa politique de répression, assassinats et violations des droits de l’homme dans toute impunité. Situation favorisée par le black-out imposé par Rabat sur les territoires occupés du Sahara Occidental.


Mercredi dernier, le logement de la famille Dambar a été saccagé, sa famillé brutalement agressée ainsi qu’un groupe de citoyens sahraouis venus manifester leur solidarité avec la famille du jeune Said Dambar, mort d’une balle dans la tête tirée par un policier marocain.


Après le massacre de Gdeym Izik perpétré au mois de novembre dernier, le Maroc attaque de nouveau à peine un mois après que le Conseil de Sécurité ait demandé aux parties de « continuer de faire preuve de volonté politique et de travailler dans une atmosphère propice au dialogue afin d’engager plus résolument des négociations de fond » dans sa résolution 1979(2011) adoptée à l’unanimité le 27 avril 2011.


De nouveau, l'ONU, représentée par le son Secrétaire Général, Ban Ki-moon, ne réagit pas. Va-t-ilo demander au Conseil des NU pour les Droits de l’Homme d’envoyer une mission d’enquête comme l’a demandé le président sahraouis, Mohamed Abdelaziz dans sa lettre.


Où est l'organisation qui lutte pour les droits de l'homme et l'instauration de la paix? Pourquoi laisser des milliers de sahraouis à la dérive et laisser le Maroc porter atteinte aux droits des citoyens sahraouis mais aussi aux droits des citoyens et des journalistes du monde entier en imposant la loi du silence et en mettant en marche sa machine de désinformation pour cacher la vérité de ce qui se passe dans ce territoire ?


La réponse, il faudra la chercher à l’Elysée.

Sahara Occidental - Une mission prolongée mais pas élargie aux droits de l'Homme

Le contingent de l’ONU déployé au Sahara occidental, qui est appelé MINURSO (Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un Référendum au Sahara Occidental) a un mandat de maintien de la paix depuis 20 ans, renouvelé chaque année. Cette année encore, ce mandat a été renouvelé. Cette année encore, la résolution exhorte le Maroc et le Front Polisario à poursuivre des négociations « en vue de parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable qui pourvoie à l’autodétermination du peuple du Sahara occidental».

Dans les termes, on le voit bien, Maroc et Front Polisario sont mis sur le même plan, alors que dans les faits, il y a bien rapport de force, il y a bien un oppresseur et un opprimé. Le raid des forces de sécurité du Maroc effectué près de Laayoune en novembre dernier le démontre assez. Et l’aggravation de la répression contre la population sahraouie n’a pas fait fléchir le Conseil de sécurité de l’ONU pour que la MINURSO ait un mandat de surveillance des droits de l’Homme. Il a en cela cédé aux pressions de la France. Le gouvernement français soutient en effet le projet marocain d’autonomie et bafoue par là, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. A noter que cette MINURSO constitue la seule mission de paix qui soit dépourvue de surveillance des droits de l’Homme.


Si le Conseil de sécurité de l’ONU a juste reconnu l’importance « d’améliorer la situation des droits de l’Homme au Sahara occidental », c’est uniquement grâce à la mobilisation de nombreux gouvernements, des associations et des personnalités.


Le terme de « référendum » est bien toujours présent dans l’intitulé de la mission mais il n’est plus évoqué nulle part dans cette nouvelle résolution. Pas de surveillance des droits de l’homme non plus, même si le Maroc a autorisé la présence de rapporteurs de l’ONU sur les droits de l’Homme, même si l’ONU se félicite de la création d’un Conseil national des droits de l’homme au Maroc et de « son antenne envisagée pour le Sahara occidental ».


Au moment même où les révoltes dans le monde arabe appellent à obtenir pour les peuples des droits politiques essentiels et fondamentaux, au moment où les violences policières et l’impunité s’intensifient au Sahara occidental, cette résolution signe plus un statu quo qu’une véritable avancée démocratique vers le dénouement pacifique d’un conflit de 35 ans sur l’autodétermination du Sahara occidental.


Alain Audoubert, 17/05/2011

Paris, Londres et la «Ligne bleue»

Avant-hier, plusieurs dizaines de personnes sorties manifester à l’occasion du 63e anniversaire de la «nekba» furent fauchées par les balles assassines de la soldatesque sioniste. Face à des manifestants désarmés, les soldats n’utilisèrent pas les moyens anti-émeutes classiques : eau chaude, gaz lacrymogène, tirs de sommation, balles en caoutchouc, gourdins, etc. Ils tiraient à balles réelles sur la foule. Non pas en visant les jambes mais pour tuer. Israël ne pouvait se priver de son péché mignon. Alors, il tua avec délectation, tout autour de lui, dans son voisinage. Il tua et les moralistes d’Occident, prompts à clouer au pilori tout dirigeant arabe coupable d’indiscipline, s’aplatirent une nouvelle fois devant l’action sanguinaire de leur monstrueuse créature. La France, qui refuse la protection onusienne aux populations sahraouies dans les territoires occupés du Sahara occidental, mais qui intervient militairement pour, officiellement, protéger les populations civiles en Libye, n’est pas restée silencieuse sur les tueries d’Israël. «La France condamne ces incidents… « et «appelle toutes les parties à faire preuve de retenue et à éviter les provocations «, déclarait lundi Bernard Valero, porte-parole du ministère français des AE. Ainsi, Paris ne condamne pas Israël mais parle d’incidents dont la responsabilité est, à ses yeux, partagée entre le bourreau et ses victimes. Paris dirige même un doigt accusateur sur les manifestants arabes, des provocateurs qu’elle appelle à respecter la ligne aux couleurs d’Israël. Londres, l’autre capitale qui s’occupe sérieusement à «redresser les torts» en Libye, a réagi elle aussi au carnage sioniste. «Nous sommes profondément préoccupés par les violences qui ont eu lieu aujourd’hui et tristes d’apprendre qu’il y a eu des morts», déclarait à ce propos William Hague, le chef de la diplomatie britannique. Pas de condamnation non plus d’Israël. On prend la liberté de bombarder les Arabes, de les tuer, de détruire leurs pays et d’y créer un chaos tel que seul Dieu est capable d’en connaître les retombées sur la région. D’un autre côté, on se fait tout petit face à Israël et lui dire, ne serait-ce qu’une goutte de vérité, est une… ligne bleue qu’on n’oserait franchir. 
M. Z. mohamed_zaaf@yahoo.fr
Le Jeune Indépendant, 17/05/2011

Sahara Occidental : Immolation lente

Une fois de plus un accord des Nations unies vient de sceller pour une année supplémentaire le sort des Sahraouis en reconduisant pour la vingtième fois le mandat de la Minurso. Les responsables et les médias s’étonneront encore de n’avoir rien vu venir. On peut craindre cependant que ne finissent par arriver des actes désespérés, bien que jusqu’ici maitrisés par un peuple qui préfère mourir à petit feu dans les négociations plutôt que de recourir au terrorisme.
Face à ce peuple oublié, la barbarie peut se réclamer de son pouvoir et de ses richesses, s’affubler des Droits de l’homme, elle n’en demeure pas moins la barbarie, lorsqu’elle met en exergue l’un de ses principes les plus cyniques: « Il n’est pas de problème politique qu’une absence de solution ne finisse par résoudre ! » Car la reconduction du mandat de la Minurso est bien « une absence de solution ». La démission politique, le laisser faire des majorités silencieuses et l’aide humanitaire prennent alors possession de ce désert.
Face aux décideurs arbitraires, un peuple. Un peuple séparé en deux par un mur miné de plus de 2500kms de long. Un peuple dont la moitié vit en exil depuis 35 ans, réfugiée dans le Sahara algérien, zone à ce point inhospitalière que même les nomades les plus avertis ne s’y hasardaient pas. L’autre moitié est restée dans son pays, le Sahara Occidental, dernière colonie d’Afrique, classé «non autonome» depuis les années 60 par les Nations unies et à qui l’ONU promettait «un référendum d’autodétermination ». Que l’on soit de part ou d’autre de ce mur de la honte séparant l’exil du colonialisme, la vie y est en danger ; et ne cessera de l’être. Pour combien de temps encore ?
Qui expliquera à ces enfants que leur situation n’est pas le choix d’une décision familiale mais la résultante d’une démission internationale ? Face à des intérêts économiques et géopolitiques, que pèsent les générations nées dans les camps, frappées d’anémies chroniques, de retards de croissance harmonieuse, de diabètes, de problèmes de thyroïde …Quels arguments faudra t’il trouver pour mener à bien des missions souvent financées par des filiales humanitaires d’ Organisations ou d’Unions qui leur refusent par ailleurs la possibilité de choisir un retour prôné par des décisions internationales ou de garantir leurs droits élémentaires ? Qui convaincra qu’un mieux vivre dans les camps peut remplacer une terre promise ? Qui peut accepter que des innocents payent les pénalités de ceux qui ne se donnent aucune obligation de résultat depuis vingt ans ?
Je pense à tous ces amis sahraouis, prisonniers chez eux ou à ciel ouvert dans les camps à qui l’aide humanitaire est une honte offerte en compensation d’une réparation de justice qui ne viendra pas, d’une restauration de dignité qu’on a choisi d’ignorer, d’une application des Droits de l’Homme à chaque fois rejetée. Chacun sait que les positions défendues par les deux parties sont inconciliables. Le problème est là et pourtant l’Onu dont le rôle est d’organiser un référendum ne mandate pas sa mission pour le faire expressément, préférant geler une situation de rente en des discussions informelles et inutiles.
L’heure n’est pas à de nouvelles propositions de moins en moins négociables mais à la mise en œuvre du référendum prévu en 1992 sur lequel chaque partie s’accordait, proposant soit le rattachement au Maroc, soit l’autonomie sous responsabilité marocaine ou, troisième alternative, l’indépendance totale. Le refus reïtéré d’habiliter la seule mission de l’Onu au monde qui n’ait pas ce droit, de l’observation de l’application des Droits de l’Homme, notamment par le pouvoir d’abstention ou de véto d’un état membre du Conseil de sécurité, la France, pose cette seule question : Faut il que les enjeux soient si importants pour brader jusqu’à l’honneur ? Avant même qu’on ne le lise en Une, j’ai entendu des voix sahraouies le dire : « ONU, dégage ! » Il nous faut souhaiter aujourd’hui la violence d’un ultime engagement pacifique afin d’éviter l’engagement d’une violence destructrice.
Jean-François Debargue
Publié par APSO le 7 mai 2011.
SaharaDoc, 16/05/2011

Sahara Occidental : Le Conseil de Sécurité a brisé un tabou

Le Maroc, un Etat qui à cause de son occupation du Sahara Occidental viole le droit international, bénéficie d’une certaine impunité grâce au veto français au sein du Conseil de Sécurité de l’ONU. Mais, lors de la dernière réunion de celui-ci, le 27 avril 2011, même le puissant soutien de Paris n’a pas réussi que la résolution du Conseil soit favorable aux ambitions marocaines.

Pour la première fois, a été mentionnée, même si c’est seulement dans l’introduction et non pas dans le corps de l’exposition, la nécessité de respecter les droits de l'homme.


Avec cette résolution, un tabou a été brisé. La délégation marocaine, soutenue par la France, ne voulait rien entendre de cette phrase et voulait laisser une vague référence à la «dimension humaine» des résolutions antérieures. Cela a conduit à une collision entre la délégation française et celle des États-Unis, qui avaient introduit le paragraphe. Plus de dix jours ont passé sans accord et il a fallu organiser une réunion au niveau des ambassadeurs, ce qui constitue la plus haute manifestation de l’existence d’une crise au sein du Conseil de Sécurité.


Les Etats-Unis ont insisté pour que le paragraphe sur les droits de l'homme soit maintenu et ils étaient disposés à aller au vote si la France s’y opposait. Paris a ensuite cédé en échange de l’inclusion d’une référence au Conseil marocain de droits de l’homme.

La résolution 1979 (2011) un échec retentissant de la politique expansionniste du Maroc

Dans un rapport publié au mois d’avril et présenté au Conseil de Sécurité de l’ONU, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, se déclare préoccupé par la détérioration de la sécurité dans le Sahara occidental, qui résulte de l’absence d’accord de paix entre le Maroc et le Front Polisario et du maintien du statu quo qui dure depuis 20 ans dans le territoire.

Pour la première fois, il met en exergue l’importance d’une solution basée sur la volonté des habitants du Sahara Occidental. « Ce qui est clair, c’est que si l’on aboutit à un statut final au sujet duquel la population n’a pas exprimé ses vues clairement et de manière convaincante, on risque de créer de nouvelles tensions au Sahara occidental et dans la région », a bien précisé M. Ki-moon.

Aussi, suggère-t-il au Conseil de sécurité de recommander d’approfondir encore l’examen des propositions des deux parties « et, en particulier, chercher un terrain d’entente sur le principal point de convergence de leurs deux propositions : la nécessité d’obtenir pour tout accord l’approbation de la population ».

Ban Ki-moon demande aussi moins d’autorité marocaine sur le territoire sahraoui en demandant au CS de « consacrer des efforts supplémentaires à l’identification et à l’examen d’une vaste gamme de questions de gouvernance en vue de répondre aux besoins de la population du Sahara occidental ».

Selon le Secrétaire général, la prise en compte des questions relatives aux droits de l’homme est également importante pour le règlement du conflit dans son ensemble. Dans ce contexte, faute de pouvoir charger la MINURSO de cette question à cause du veto français, Ban Ki-moon essaie de faire pression sur le Maroc à travers le Haut Commissariat des NU pour les Réfugiés. « J’attends maintenant que les mécanismes du Haut commissariat pour les réfugiés s’engagent de leur côté à examiner de façon indépendante, impartiale et soutenue les allégations faisant état de violations des droits universels du peuple du Sahara occidental dans le territoire et dans les camps avant la présentation de mon prochain rapport », écrit-il.

La résolution 1979(2011) a clairement réactivé la solution référendaire et les pressions contre le Maroc continuent pour le contraindre à respecter les droits du peuple sahraoui. La nouvelle configuration du monde arabe ne permet pas au Maroc de demander le soutien de Washington et Paris. L’adminstration d’Obama soutient clairement la légalité internationale. La France de Sarkozy, avec son intervention en Lybie et en Côte d’Ivoire ne peut plus continuer à alimenter son discours double sur le Sahara Occidental. Le consensus prétendu par le Maroc autour de l’occupation du Sahara Occidental n’est plus à « vendre »  comme moyen pour museler le peuple marocain.

Toutes ces nouvelles données font que Rabat se trouve dans une position peu enviable dans le conflit du Sahara Occidental. D’où son cri de secours lancé à son « oncle » Juan Carlos, le roi d’Espagne qui arrive en une visite tantôt décrite officielle, tantôt privée.

Le Front Polisario appelle la France à faire preuve d’objectivité

Devant la persistance de la France à s’aligner sur la position du Maroc dans le conflit du Sahara occidental, notamment sur la question des droits de l’Homme, le Front Polisario interpelle Paris pour qu’il cesse de faire preuve de subjectivité. Le Front Polisario a appelé dimanche la France à “œuvrer pour la protection des civils sahraouis et à respecter les droits humains au Sahara occidental, sans discrimination, sélectivité ou politique du deux poids, deux mesures”, afin de contribuer à la recherche d’une solution au conflit du Sahara occidental. 
 
Le secrétariat national (SN) du Front Polisario, réuni dimanche en session ordinaire, a appelé la France, membre permanent du Conseil de sécurité, à participer positivement à la recherche d’une solution juste et durable au conflit et à “œuvrer pour protéger les civils sahraouis et le respect des droits de l’Homme au Sahara occidental comme partout dans le monde sans discrimination, sélectivité ou politique du deux poids, deux mesures”. Le secrétariat national a mis l’accent sur la nécessité d’élargir le mandat de la Minurso pour inclure la protection et la surveillance des droits de l’Homme au Sahara occidental, prenant note de la résolution 1979 du CS qui réaffirme l’importance du respect des droits de l’Homme pour faire aboutir les efforts de l’ONU pour la solution du conflit du Sahara occidental. 
 
Le SN a regretté que le Conseil de sécurité n’ait pas créé de mécanisme pour la protection des droits de l’Homme à l’instar de toutes les missions onusiennes de la paix dans le monde, en raison de l’opposition de la France, ce qui ne concourt pas à l’instauration de la paix et la stabilité dans la région. Il a également demandé à l’Espagne d’assumer ses responsabilités dans la décolonisation du Sahara occidental, en sa qualité de puissance administrante du territoire jusqu’à ce que le peuple sahraoui puisse décider de son avenir et exercer son droit inaliénable à l’autodétermination et à l’indépendance. Le SN a appelé au démantèlement du mur de la honte marocain qui partage le Sahara occidental et son peuple en deux parties et fait chaque année des victimes au sein des Sahraouis innocents, notamment les nomades et leurs cheptels. 
 
S’agissant de l’exploitation illégale des ressources naturelles sahraouies, le SN a appelé l’UE à exclure le Sahara occidental de tout accord avec le Maroc, estimant cela une violation du droit international, tant que le processus de décolonisation n’a pas abouti. Le SN a exprimé la disponibilité du Front Polisario à coopérer de manière constructive avec les efforts du SG de l’ONU et de son envoyé personnel pour accélérer les négociations en vue de garantir le respect des droits nationaux légitimes du peuple sahraoui à la liberté. Dans ce contexte, il a appelé la communauté internationale à imposer les sanctions nécessaires au Maroc pour l’amener à se conformer à la légalité internationale. Enfin, il a demandé au gouvernement marocain de libérer immédiatement et sans condition le prisonnier politique sahraoui, Yahya Mohamed El-Hafed, condamné à 15 ans de prison ferme et tous les autres qui croupissent dans les prisons marocaines, et de faire la lumière sur le sort de tous les disparus sahraouis au Maroc. 
Liberté, 12/05/2011

Sahara Occ. : Le loup est chargé d'assurer la protection des moutons dans la bergerie!



PLATEFORME
POUR LA SOLIDARITE
AVEC LE PEUPLE
DU SAHARA OCCIDENTAL



L'ONU REFUSE D'ELARGIR LE MANDAT DE LA MINURSO AUX DROITS DE L'HOMME

En adoptant le 27 avril 2011 la résolution n° 1979 sur le Sahara occidental, le Conseil de sécurité de l'ONU a suivi pour l'essentiel les recommandations du secrétaire général, Ban Ki-moon, dans son rapport du 15 avril. La résolution prolonge d'une année supplémentaire le mandat de la mission des Nations unies au Sahara occidental (Minurso) et engage, une fois de plus, le Maroc et le Front Polisario à poursuivre les négociations « en vue de parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable qui pourvoie à l'autodétermination du peuple du Sahara occidental ».

Tout en reconnaissant que "la consolidation du statu quo n'est pas acceptable à long terme", la résolution met sur le même plan le colonisateur et le colonisé et ne propose aucune mesure pour amener le Maroc à mettre un terme à ses manœuvres d'obstruction et à respecter le droit international.

Malgré l'aggravation de la répression contre la population sahraouie, notamment pendant et depuis le démantèlement du camp de Gdeim Izik, le Conseil de sécurité de l'ONU a refusé, sous la pression de la France, d'inclure la surveillance des droits de l'homme dans les compétences de la Minurso qui reste donc la seule mission de paix des Nations unies dépourvue d'un mandat de surveillance des droits de l'Homme. Toutefois, la mobilisation de nombreux gouvernements, associations des droits de l'Homme et personnalités a contraint le Conseil de sécurité de l'ONU à reconnaître l'importance "d'améliorer la situation des droits de l'Homme au Sahara occidental".

C'est un premier pas, mais qui reste insuffisant, d'autant plus qu'il confie aux autorités marocaines (par le biais du Conseil national des droits de l'homme qui est contesté par les associations marocaines des droits de l'Homme) la responsabilité de surveiller les droits de l'Homme. Comme si le loup pouvait être chargé d'assurer la protection des moutons dans la bergerie!

Le gouvernement français s'est fait une nouvelle fois le porte-parole des autorités marocaines en refusant l'extension du mandat de la Minurso et en soutenant ouvertement le projet marocain d'autonomie bien qu'il bafoue le droit international fondé sur le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Il empêche ainsi la résolution pacifique d'un conflit de 35 ans sur la décolonisation du Sahara occidental.

Réaffirmant sa solidarité avec la lutte du peuple sahraoui pour son indépendance, la plateforme pour la solidarité avec le peuple du Sahara occidental est décidée à poursuivre son action contre les violations des droits de l'homme au Sahara occidental, pour un mécanisme onusien de surveillance des droits de l'homme et pour la mise œuvre rapide du référendum d'autodétermination qui permettrait enfin au peuple sahraoui de décider librement de son avenir.

La plateforme demande aux gouvernements et aux autorités européennes d'exercer des pressions sur le Maroc, pouvant aller si nécessaire jusqu'à des sanctions, pour qu'il applique le droit international et respecte les droits de l'homme.
Paris le 9 mai 2011

Mohamed VI sollicite l'aide de l'Espagne

Dans un rapport publié au mois d’avril et présenté au Conseil de Sécurité de l’ONU, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, se déclare préoccupé par la détérioration de la sécurité dans le Sahara occidental, qui résulte de l’absence d’accord de paix entre le Maroc et le Front Polisario et du maintien du statu quo qui dure depuis 20 ans dans le territoire.
Pour la première fois, il met en exergue l’importance d’une solution basée sur la volonté des habitants du Sahara Occidental. « Ce qui est clair, c’est que si l’on aboutit à un statut final au sujet duquel la population n’a pas exprimé ses vues clairement et de manière convaincante, on risque de créer de nouvelles tensions au Sahara occidental et dans la région », a bien précisé M. Ki-moon.

Aussi, suggère-t-il au Conseil de sécurité de recommander d’approfondir encore l’examen des propositions des deux parties « et, en particulier, chercher un terrain d’entente sur le principal point de convergence de leurs deux propositions : la nécessité d’obtenir pour tout accord l’approbation de la population ».

Ban Ki-moon demande aussi moins d’autorité marocaine sur le territoire sahraoui en demandant au CS de « consacrer des efforts supplémentaires à l’identification et à l’examen d’une vaste gamme de questions de gouvernance en vue de répondre aux besoins de la population du Sahara occidental ».

Selon le Secrétaire général, la prise en compte des questions relatives aux droits de l’homme est également importante pour le règlement du conflit dans son ensemble. Dans ce contexte, faute de pouvoir charger la MINURSO de cette question à cause du veto français, Ban Ki-moon essaie de faire pression sur le Maroc à travers le Haut Commissariat des NU pour les Réfugiés. « J’attends maintenant que les mécanismes du Haut commissariat pour les réfugiés s’engagent de leur côté à examiner de façon indépendante, impartiale et soutenue les allégations faisant état de violations des droits universels du peuple du Sahara occidental dans le territoire et dans les camps avant la présentation de mon prochain rapport », écrit-il.

La résolution 1979(2011) a clairement réactivé la solution référendaire et les pressions contre le Maroc continuent pour le contraindre à respecter les droits du peuple sahraoui. La nouvelle configuration du monde arabe ne permet pas au Maroc de demander le soutien de Washington et Paris. L’adminstration d’Obama soutient clairement la légalité internationale. La France de Sarkozy, avec son intervention en Lybie et en Côte d’Ivoire ne peut plus continuer à alimenter son discours double sur le Sahara Occidental. Le consensus prétendu par le Maroc autour de l’occupation du Sahara Occidental n’est plus à « vendre » comme moyen pour museler le peuple marocain.

Toutes ces nouvelles données font que Rabat se trouve dans une position peu enviable dans le conflit du Sahara Occidental. D’où son cri de secours lancé à son « oncle » Juan Carlos, le roi d’Espagne qui arrive en une visite tantôt décrite officielle, tantôt privée.

Sahara Occidental : L'ONU préoccupée par la détérioration de la sécurité

Dans un rapport publié mardi, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, se déclare préoccupé par la détérioration de la sécurité dans le Sahara occidental, qui résulte de l’absence d’accord de paix entre le Maroc et le Front Polisario et du maintien du statu quo qui dure depuis 20 ans dans le territoire.

« Je déplore les pertes en vies humaines et la destruction de biens occasionnels par les actes de violence qui se sont produits à Gdim Izik et à Laayoune le 8 novembre, et j’engage toutes les parties à s’abstenir à l’avenir de recourir à la violence », écrit Ban Ki-moon dans ce rapport transmis au Conseil de sécurité et qui décrit la situation sur le terrain et l’état et l’évolution des négociations au cours de l’année passée.
Selon lui, après quatre années et 10 séries de réunions entre les parties, le processus de négociation « reste dans l’impasse ». « Aucune des parties n’a accepté la proposition de l’autre en tant que seule base de négociation et aucune n’a pris à ce jour des mesures qui indiqueraient qu’elle est disposée à avancer sur la voie d’un compromis acceptable », note-t-il.
Le Secrétaire général estime toutefois que les circonstances actuelles pourraient laisser entrevoir un moyen d’avancer. « En cette période de manifestations et de contestation dans toute la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, les sentiments de la population du Sahara occidental, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du territoire, au sujet du statut final de ce dernier, sont plus que jamais au coeur même de la recherche d’un règlement juste et durable. Mais ces sentiments demeurent inconnus », écrit-il.
« Ce qui est clair, c’est que si l’on aboutit à un statut final au sujet duquel la population n’ ;a pas exprimé ses vues clairement et de manière convaincante, on risque de créer de nouvelles tensions au Sahara occidental et dans la région », ajoute-t-il.
Aussi, suggère-t-il au Conseil de sécurité de recommander trois initiatives aux parties :
Premièrement, trouver un moyen de faire participer des membres respectés d’un large groupe représentatif de la population du Sahara occidental à l’intérieur et à l’extérieur du territoire, de manière officielle ou officieuse, à l’examen des questions liées au statut final et à l’exercice de l’autodétermination et aux débats sur ces questions.
Deuxièmement, approfondir encore l’examen de leurs propositions respectives et, en particulier, chercher un terrain d’entente sur le principal point de convergence de leurs deux propositions : la nécessité d’obtenir pour tout accord l’ approbation de la population.
Troisièmement, consacrer des efforts supplémentaires à l’identification et à l’examen d’une vaste gamme de questions de gouvernance en vue de répondre aux besoins de la population du Sahara occidental.
Selon le Secrétaire général, la prise en compte des questions relatives aux droits de l’homme est également importante pour le règlement du conflit dans son ensemble. Il prend note des initiatives récentes du Maroc, qui englobent les institutions nationales, de même que l’idée d’exploiter plus pleinement les possibilités offertes par les mécanismes du Conseil des droits de l’homme. Il se félicite de l’engagement pris par le Maroc d’assurer un accès sans condition et sans obstacle à tous les titulaires de mandats relevant des procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme.
« J’attends maintenant que les mécanismes du Haut commissariat pour les réfugiés s’engagent de leur côté à examiner de façon indépendante, impartiale et soutenue les allégations faisant état de violations des droits universels du peuple du Sahara occidental dans le territoire et dans les camps avant la présentation de mon prochain rapport », écrit-il.
Par ailleurs, il se félicite que les visites familiales aient repris et que les parties se soient engagées à avancer sur la question des voyages par la route et qu’elles se soient entendues pour reprendre les séminaires. Il appelle les deux parties à s’ ;abstenir d’ ;exploiter ce programme humanitaire à des fins politiques.
En 2011, alors que l’ ;ONU marque le vingtième anniversaire de la Mission des Nations Unies pour l’ ;organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), les circonstances locales ont changé spectaculairement au cours de ces 20 années, non seulement quant au nombre et à la composition de la population mais aussi quant au niveau de l’ ;activité économique et des infrastructures, avec des différences très marquées entre les territoires à l’ouest et à l’est du mur de sable.
Dans ces conditions, le rôle et les activités de la MINURSO définis par le Conseil de sécurité au moment de sa création puis par les résolutions ultérieures, se heurtent à des obstacles de plus en plus difficiles à surmonter, tant dans le domaine opérationnel que dans celui des relations avec les parties.
Le Secrétaire général estime qu’ ;en tant qu’unique présence des Nations Unies dans le territoire, hormis un petit bureau du HCR chargé d’apporter un appui à l’exécution du programme de mesures de confiance, et aussi en tant que garante de la stabilité du cessez-le-feu, la présence de la MINURSO a toujours un sens.
« Je demande au Conseil de sécurité de m’ ;épauler en réaffirmant le rôle de la Mission et en veillant à ce que les conditions minimales de son bon fonctionnement soient remplies, et je demande leur coopération aux deux parties, le Maroc et le Front Polisario. Cela étant posé, et compte tenu de l’action menée sans relâche par mon Envoyé spécial, je recommande au Conseil de proroger de 12 mois, jusqu’au 30 avril 2012, le mandat de la MINURSO », conclut-il. Mardi, le Conseil de sécurité a eu des consultations à huis-clos sur le Sahara occidental. Les membres du Conseil ont entendu des exposés de l’Envoyé personnel du Secrétaire général, Christopher Ross, et du chef de la MINURSO, Hany Abdel-Aziz.
Radin Rue, 20/04/2011

Dominique Vidal « Une intifada contre soixante ans d’humiliations »

Journaliste au Monde diplomatique, Dominique Vidal vient de publier avec Alain Gresh une nouvelle édition des 100 clés du Proche-Orient, ouvrage de référence qui éclaire les répercussions du conflit israélo-palestinien dans des pays dont l’histoire tourmentée revient ces jours-ci à la une de l’actualité : Yémen, Syrie ou Jordanie.
Cette nouvelle édition sort 
à point nommé car on peut y trouver bien des clés pour comprendre ce qui se passe dans les différents pays. Une large place y est consacrée au conflit israélo-palestinien. Or, curieusement, bien que la question palestinienne soit centrale dans l’histoire de 
ce dernier siècle au Proche-Orient, elle a quasiment disparu des médias ces temps-ci. Pourquoi ?
Dominique Vidal. C’est un phénomène connu de la couverture médiatique : l’événement le plus brûlant prend le dessus, les autres sont éliminés, jusqu’à ce qu’un autre événement ailleurs vienne à la une et ainsi de suite. C’est regrettable, mais c’est ainsi. Je crois pourtant que ce qui se passe dans le monde arabe va modifier la donne en Palestine. Quand on parle du Proche-Orient et du Maghreb, tout se tient et c’est très difficile d’isoler le « printemps arabe », expression que j’aime bien, de l’hiver arabe. Je pense qu’il y a dans tout événement important de l’histoire – et c’en est un – des causes multiples. Toute explication monocausale est analphabète, a fortiori quand il s’agit d’événements populaires aussi puissants et spontanés. Personne ne peut prétendre qu’il y avait derrière cette succession de soulèvements un grand organisateur ni je ne sais quel complot.
 Parlez-nous de ces causes, que vous abordez en ouverture du livre.
Dominique Vidal. Les causes immédiates sont la misère, l’arrogance des puissants et des corrompus. Dans cette région qui produit un tiers du pétrole mondial et qui en détient les deux tiers des réserves, un habitant sur cinq survit avec moins de 2 dollars par jour. Le nombre de personnes sous-alimentées est passé en quinze ans de près de 20 millions à plus de 25 millions, le pourcentage officiel de chômeurs est de 15 % mais en réalité il est bien plus élevé, sans doute plus du double. 23 % des plus de quinze ans sont analphabètes, 17 % illettrés. La croissance moyenne du PIB entre 1980 et 2004 n’a pas dépassé 0,5 % par an. C’est donc une région de grande richesse potentielle, mais où l’arrogance des puissants et des corrompus qui en profitent contraste avec la misère de couches de plus en plus larges. Le dernier rapport du PNUD en 2009 montre que c’est la seule région du monde qui non seulement n’a pas progressé, mais a régressé dans toute une série de domaines au cours des vingt dernières années. À cela s’ajoute l’aspect dictatorial, les services de renseignements, la torture, etc. On le disait peu, car c’était des amis de l’Occident qui étaient au pouvoir, mais au Caire on se faisait arrêter pour n’importe quoi, même sans raison, et on était torturé dans un commissariat. J’ai des amis qui ont été témoins de ce genre de choses. Cela explique l’explosion. Mais ce sont seulement les causes immédiates. L’explication plus profonde est à chercher dans l’histoire : le printemps arabe est une intifada contre soixante ans d’humiliations en tous genres.
 Intifada, comme en Palestine ?
Dominique Vidal. Oui. Intifada veut dire, au sens littéral, relever la tête. Pour moi, ces humiliations ont commencé avec la Nakba. En 1948 la Palestine disparaît, 800 000 de ses habitants sont expulsés, manu militari souvent, comme les nouveaux historiens israéliens l’ont confirmé. Cela crée une spirale de guerre : on a dix guerres générales dans cette région depuis 1948, 1956, 1967, 1973, 1982, 2006, 2009 
– si on peut appeler cela une guerre : 
13 morts du côté israélien et 1 400 à Gaza. Sans oublier les métastases que sont les deux guerres du Golfe et la guerre en Irak, la guerre civile libanaise, résultats de ce tohu-bohu, mot hébreu qui dit bien ce qu’il veut dire : chaos. Cet état de guerre entre Israël et les pays arabes a eu des conséquences sur ce qui se passe aujourd’hui.
 Lesquelles ?
Dominique Vidal. D’abord, toutes les richesses détournées vers la course aux armements au lieu d’être investies dans le développement. Ensuite, l’état de guerre a été le prétexte idéal pour installer des dictatures : face à « l’ennemi sioniste » il fallait serrer les rangs. Quiconque n’était pas d’accord avec tel ou tel régime était un allié d’Israël. Enfin, l’échec des régimes baasistes – qu’il faut relativiser 
car ils ont apporté bien des acquis sociaux qui comptent encore aujourd’hui, au moins dans la mémoire des gens – est directement lié au conflit avec Israël. Nouvel échec d’ailleurs, quand les pays arabes sont entrés dans la mondialisation – avec notamment l’Infitah de Sadate, la libéralisation de l’économie qui n’a profité qu’à une toute petite catégorie sociale. On voit où tout cela a mené. Le terreau de l’intifada d’aujourd’hui, du printemps arabe, s’enracine bien dans cette histoire.
 Comment cela peut-il modifier 
la donne en Palestine ?
Dominique Vidal. Avant le geste de 
Mohamed Bouazizi, la situation était totalement bloquée. Il n’y avait rien à attendre du gouvernement israélien, le plus extrémiste de l’histoire 
d’Israël. Rien à attendre côté palestinien du fait de la division Fatah-
Hamas, dont les deux directions ont une responsabilité dans l’impasse et dans le refus de la surmonter. Le monde arabe gardait le silence le plus total depuis son offre positive de 2002 à Beyrouth. Du côté des États-Unis et de l’Union européenne, on assistait à un théâtre d’ombres : Obama a fait un discours magnifique au Caire, mais on n’a jamais vu ce discours se traduire en actes. L’Union européenne, avec son hypocrisie habituelle, faisait aussi de beaux discours : État palestinien, retrait des territoires occupés, arrêt de la colonisation, etc. On ne peut 
rêver mieux que la déclaration de l’UE 
du 8 décembre 2009. Sauf que le 
8 décembre 2008, elle avait approuvé le rehaussement des relations avec Israël. Après Gaza, on n’a plus osé le dire tout haut, mais chaque mois on signe un nouvel accord. C’est le rehaussement rampant. Israël obtient ainsi peu à peu tout ce qu’il veut sans respecter aucune des exigences ni d’Obama, ni de l’ONU, ni de l’Union européenne. Le printemps arabe change la donne et on le voit déjà.
 En quoi exactement ?
Dominique Vidal. Israël n’a plus ce qui était l’un des piliers principaux du statu quo : après avoir écrasé ses voisins arabes en 1967 dans une guerre préventive planifiée, il avait réussi à faire des paix séparées avec l’Égypte puis avec la Jordanie. Il était à l’abri de sa hantise : une guerre sur tous les fronts. Les régimes égyptien et jordanien étaient complices de ce statu quo. Le printemps arabe sape ce pilier. Sans doute, les dirigeants égyptiens et jordaniens ne vont pas déchirer les traités de paix. Mais je pense que l’ère de la complicité active est terminée. Vu la mobilisation de l’opinion et l’immense appel à la dignité que représentent ces mouvements, Israël va se retrouver plus isolé que jamais.
Le deuxième élément, c’est que le printemps arabe, comme le nuage de Tchernobyl, ne s’est pas arrêté aux frontières de la Cisjordanie et de Gaza. Il y a déjà eu des manifestations de jeunes importantes, à Ramallah et à Gaza, sur le thème « Dégage Hamas, dégage Abbas ». Le Hamas a envoyé ses nervis cogner sur les jeunes. Le 
Fatah a apporté sa sono pour pousser des mots d’ordre en faveur de l’unité, qui ne déplaisaient pas aux jeunes manifestants. Je ne pense pas que ce soit un hasard si, au beau milieu du printemps arabe, Mahmoud Abbas propose des élections législatives et présidentielle d’ici à la fin de l’année et si le Hamas après avoir dit non dit « on peut discuter ». Des deux côtés on voit bien qu’on ne peut pas continuer à entretenir la division. L’aspiration populaire est telle – même si les gens sont plus las qu’ailleurs, un peu comme en Algérie où ils sortent de vingt ans de guerre civile – que cette division qui arrange si bien Israël a des chances de se résorber.
Troisième point, il y a une dimension mondiale du printemps arabe. Depuis la chute du mur, il y avait une sorte de résignation mondiale. Comme si les gens avaient cru Fukuyama et sa fin de l’histoire. Les Américains faisaient ce qu’ils voulaient quand ils voulaient. Sauf qu’il y a eu l’échec en Irak, en Afghanistan, et maintenant ce printemps arabe qui les prive de certains de leurs alliés traditionnels. On assiste à une bascule des rapports de forces mondiaux : la Chine, la Russie, l’Inde, la Turquie, le Brésil… Et Obama est là pour essayer de gérer cela, de regagner un peu de terrain.
Cela ne peut pas être une coïncidence si au moment se où produit cette vague énorme et qui va durer, car c’est un mouvement de fond, on voit l’ONU se poser la question d’accueillir l’État de Palestine à la prochaine Assemblée générale, en septembre 2011, dans les frontières de 1967 et avec Jérusalem-Est pour capitale. En 1988, quand le Conseil palestinien d’Alger avait proclamé l’État de Palestine, 110 États l’avaient reconnu, essentiellement d’Asie et d’Afrique. Depuis trois mois on a une vague de reconnaissances formelles par la quasi-totalité des États latino-américains, sauf la Colombie. Pour cause : le régime israélien est l’un des alliés les plus efficaces de la dictature colombienne.
En Europe, le 13 décembre, le sommet de l’UE a dit : « On le reconnaîtra le moment venu. » Or, le nouveau ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, vient de dire, le 15 mars : « Nous n’en sommes pas là mais c’est une hypothèse qu’il faut avoir en tête, avec les autres pays de l’Union. »
Évidemment, le printemps arabe place les Occidentaux devant un dilemme cornélien : s’ils ne passent pas des paroles aux actes, ce bouleversement des rapports de forces risque de se concrétiser, et ils risquent d’être battus à l’Assemblée générale avec une écrasante majorité qui vote l’admission de l’État de Palestine. Et que fera le Conseil de sécurité ? En fait, plus un seul État au monde, sauf Israël, n’est opposé à l’admission de l’État de Palestine. Prendre le contre-pied de cela est un risque énorme, même pour les États-Unis.
 Pour revenir à l’actualité du printemps arabe, n’y a-t-il pas 
une exception libyenne ? C’est plutôt une guerre civile qu’une révolution.
Dominique Vidal. Oui, car la Libye n’est pas une nation comme les autres nations arabes. Ailleurs, il y a des nations constituées à travers l’histoire. Même au Maghreb, où le colonisateur a divisé, séparé, mais en constituant malgré lui des réalités spécifiques qui sont le Maroc, l’Algérie, la Tunisie. Il a oublié, malheureusement, le Sahara occidental, qui est un facteur de désunion et sur lequel l’Union européenne montre la même hypocrisie que pour la Palestine. On en est à renier les textes même des Nations unies, à renoncer au référendum, à laisser le Maroc coloniser dans des conditions hallucinantes. La Libye, contrairement aux autres pays du Maghreb, ne s’est forgé ni identité nationale ni réalité étatique. C’est une addition de clans. Le pouvoir de 
Kadhafi est simplement celui d’un clan sur les autres. Chavez et ses amis se trompent complètement, car ils continuent à voir en lui le révolutionnaire qu’il n’est plus depuis longtemps. Il est devenu depuis 2002 un allié fidèle de l’Occident et son agent du maintien de l’ordre en Afrique.
 Pourquoi, alors, Sarkozy l’a-t-il attaqué ?
Dominique Vidal. Parce que cela devenait intenable et que notre président de la République avait besoin de se refaire une santé sur le plan international. Et puis, il y a une résolution de l’ONU. Ce qui intrigue, c’est le fait que Ban Ki-moon n’ait pas essayé de négocier pour éviter le recours à la force, comme l’avait fait Perez de Cuellar avec Saddam Hussein en 1990. Le danger de cette intervention, à mon avis, c’est celui d’une division du pays, risque de division qui n’existe pas dans les autres pays arabes, à l’exception du Yémen, où il y a aussi des divisions tribales, régionales et religieuses. À mon avis, il n’y avait pas de bonne solution. Ne pas intervenir, c’était, outre le probable massacre de milliers de gens, le risque d’un coup d’arrêt au printemps arabe. C’était fini pour le Bahreïn, la Syrie aussi sans doute. Mais le fait que l’Otan reprenne les choses en main est inquiétant. Il y a matière à un débat, qu’il faut mener de sang-froid en tenant le plus grand compte des souffrances des populations. À mon avis, toutes les solutions étaient mauvaises : intervenir et ne rien faire.
 Y a-t-il un risque de voir les choses tourner mal en Syrie ?
Dominique Vidal. Je ne pense pas. En Syrie, même chez les opposants, il y a un certain respect pour le chef de l’État. Il ne s’est pas rendu indigne comme un Ben Ali ou un Moubarak. Il y a un certain respect pour la stature internationale de la Syrie, qui n’est pas devenue le larbin de l’Occident. Mais il y a évidemment beaucoup à dire sur le système dictatorial et la corruption, dans ce pays comme dans tous les autres. C’est pour y mettre fin que, là aussi, les gens manifestent. Et ce qui est extraordinaire, c’est que tous ces mouvements sont un démenti cinglant de ce que Huntington présentait comme un conflit de civilisations. C’est même tout le contraire : ces révolutions se font au nom des principes universels qui sont aussi les nôtres : liberté, égalité, solidarité et justice.

Les 100 clefs du Proche-Orient, Alain Gresh 
et Dominique Vidal, éditions Pluriel, 
750 pages, 17 euros.
Entretien réalisé par Françoise Germain-Robin

"Le Royaume Uni est engagé avec la résolution 1979(2011)" (ambassadeur UK à l'ONU)

"Les soulèvements récents en Afrique du Nord ont mis en exergue les droits des peuples à déterminer leur propre avenir, par conséquent, l'intérêt du Royaume-Uni dans la promotion de ces valeurs au Sahara occidental n'est pas différent de nos intérêts dans la région », a déclaré M. Mark Lyall Grant, ambassadeur et représentant permanent du Royaume-Uni à l'ONU, dans sa réponse écrite envoyée au député Raul Romeva y Rueda, eurodéputé et vice-président de l'Intergroupe du Parlement Européen pour le Sahara occidental.

Après avoir rappelé que "la réponse vise à clarifier la position du Royaume-Uni sur la question (Sahara occidental) », le diplomate britannique a déclaré que son pays" est engagé dans la position du Conseil de sécurité de l'ONU, qui demande une solutiuon juste, durable et mutuellement acceptable qui prévoit la libre autodétermination pour le peuple du Sahara occidental. "

"Compte tenu de ce qui précède, les efforts menés par l’ambassadeur Christopher Ross dans la recherche d'une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable, qui passe par la détermination du peuple du Sahara occidental sont cruciaux, et le Royaume-Uni le soutient dans ce sens ", souligne M. Grant qui a ajouté que le" Royaume-Uni reste attaché au principe de protection et de surveillance des droits de l'homme dans les territoires du Sahara occidental administrés par le Maroc, comme dans les camps de réfugiés de Tindouf, sous contrôle du Front Polisario. "

L'ambassadeur britannique a souligné que son pays discute "de cette question à tous les niveaux, que ce soit régulièrement avec le groupe des Amis du Sahara occidental et au plus haut niveau avec les deux parties» et note que "depuis plusieurs années, le Royaume-Uni a demandé au Conseil de sécurité la question des droits de l'homme. "

Pour M. Grant, la résolution 1979 (2011) adoptée à l'unanimité par le Conseil de sécurité le 27 avril dernier « montre une avancée significative dans la question du Sahara occidental, y compris les expectatives en ce qui concerne les droits de l'homme et les avancées enregistrées par les deux parties. " "Nous espérons que ces expectatives se réalisent et nous serons attentifs à cet égard", a-t-il ajouté.

L’ONU et ses mains

M. Mourad Medelci, le chef de notre diplomatie, nous a indiqué récemment que, lors de son voyage aux Etats-Unis, il avait discuté avec Mme Hillary Clinton, son homologue américaine, de la question du Sahara occidental et qu’ils avaient « convenu que le devenir du dossier du Sahara occidental soit entre les mains de l’ONU et qu’ils devront encourager et continuer à le faire». Au grand bonheur du trône voisin et de son protecteur tricolore, aurait-il pu ajouter. Le dossier de la décolonisation du Sahara occidental est entre les mains du «machin» depuis les années 1960, avant que le Maroc n’envahisse militairement une dizaine d’années plus tard le territoire et que son armée n’arrose au napalm les populations autochtones pourchassées dans le désert. 

A l’ONU, la question du Sahara occidental traine en longueur et Medelci nous dit que Clinton et lui vont s’arranger pour que ça continue. Jusqu’à la tombe ? Le Sahara occidental n’est pas le Koweit ou la Libye, deux cas où l’on a commencé par décider avant de passer à l’ONU pour retirer un permis de cogner dont on ne respectera quand même pas les clauses. En Libye, on est passé à l’action à une vitesse époustouflante, à tel point que le pouvoir en place ne comprenait pas trop ce qui lui arrivait. La vitesse d’exécution de l’Africom était telle qu’on n’a pas eu le temps d’admirer son savoir-faire avant qu’on ne cède la main à Sarkozy. Pourtant, à ce qu’on sache, Kadhafi n’avait pas bombardé au napalm, comme l’avait fait le Maroc dans la Seguia El-Hamra, ni même démantelé sauvagement un campement civil comme fit le makhzen en novembre dernier à Gdeim Izik. M. Medelci sait tout cela ; Mme Clinton aussi. Comme tous deux savent parfaitement que, tel qu’il est conçu, le «machin» obéit aujourd’hui à une poignée de pays aux décisions de plus en plus injustes. Une situation qui fait que des populations souffrent et que les bourreaux qui les colonisent bénéficient d’une impunité totale. 

Au Conseil de sécurité, le veto américain assure l’impunité à Israël alors que le veto français assure l’impunité au Maroc. Mais alors qu’au Machrek on envisage d’accorder un chez soi au peuple palestinien, au Maghreb on continue à nier l’existence même du peuple sahraoui. Bien que dans nos espaces on suggère perfidement la fabrication d’autres peuples. 
M. Z. mohamed_zaaf@yahoo.fr 

L’ONU et le despotisme

Le monde arabe est composé pour moitié de républiques despotiques et pour moitié de monarchies absolues. Monarques et présidents à vie se ressemblent, comptent le même nombre d’années au pouvoir en général, et ont en commun d’être impitoyables envers leurs peuples. Les monarchies n’ont pas évolué vers le système républicain, ce sont les républiques qui ont dégénéré en système monarchique : «Avancez à l’arrière !» comme disent les receveurs de nos transports publics.

C’est dans les «républiques» que les révolutions ont le mieux pris jusqu’ici. Ce qui s’y est passé est comparable avec les révolutions qui ont libéré les anciens pays de l’Est : continuum géographique, même aire culturelle, même organisation politique. Elles sont toutes libres aujourd’hui, et rejoignent les unes après les autres l’Union européenne. Selon le proverbe, un homme averti en vaut deux. Et un despote ? «Aussi !» serait-on tenté de répondre spontanément. Eh bien non ! Car s’il en vaut deux, cela veut dire qu’il va doubler ses problèmes avec son peuple, et qu’il devra par conséquent être déposé et pendu deux fois. S’il n’en vaut que 1, cela suffira pour l’exposer à une révolution, à une déposition et à une pendaison. S’il ne vaut que la moitié de 1, il devra être démocrate pour l’autre moitié. Il ne faudrait alors qu’une demi-révolution, une demi-déposition et une demi-pendaison. Peut-on pendre quelqu’un à 50% ? En tout cas, la bonne réponse à la question de départ était : que vous l’avertissiez ou non, un despote ne vaut jamais que rien. 
 
Qu’auraient dû faire Ben Ali et Moubarak pour que la révolution n’arrivât pas chez eux ? Rien, car ils étaient prisonniers de leur culture politique et du système qu’ils ont mis en place depuis longtemps. Moubarak aurait pu tirer des leçons de ce qui venait d’arriver chez son homologue tunisien, mais il ne l’a pas fait. Aujourd’hui, il est sous la menace d’une pendaison. Une fois le feu déclaré, l’un et l’autre ne se sont pas résignés à des changements immédiats et radicaux, mais ont louvoyé, menacé puis réprimé. Le premier a demandé à son armée de bombarder Kasreïne, ce qu’elle a sagement refusé, tandis que le second a fait voler en rase-mottes des F16 au-dessus de la place Tahrir avec on ne sait quelles intentions. C’est Kadhafi qui nous renseignera finalement sur ce que peuvent être de telles intentions. Décidément, les despotes ne reculent devant aucune extrémité : tous les trois ont pensé aux frappes aériennes contre leurs peuples ! 
 
Que doit faire le pouvoir chez nous pour que rien de fâcheux n’arrive ? A lui de voir. Si la révolution éclate, ce sera à cause de son aveuglement. Si elle n’éclate pas, ce sera grâce au discernement du peuple, mais à condition qu’il ait obtenu le minimum démocratique lui permettant, pour la première fois de son histoire, de dire son mot dans la conduite de ses affaires. Il existe bien une science des révolutions, la «staséologie», mais elle n’aide pas à les prévenir, elle les étudie une fois survenues. Il y a par contre des leçons à tirer des révolutions en cours. Nos dirigeants ne jurent-ils pas, depuis le 5 Juillet 1962, que notre pays est une partie indissociable du monde arabe ? Or, il y a comme une gêne inexprimée, une attitude ambiguë dans les sphères dirigeantes. On sent que ces révolutions ne sont pas les bienvenues. 
 
L’Algérie qui a toujours soutenu «l’autodétermination des peuples» et prôné un «Maghreb des peuples», elle qu’on a désigné comme «La Mecque des révolutionnaires », a subitement perdu la voix. Ne risque-t-elle pas, en abjurant ces principes, de perdre ses derniers soutiens dans le dossier du Sahara occidental ? Aux yeux du monde, elle est déjà dans le camp de Kadhafi. Et quand il ne sera plus là ? Dans les années 1970 et 1980, elle formait avec la Syrie et la Libye le fameux «Front du refus». Aujourd’hui, c’est à la démocratie et à leurs peuples que les pays de l’ancien «Front de la fermeté» (on l’appelait comme ça aussi) résistent avec fermeté et emploient des armes dans le cas des deux derniers, des armes qu’ils se sont gardés d’utiliser contre l’ennemi. Les quatre Constitutions que s’est données l’Algérie (1963, 1976, 1989, 1996) n’ont pas émané du peuple, d’une instance qu’il aurait désignée à cette fin, mais ont été concoctées dans le secret des bureaux des dirigeants avant d’être soumises à son plébiscite ou à l’approbation du Parlement. Le pouvoir constituant imputé au peuple par ces Constitutions ne lui a jamais appartenu et il nîe l’a jamais exercé. Cette fois peut-être ? Ben Bella et Boumediene étaient des hommes qui aimaient le pouvoir. Ils l’ont assez démontré. Seule la force, pour le premier, et la mort, pour le second, le leur a arraché des mains. Sinon ils seraient encore en poste, comme Castro (jusqu’à ce qu’il n’en puisse plus), Kadhafi ou Mugabé. Mais on peut considérer rétrospectivement que beaucoup de leurs erreurs sont à mettre sur le compte de l’esprit du temps. La moitié du monde était socialiste ou communiste, et la dictature et le dirigisme étaient le propre de la majorité des Etats. Les Constitutions que l’un et l’autre ont infligées au pays étaient des copies conformes des constitutions en vigueur dans les «démocraties populaires» : Etat-nation, parti unique, centralisme démocratique, candidature unique aux élections, socialisme, télévision unique, presse publique… 
 
Quand Bouteflika est arrivé au pouvoir, le monde socialo-communiste avait disparu et les dernières dictatures militaires étaient tombées. Il a trouvé une Constitution qui se rapprochait davantage des constitutions démocratiques que des constitutions autocratiques. On pensait qu’il allait l’améliorer, la moderniser, la rapprocher de celle des Etats-Unis ou de la France. Sans parler des réformes de l’éducation, de la justice et de l’Etat sur lesquelles avaient travaillé des hommes compétents qui ont livré dans les délais leurs copies. Il n’en fut rien, et les progrès enregistrés sous Chadli et Zeroual furent éradiqués, nous faisant «avancer à l’arrière» 
 
Alors que les mandats présidentiels en France n’étaient pas limités, Chirac a transformé le septennat en quinquennat, et Sarkozy a fixé leur nombre à deux alors qu’il est jeune. Au temps de Mitterrand, un président de la République pouvait rester à son postequatorze ans, au temps de Chirac douze, et au temps de Sarkozy, s’il est réélu l’an prochain, dix. Soit, pour lui, une perte sèche de quatre années. Les deux hommes, qui savent compter naturellement, l’ont fait en connaissance de cause. Un président américain, pour sa part, ne peut totaliser en deux mandats que huit années. Aucun de ces chefs d’Etat n’a pensé à s’inspirer de Ben Ali ou de Moubarak, aucun d’entre eux n’a estimé qu’il était une bénédiction divine pour son pays et qu’il ne devait quitter l’Elysée ou la Maison-Blanche que pour rejoindre le Seigneur. 
 
La Constitution n’a aucune valeur dans un pays où le chef de l’Etat, censé garantir son inviolabilité et sa pérennité, est le premier à la malmener. Pour l’avoir permis en 1963, en raison de la confiance (aveugle) qu’il avait en ses leaders et des proportions qu’avait l’analphabétisme, le peuple algérien en a payé le prix. Il a subi le despotisme dans ses formes les plus mesquines. S’il le permet encore à l’avenir, il ne méritera pas le despotisme, mais l’esclavage. Et ce, quelle que soit la formule d’adoption qui sera proposée : référendum ou vote parlementaire. Nous allons théoriquement entrer, avec l’annonce de réformes tendant à prémunir l’Algérie d’une révolution, dans une période fondatrice. Or, nous vivons une période qui ressemble à celle qu’a connue la Tunisie avant que Ben Ali ne renverse Bourguiba pour des raisons médicales. Espérons que notre pays fera l’économie d’une parenthèse qui a duré vingt-trois ans chez nos voisins et s’est achevée par une révolution. Nous ne voulons plus «avancer à l’arrière», tout comme nous voulons garder notre aviation au sol. Si nos dirigeants s’obstinent à ne rien lâcher, il faudrait se tourner vers l’ONU en lui présentant les quelques suggestions qui suivent. 
 
La Première Guerre mondiale a accouché de la SDN, et la deuxième de l’ONU. La création de ces institutions est venue en réponse aux vœux des nations ruinées par la guerre. Les deux conflits ont provoqué près de cent millions de morts et entraîné la destruction de pays entiers. L’ONU a remplacé la SDN parce que cette dernière a été dépassée par l’évolution des rapports internationaux. Or, un mouvement d’opinion à travers le monde est de plus en plus convaincu que l’ONU ne satisfait plus dans son format actuel aux besoins des relations multilatérales. Les révolutions arabes en cours confortent cette tendance et y ajoutent une nouvelle interrogation. L’objectif principal de l’ONU, c’est d’assurer la paix entre les nations. Mais que doit-elle faire lorsque des peuples, entrés en conflit avec leurs dirigeants, ne s’estiment plus représentés par leurs gouvernements ? Doit-elle continuer à être l’Organisation des Nations unies, ou faut-il l’appeler l’Organisation des gouvernements unis ? C’est ce qu’est déjà la Ligue arabe. Il est question depuis longtemps de la réforme de l’ONU dont le fonctionnement, régi par la Charte de San Francisco qui remonte à 1945, est de plus en plus contesté, mais rien de tangible n’a encore été fait. Le débat s’est enlisé dans la problématique de l’élargissement du Conseil de sécurité et du nombre et de l’identité des pays appelés à y siéger en permanence. Le fait que cet organe ne compte que cinq membres permanents, et le droit de veto attaché à chacun d’eux, montre que cette instance universelle ploie elle aussi sous le despotisme. Un quintette d’Etats, se prévalant de son statut de vainqueur de la Seconde Guerre mondiale, dicte ses desiderata au reste du monde. Il en découle qu’un seul Etat peut bloquer le fonctionnement de l’Organisation, et même la roue de l’histoire. 
 
En 1945, il y avait une centaine d’Etats-membres en moins qu’aujourd’hui. Une révolution démocratique s’impose donc à l’ONU si elle veut accompagner la marche de l’humanité vers les idéaux mis en avant dans ses activités. Il s’agirait d’aller dans le sens des aspirations démocratiques des peuples et de leur souhait d’une meilleure gestion de leurs ressources par leurs dirigeants. Il y a mieux à faire que d’envoyer les armées de l’OTAN régler par la force, ici ou là, des problèmes qu’on aurait pu éviter si on les avait pris à la racine, si on les avait anticipés en réformant les missions de l’ONU. Pourquoi, tirant les enseignements de ses échecs, ne ferait-elle pas preuve de créativité en traitant autrement les causes de ces problèmes, épargnant ainsi des vies humaines et les ressources de la planète ? Elle pourrait le faire en amendant sa Charte et en introduisant dans le droit international de nouvelles dispositions relatives à la bonne gouvernance dans le monde. Le droit international prime le droit national. Dans un effort d’adaptation aux nouveaux besoins du monde, l’ONU a mis en place ces deux dernières décennies une Cour internationale de justice ; elle a ordonné des actions militaires contre des Etats qui violaient le droit humanitaire ; des chefs d’Etat ont été arrêtés pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité ou génocide, déférés devant le tribunal pénal international, jugés et condamnés. D’un autre côté, des directives ont été émises à l’échelle internationale pour retracer les mouvements de fonds destinés au terrorisme et au blanchiment de l’argent provenant du trafic de drogue. Pourquoi, dans le même élan innovateur, n’édicterait-elle pas des règlements visant à protéger les peuples du despotisme et de la corruption de leurs dirigeants ? Ces règles entraîneraient le réaménagement des conditions afférentes à la qualité de membre de l’ONU, et disposeraient que ne seraient considérés comme représentatifs de leurs nations que les Etats dont les dirigeants auraient été démocratiquement élus. Il en découlerait que l’ensemble des Etats-membres seraient tenus de se doter de constitutions démocratiques garantissant les droits de l’homme et de la femme, la liberté de conscience, d’expression et d’opposition, des élections sincères, etc. Cela reviendrait à rendre contraignantes les dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’homme, les nouveaux amendements de la Charte, ainsi que d’autres dispositions des conventions internationales allant dans ce sens. L’instance onusienne pourrait même proposer un canevas de Constitution applicable aussi bien par les républiques que par les monarchies constitutionnelles. Les pouvoirs publics du monde entier auraient une organisation démocratique. Même le nombre de mandats pourrait être limité dans ce cadre. On a conçu en 1948 une Déclaration universelle des droits de l’homme, on a œuvré à travers l’OMC et le FMI à la globalisation de l’économie, on ne cesse d’évoquer depuis la crise financière de 2008 la nécessité de moraliser les pratiques financières… Pourquoi ne penserait-on pas à un ordre éthique international ? La mondialisation ne doit pas être qu’économique. Le FMI et la Banque mondiale sont des institutions qui font partie du système de l’ONU. Imaginons qu’en tant que tels ils publient chaque année un état des avoirs des dirigeants des pays avant d’entrer en fonction, et après. Techniquement, c’est faisable étant donné les liens de ces organismes avec les Banques centrales des Etats-membres et le système bancaire qui s’est largement internationalisé. Mais l’ONU est-elle qualifiée pour promouvoir un ordre éthique international, elle qui a été incapable d’appliquer les résolutions du Conseil de sécurité sur la Palestine ? Elle, qu’Israël humilie quotidiennement depuis plus de soixante ans ? Elle, qui a été incapable d’imposer une solution au problème du Sahara occidental ? Comme il ne faut pas s’attendre à ce que cet idéal se réalise avant une ou deux décennies, les peuples arabes et africains doivent compter sur eux-mêmes pour se dépêtrer du despotisme.
Noureddibe Boukrouh - noureddineboukrouh@yahoo.fr-
Le Soir d’Algerie, 07/05/2011

Brasil : Una querella contra Emboirik por abuso y difamación

La familia de la ex-novia del diplomático saharaui Emboirik Ahmed ha depositado una querella ante la justicia brasileña contra él por abu...