L’impasse de la démocratie occidentale (Extraits)

Mesdames et messieurs, les gens ont peur pour un patrimoine national : Un journaliste marocain surnommé la terreur des corrompus et des voleurs des bien publics. Ce journaliste avait été agressé à l’arme blanche et délesté de ses biens en 2008 devant la gare ferroviaire de la capitale politique à une heure de pointe. Les gens se demandent où en est l’enquête… ? Les gens se demandent aussi pourquoi est-ce qu’il n’y aurait pas eu tentative de relever les empreintes des agresseurs sur une pièce à conviction précieusement conservée, à ce jour, par le journaliste intrépide agressé ? Et, des gens en viennent à se demander, si dans le cadre de la privatisation, il serait possible de recourir à quelque détective privé capable de relever ces empreintes etc.… ?! Insensé !
Rachid Nini continuerait de recevoir des menaces de transformer sa vie en cauchemar dans le cas où le quotidien qu’il dirige ne cesserait pas de déranger certains concernés par certaines affaires… Erreur, selon les uns et les autres qui pensent que même si ce quotidien cessait de paraître cela ne voudrait pas dire que le journaliste en question cesserait d’écrire… Mais tout cela n’est pas le plus important. Nous vivons et nous mourrons et l’essentiel est de consacrer sa vie à une bonne cause pour que le tout puissant nous pardonne nos péchés. Puisse Dieu prêter longue vie et excellente santé à Rachid Nini à la gloire de la dénonciation de la corruption.
Mais, le plus grave, c’est que les gens craignent que le journaliste Rachid Nini qui dénonce la corruption, les détournements de fond et les vols des biens publics, soit la cible des services secrets étrangers démocratiques…Une preuve de plus que la démocratie ne protège pas les dénonciateurs de la corruption, des détournements de fond et du vol des biens publics…-Lire la chronique de Rachid Nini dans Almassae n°1199 du jeudi 29.07.2010 en page 28-
Par ailleurs, les gens ont été très attentifs à une sortie littéraire et artistique du journaliste Rachid Nini. Extrait :
« Si certains veulent duper les gens en appelant le lion un âne, ils n’ont qu’à essayer de lui mettre des raines… »
Extrait numéro 2 :
« Il est vrai que nous sommes sans immunité et le plus futile parmi les responsables dans ce pays peut, dans un moment de colère, nous priver de notre pain quotidien et celui de nos familles en le piétinant avec ses lourds souliers makhzaniens. Mais fort heureusement, nous ne vivions pas que de pain mais aussi de fierté et de dignité que certains dans ce pays veulent tuer en nous… »
Par ailleurs, il serait utile de rappeler que l’immunité en démocratie ne profite qu’aux parvenus d’entre certaines élites, parlementaires, ministres etc.….

Le Maroc ne doit pas attirer les pêcheurs victimes de BP au Sahara Occidental

« N’essayez pas d’attirer les pêcheurs victimes de BP dans un pays occupé »
Communiqué de presse de Western Sahara Resource Watch, 30/7/2010
Dans le territoire occupé du Sahara Occidental, un pays situé au nord-ouest de l'Afrique, des manifestants pacifiques sont soumis à de graves violations des droits humains lorsqu’ils se prononcent en faveur de leur droit légitime à l'indépendance. Le Maroc a illégalement envahi le territoire en 1975, et le gouvernement marocain utilise aujourd'hui tous les moyens pour consolider l'occupation, en attirant des entreprises étrangères sur le territoire.
Un groupe de lobbyists de Washington essaient maintenant d’en faire le nouveau refuge des pêcheurs de Louisiane touchés par la marée noire.
«La marée noire de BP est un désastre inimaginable pour tout l'environnement du golfe du Mexique. Mais quelle que soit notre sympathie pour les pêcheurs de Louisiane qui ont perdu leurs moyens de subsistance, nous espérons qu'ils rejetteront toutes les offres concluant des affaires louches qui prolongeront les souffrances d'un peuple de l'autre côté de l'Atlantique », a déclaré Sara Eyckmans, coordonnateur de l'organisation internationale Western Sahara Resource Watch.
L'activité étrangère au Sahara Occidental est utilisée par le Maroc pour gagner des points politiques dans son occupation du territoire, et pour financer la coûteuse présence militaire dans la zone riche en ressources.
"Tant que le Maroc pourra attirer des entreprises au Sahara Occidental et gagner de l'argent sur l'occupation illégale, les difficultés et les souffrances du peuple sahraoui ne pourront que continuer. Nous lançons un appel aux pêcheurs de la Louisiane et aux législateurs américains pour trouver une autre solution au problème qu’en profitant des ressources qui appartiennent au peuple sahraoui opprimé ", a déclaré Eyckmans.
Selon les sources bien informées de l’agence de presse Africa Intelligence, deux lobbyistes pro-marocains à Washington ont reçu 140.000 dollars US pour "courtiser les entreprises de pêche déplacées du golfe du Mexique et les technologies de production pour aider le Maroc à moderniser son industrie de la pêche". Le groupe de lobbyistes payé par le Maroc est dirigé par un natif de Louisiane et un ancien membre de la Chambre des représentants du Mississippi.
Le peuple sahraoui a appelé à plusieurs reprises la communauté internationale à s’abstenir de s'engager dans les transactions commerciales avec le Maroc et portant sur leurs ressources naturelles. La plupart des personnes employées dans le secteur de la pêche au Sahara Occidental sont aujourd'hui des colons marocains, que le Maroc a déplacés dans le territoire en violation de la Quatrième Convention de Genève. Le Maroc refuse d’accorder l'autodétermination aux Sahraouis, un droit que plus de 100 résolutions de l'ONU demandent d’être respecté. La Cour internationale de Justice a jugé sans fondement les revendications du Maroc sur le territoire. Le gouvernement américain a précédemment déclaré explicitement que le Sahara Occidental est exclu de la coopération de libre-échange américano-marocaine.
Ce n'est pas la première fois que le Maroc a tenté de faire usage de marée noire pour attirer les pêcheurs dans le pays occupé. En 2002 de même, lorsque le pétrolier «Prestige» a provoqué une catastrophe écologique le long des côtes de l'Espagne, le Maroc a réussi à convaincre le gouvernement espagnol d'envoyer ses pêcheurs au Sahara Occidental.
En lire davantage sur le lobby, et l’histoire du « Prestige » ici.
Pour les commentaires et clarifications :
-  Sara Eyckmans
Coordinatrice, Western Sahara Resource Watch
(+32) 475 458695, coordinator@ wsrw.org
-  Carlos Wilson, Los Angeles
US-Western Sahara Foundation
(+1) 858-755-9440 csahrawi@sbcglobal. net
_  Christina Kiel, New Orleans
Western Sahara Resource Watch – section Louisiana
(+1) 718-790-9426 (seulement après le 3 août), christina.kiel@ gmail.com
Source : SOLIDMAR, 31/7/2010

Oser dire : Le Maroc et le vent du changement !

Par Abdellatif Berrada
Il est quelque chose, une façon de penser, de voir les choses, de les analyser que je n’arrive toujours pas à comprendre et que je retrouve très souvent lorsqu’on traite de certaines situations au Maroc, de certaines dénonciations des maux du Maroc…. Il est des choses qui peuvent choquer, il est des réalités qu’on a du mal à accepter, un amour pour ce pays qui sent la pointe de la critique comme une blessure à son inconditionnalité. Des choses somme toute que je peux admettre mais tout de même que je ne comprends toujours pas.
Je parle de ceux qui se déchaînent sur vous quand vous pointer un défaut, qui vous insulte quand vous dites une réalité, qui essayent de vous taxer dès que vous parlez de défaillance, de situations choquantes, de tares, de choses indécentes … des réalités qui existent bel et bien dans ce pays que nous chérissons bien sur comme tout citoyen digne de ce titre et considérons comme pays privilégié par nombre d’atouts.Mais la question est de comprendre pourquoi la critique gène t’elle ! Ces mecs ne comprennent-ils encore que c’est par la critique qu’on répare l’irréparable et qu’on avance ! Et que la flatterie et la génuflexion devant des réalités criantes n’est qu’une instrumentalisation diabolique du machiavélisme par la caste des profiteurs du statut quo pour mieux faire empirer une situation et en profiter au maximum jusqu’à ce que la fin s’en suive quitte alors à changer alors de cap via outre mer en cas de besoin ou de veste pour s’adapter à la nouvelle donne. C’est une situation classique gagnant-gagnant de la caste des profiteurs ou les perdants sont souvent les dirigeants bernés par la horde de flatteurs les aït béni-oui-oui qui leur dressent souvent des portraits de cette réalité qu’ils veulent tel quel dans la mesure ou ceci sert leurs intérêts ! Et une question qui se pose, ces personnes qui réagissent de façon si agressive des qu’il est question de critiquer le pays se sentent-ils comme les dignes gardiens d’une réputation à garder même avec le mensonge? Se sentent-ils investis d’une mission divine de sauvegarde des apparences? Pensent-ils sincèrement que lorsqu’on ne critique pas une situation, dès lors cette réalité cesse d’exister? Ou encore leur ouïe chaste ne peut, ne veut, entendre ce que leur raison a depuis longtemps refoulé à la fin fond de leur psyché ?
Je les entends ça et là, à corps défendant, portant des jugements et distribuant les blâmes: A les entendre n’est vrai marocain qu’eux, n’est soucieux du Maroc qu’eux, n’est amoureux de sa terre qu’eux …n’est citoyen authentique qu’eux etc.….
A les entendre et à les observer agir je les comprends toutefois, ils sont les mêmes représentants héritiers du statut quo auparavant et à présent, ce qu’ils veulent c’est s’ériger en gardiens et protecteurs de l’ordre et ce en façade mais en réalité ils ne sont défendeurs que de leurs propres intérêts de classe, mais au fait ce rôle de protecteur n’est qu’un prétexte et un gros mensonge ; ce qu’ils veulent au fait c’est le maintien du statut quo et le maintien de leurs privilèges au détriment de la stabilité du pouvoir et de la prospérité du pays et s’ils sont allergiques a toute critique c’est qu’ils pressentent bien que la critique est la porte royale vers le changement !
Et à la fin un dernier mot ; la critique bien sur requiert le respect de certaines règles déontologiques d’information ; Critiquer n’est pas insulter, critiquer n’est pas déformer des réalités pour mieux flatter le lectorat friand de ce genre de billets brûlants, critiquer n’est pas dévoiler des intimités de gens quels qu’ils soient ! Et enfin il ne faut pas oublier que critique bien faite commence par soi même ! Je connais par exemple des magnats de presse privée ou partisane qui incitent des rédacteurs à publier des papiers brûlants contre l’injustice et la fraude et des cas de malversation des deniers publics alors qu’ils oublient de redresser les torts et la situation de gabegie qui règnent dans leur propre fief !
Think-tank.net , 10/7/2010

Le Roi du Maroc accuse l’Algérie de torpiller son projet d’ « autonomie », le Polisario estime que M6 attise "le feu de la guerre"

Le Roi du Maroc, Mohamed VI, a vivement critiqué l'Algérie qu'il accuse de vouloir torpiller le projet d'autonomie que son pays propose pour le Sahara occidental. Dans un discours prononcé vendredi 30 juillet à l'occasion du 11èm anniversaire de son accession au trône, le souverain Maroc s'en pris violemment aux autorités algériennes. Depuis la fermeture des frontières entre les deux pays en 1994, le Maroc et l'Algérie entretiennent des relations tendues.
Le roi de Maroc, Mohamed VI, a accusé l’Algérie de « manœuvrer » et de « torpiller » l’initiative de l’autonomie que prose le Maroc pour le règlement du conflit sahraoui. » Dans son discours prononcé, vendredi 30 juillet, à l’occasion du 11èm anniversaire de son accession au trône, le souverain alaouite a déclaré : « Nous entendons poursuivre les efforts de concertation et de coordination nécessaires pour approfondir nos relations bilatérales avec les Etats maghrébins frères. Ceci, en attendant que l'Algérie cesse de contrarier la logique de l'Histoire, de la géographie, de la légitimité et de la légalité au sujet du Sahara marocain, et qu'elle renonce à ses manœuvres désespérées visant vainement à torpiller la dynamique enclenchée par notre initiative d'autonomie pour nos provinces du sud». Mohamed VI a ajouté que son pays «continuera à défendre sa souveraineté, son unité nationale et son intégrité territoriale, avec la détermination de ne pas renoncer au moindre pouce de son Sahara ». Paradoxalement, il a assuré que le Maroc « réitère sa disposition à continuer à soutenir les efforts de l'Organisation onusienne, de son Secrétaire général et son envoyé personnel».
Les deux parties en conflit, le Maroc et le Front Polisario, se sont engagées dans un processus de négociation sans condition sous l’égide de l’ONU depuis 2007, processus devant aboutir au règlement du conflit sahraoui. Mohamed VI s’est montré très menaçant à l’égard de l’Algérie lorsqu’il a évoqué les camps de réfugiés sahraouis de Tindouf. « Nous déploierons des efforts accrus pour la levée du blocus imposé à nos citoyens dans les camps de Tindouf, et pour leur permettre d'exercer leur droit légitime au retour à la mère patrie pour y retrouver leurs familles et leurs proches, conformément aux conventions internationales pertinentes», a-t-il averti. Le discours du Sultan alaouite n’est pas pour apaiser des relations tendues entre Alger et Rabat. Bien au contraire, il est de nature à envenimer des rapports déjà marqués par des années d’hostilités et du coup retarder la construction d’un Maghreb commun. Depuis la fermeture des frontières en 1994, mais les deux pays voisins n’ont pratiquement jamais connu une période d’entente.
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Gouvernement du Sahara Occidental : «le discours de Mohamed VI attise le feu»
Le Gouvernement du Sahara Occidental a réagi au discours de Mohamed VI estimant que «le discours du roi du Maroc consacre la politique expansionniste marocaine adoptée depuis plus de 35 ans, à même d'attiser le feu de la guerre et des tensions dans la région». Dans un communiqué publié samedi 31 juillet par le ministère sahraoui de l'Information, le gouvernement sahraoui souligne en outre que ce discours de Mohamed VI « ne dénote d'aucune volonté sincère de coopérer de manière constructive en faveur d'une paix durable et définitive conformément à la légalité internationale ». Le communiqué, cité par l'Agence de presse sahraouie (SPS), déplore par ailleurs le fait que cette attitude soit «la poursuite de l'intransigeance, du non-respect des résolutions des Nations Unies et de la violation de la légalité internationale et des droits de l'Homme». «Les résolutions de la légalité internationale sont claires vis-à-vis de la question du Sahara Occidental, […] dont la solution réside dans l'application du principe d'autodétermination et du respect des frontières héritées du colonialisme », ajoute le même document en mettant le gouvernement marocain devant sa responsabilité « quant aux conséquences de cette position ». Le gouvernement sahraoui a enfin invité les Nations Unies à faire pression sur le Maroc afin « d’accélérer la décolonisation du Sahara Occidental et de permettre au peuple sahraoui d'exercer son droit inaliénable à l'autodétermination et à l'indépendance et à cesser les violations des droits de l’homme au Sahara Ocidental».
DNA Algérie, 31/7/2010




Raid contre Aqmi au Mali: aucune personne détenue, d'après Paris

Personne n'a été détenu à l'issue de l'opération franco-mauritanienne menée le 22 juillet contre un camp d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) au Mali, a assuré vendredi le ministère français des Affaires étrangères, alors qu'une plainte pour enlèvement a été déposée à Tombouctou.
"Aucune personne n'a été détenue à l'issue de l'opération mauritanienne du 22 juillet contre Aqmi à laquelle la France a apporté un soutien logistique et opérationnel", a affirmé le porte-parole du ministère, Bernard Valero, au cours d'un point de presse.
Cette déclaration fait suite au dépôt d'une plainte par une communauté arabe du nord du Mali auprès du tribunal de Tombouctou contre les armées mauritanienne et française pour "enlèvement de deux civils maliens" après le raid du 22 juillet.
"Quand les militaires français et mauritaniens sont arrivés dans le campement, après avoir tué ceux qu'ils cherchaient, ils sont allés dans un petit campement pour arrêter, séquestrer et enlever deux civils qui sont Ckeikna Ould Bolla et Rabah Ould Bammoshi", a déclaré vendredi à l'AFP Sidy Mohamed Ould Mohamed, élu municipal de Tombouctou et membre de la communauté arabe de cette région.
"Ce sont des civils innocents qui ont été enlevés. C'est arbitraire. On exige leur libération", a-t-il ajouté.
L'armée mauritanienne a mené le 22 juillet avec l'appui de la France un raid contre un camp d'Aqmi en territoire malien, qui a fait sept morts dans les rangs de cette organisation selon les autorités mauritaniennes.
Selon la France, l'opération visait à libérer l'otage français Michel Germaneau, détenu depuis avril par Aqmi qui a annoncé avoir exécuté le Français samedi pour venger ses membres tués lors de ce raid.
Le gouvernement mauritanien affirme que cette opération avait pour seul objectif de prévenir une attaque d'Aqmi sur son territoire, programmée le 28 juillet.
Taqadoumy, 30/7/2010

Maroc: raid sur le Rif, les pesticides brûlent le kif, mais aussi les tomates, les vignes, les oliviers

Trois hélicos ont déversé des herbicides sur des plantations de cannabis le 29 juin dernier. Mais si le kif a été carbonisé, c’est désormais toute une population qui est privée de moyens de subsistance.
Par Eric Le Braz, 31/7/2010
Boulizem, dans la commune de Beni Ahmed Charquia, c’est un peu le bout du monde. En partant de Chefchaouen, le douar est accessible par une nouvelle route, déjà dans un état de délabrement avancé, et de mauvaises pistes. Les sept derniers kilomètres sont terribles, même en 4x4 : une sorte de sentier pierreux amélioré, plus adapté aux sabots des mules qu’aux pneus d’une Land Rover. Avant d’accéder au douar, il faut faire une pause pour abreuver le véhicule en essence de contrebande dans un village misérable et poussiéreux, véritable bidonville rural : ici on plante le cannabis depuis peu et les paysans n’ont pas encore engrangé assez de dirhams pour construire en dur à côté de leurs bicoques en tôle. Enfin, au détour d’un virage, la cuvette de Boulizem apparaît telle une oasis vert tendre au creux d’une vallée aride. Sauf que le tapis vert des plants de kif est parsemé d’impressionnantes taches brunes comme si la moitié du douar avait brûlé… Nous sommes arrivés à destination après deux heures et demie de « route ». A d’autres, il aura suffi de quelques minutes en hélicoptère.
Apocalypse now sur le douar
Ce mardi 29 juin, trois engins décollent d’un terrain de foot transformé en héliport près de Bab Taza. Vers 13 heures, ils survolent le douar perdu et piquent du nez vers les cultures pour asperger le sol d’une substance blanche. Dans le village, c’est la panique. Les femmes crient, les enfants qui n’ont jamais vu d’hélicoptère de leur vie se mettent à pleurer. Une vidéo réalisée par un habitant ce jour-là et que vous pouvez retrouver sur www.actuel.ma résume bien l’ambiance presque Apocalypse now, sans le napalm : le survol en rase-mottes des hélicos, le bruit des hélices, le lâcher de pesticides sur les champs et les hommes qui invoquent le prophète en fond sonore…
Le mardi noir de Beni Ahmed Charquia
Ce jour-là, comme chaque mardi, la plupart des paysans se sont rendus au souk. Zakaria (1), lui, est resté. Alors qu’il s’est assoupi dans une cabane, il est réveillé par le vacarme assourdissant des rotors. Le cultivateur se précipite alors à l’extérieur… avant de s’écrouler. Un hélicoptère vient de l’arroser d’herbicide. Choqué, il restera prostré trois jours, incapable de se relever. Deux semaines plus tard, Zakaria ne parvient toujours pas à raconter son calvaire. « Le mal est dans le cœur », se contente-t-il de nous dire d’un air désolé.
A Boulizem, les paysans sont tous sous le choc et ne sont guère plus prolixes. Une catastrophe (sur)naturelle s’est abattue sur le village et il n’y a pas de cellule psychologique pour soutenir des habitants complètement anéantis. Après nous avoir montré ses champs calcinés et son potager brûlé, Ahmed éclate en sanglots. L’attaque ne l’a pas seulement privé de sa source de revenus mais aussi de tous ses moyens de subsistance : sans ses tomates, ses vignes, ses olives, Ahmed ne sait pas comment il va nourrir sa famille cet hiver.
«  On appelle ce mardi, la journée noire », raconte Abdallah Madani, président de l’association de développement de Beni Ahmed Charquia. « Presque toutes les cultures ont été touchées dans le village et ce qui est encore débout est en train de crever », dit-il en nous montrant des plants de cannabis dont les feuilles touchées par le pesticide sont devenues jaunes.
 photo Brahim Taougar
(1) Les prénoms des personnes interrogées ont été changés.
Source: Actuel.ma
SOLIDMAR, 31/7/2010

Le gouvernement sahraoui dénonce les propos du Roi du Maroc

Le gouvernement sahraoui a souligné que le discours du roi du Maroc prononcé à l’occasion de la fête du trône concernant le Sahara Occidental "ne dénote d’aucune volonté sincère de coopérer de manière constructive en faveur d’une paix durable et définitive conformément à la légalité internationale", selon le ministère sahraoui de l’Information.
Dans un communiqué, repris ce samedi par l’agence sahraoui SPS, le gouvernement sahraoui estime que "le discours du roi du Maroc consacre la politique expansionniste marocaine adoptée depuis plus de 35 ans, à même d’attiser le feu de la guerre et des tensions dans la région".
Il n’a pas manqué de déplorer le fait que cette attitude soit la poursuite de l’intransigeance, du non-respect des résolutions des Nations Unies et de la violation de la légalité internationale et des droits de l’Homme.
Le gouvernement sahraoui a rappelé que les résolutions de la légalité internationale "sont claires vis-à-vis de la question du Sahara Occidental, dernière colonie en Afrique et dont la solution réside dans l’application du principe d’autodétermination et du respect des frontières héritées du colonialisme".
Le ministère sahraoui de l’Information a appelé le gouvernement marocain à assumer sa responsabilité "quant aux conséquences de cette position" .
Il a invité les Nations Unies à accélérer sa mission dans la décolonisation du Sahara Occidental afin de permettre au peuple sahraoui d’exercer son droit inaliénable à l’autodétermination et à l’indépendance et de faire pression sur le gouvernement marocain pour l’amener "à respecter la légalité internationale et à cesser ses violations des droits de l’Homme au Sahara Occidental".

Ould Hamza : (re) Décoré

Ahmed Ould Hamza, président de la CUN, président de l’association des maires de Mauritanie et président des Alliances franco-mauritaniennes, vient d’être élevé, par le président français Nicolas Sarkozy, sur sa réserve personnelle de croix, au grade d’officier, dans l’ordre de la Légion d’Honneur.
Cette prestigieuse décoration – un grand et rare privilège, convoité par de nombreux prétendants, en Afrique et ailleurs – coïncide avec l’événement annuel majeur, en France républicaine: la célébration de la Fête nationale du 14 juillet. Un événement marqué, cette année, par la présence, singulière, de plusieurs chefs d’Etats africains – dont celui de la Mauritanie – autrefois colonisés par la France et devenus indépendants, il y a une cinquantaine d’années, et par la participation, au grand défilé militaire traditionnel sur les Champs-Élysées, d’unités armées de ces pays hôtes de la France.
Ould Hamza n’en est pas à sa première décoration, de la part des autorités françaises. On se rappelle, en effet, les prestigieuses Palmes académiques octroyées, il y a quelques années, à l’intéressé, pour son dynamisme dans le rapprochement culturel et linguistique, entre la Mauritanie et la France, avec, notamment, l’organisation, sous la houlette des Alliances franco-mauritaniennes,  de cours de français, au profit de particuliers mauritaniens et étrangers résidant dans le pays, désireux de parfaire leur niveau dans cette langue.
Une nouvelle distinction, fort méritée par Ould Hamza pour qui la récompense morale compte bien plus que toutes les autres, matérielles ou financières. Elle vient, encore une fois, récompenser les efforts, titanesques, déployés par notre compatriote, pour promouvoir, en Afrique et partout dans le Monde, les valeurs universelles de liberté, de tolérance et de fraternité entre les peuples.
Nous lui disons bravo et félicitations.
LE CALAME, 28/7/2010

Editorial : Une attaque en règle

L’armée mauritanienne a enfin frappé. Après plus de deux ans de préparatifs, de maillage du pays, d’achat d’armes et de munitions, de campagnes médiatiques sur l’impossibilité pour les terroristes d’AQMI de fouler le sol national sans être exterminés,  un commando de nos vaillantes-forces-armées-et-de-sécurité a attaqué une unité d’Al Qaida et tué six hommes sur les 10 qui la composaient. Une action d’éclat pour redorer le blason de nos militaires terni par ces militants islamistes à Lemghaity, Ghallawiya et Tourine. Un haut fait de guerre qui tombe à pic pour remonter le moral d’une troupe fatiguée par la chasse à un ennemi invisible. Seulement voilà, il y a comme un petit hic. L’attaque ne s’est pas passée en Mauritanie. Elle s’est déroulée quelque part dans le territoire malien et il est fort probable qu’elle n’ait pas été le fait de nos hommes mais d’un commando français qui tentait de libérer Michel Germaneau, aux mains d’AQMI depuis quelques mois. L’opération ayant tourné au fiasco, la France de Sarko, qui voudrait bien se passer de nouveaux déboires, a fourgué le bébé à la Mauritanie. Qui a accepté de faire sienne cette attaque. Ce n’est pas tous les jours qu’on peut mettre à son actif une victoire militaire, fut-elle factice. Les journaux espagnols ne s’y sont d’ailleurs pas trompés en mettant en doute cette version servie par Ould Boilil, notre ministre va-t-en-guerre en attendant le retour de son homologue de la Défense. Plusieurs indices corroborent, selon eux, ce qui s’apparente à un cafouillage. La France a parlé d’appui logistique à l’opération qui se serait déroulée, selon l’AFP, entre Tessalit et Kidal à l’intérieur du Mali et la Mauritanie de soutien en matière de renseignements pour une attaque non loin de la frontière avec ce pays voisin. Inquiets pour la sécurité de leurs deux ressortissants aux mains de cette organisation, les ibériques craignent que cette escalade ne compromette définitivement les chances de les libérer. AQMI s’est d’ailleurs déjà vengée en annonçant avoir tué Germaneau en réprésailles. Cette opération aura en tout cas pour conséquence de nous mettre encore un peu plus dans l’œil du cyclone. Quand un pays aussi puissant que l’Algérie échoue à faire face à cette déferlante islamiste, que dire de nous ?
L’attaque du jeudi a eu au moins un ‘’mérite’’, celui d’avoir fait passer au second plan la sortie à la TVM du vice-président de l’UPR. Mohamed Yahya Ould Horma, à qui la télévision a ouvert grandement ses portes, a parlé pendant plus de 15 minutes au journal télévisé du mercredi 21 juillet dans un long monologue. La journaliste se contentant juste de placer un ou deux mots. Petit florilège : ‘’L’opposition discute déjà avec le pouvoir’’, ‘’Ce n’est pas Ould Abdel Aziz qui a signé les Accords de Dakar mais nous en tant que pôle politique, c’est donc avec nous qu’il doit y avoir dialogue’’, ‘’l’opposition doit d’abord reconnaître la victoire du président’’. Après avoir reçu deux leaders de l’opposition pour leur faire part de sa volonté de dialoguer, Aziz serait-il en train de changer de cap ? Le moins qu’on puisse dire est que cette sortie de celui qui est considéré son homme à l’UPR n’augure pas de bons lendemains pour un dialogue que tout le monde appelle de ses vœux mais qui risque de ne jamais voir le jour. Certains soutiens du pouvoir faisant de la résistance contre l’ouverture. Et quand ils tiennent ce genre de discours, c’est d’abord  pour que la situation ne se décrispe pas.
Question subsidiaire : pourquoi la TVM n’a pas donné à l’opposition le même temps d’antenne pour donner son point de vue sur la question ? Parce qu’elle n’arrive pas à se départir de ses vieux réflexes et parce que ceux qui la dirigent considèrent qu’elle appartient au pouvoir et à lui seul.
Ahmed Ould Cheikh 
Le CALAME, 28/7/2010

La France prend pied dans le Sahel : la Françafrique a de beaux jours devant elle.

Le président français a annoncé que le crime commis contre Michel Germaneau ne restera pas impuni. Une déclaration de guerre à l’Aqmi. Des interventions plus musclées, à l’américaine, dans cette vaste et stratégique région sub-saharienne, semblent se profiler.
En annonçant l’exécution de Michel Germaneau, dans un enregistrement diffusé par la chaîne Al Djazira, l’"émir" de l’Aqmi, la franchise maghrébo-sahélienne d’Al Qaïda a prévenu Sarkozy, qui n’a pas seulement échoué à libérer son compatriote dans cette opération manquée. Il "a ouvert l’une des portes de l’enfer pour lui, son peuple et sa nation" ! La réaction de ce dernier n’a pas attendu.
La France a renforcé son plan antiterroriste Vigipirate et annoncé haut et fort sa détermination à venger l’octogénaire cardiaque mais néanmoins humanitaire activiste et à éradiquer le Sahel du terrorisme. Les ressortissants français sont invités à ne pas se rendre dans le Sahel et à faire preuve de grande prudence dans les pays limitrophes. La guerre est également déclarée par la France. Et, dans ce contexte, plusieurs questions et non des moindres restent jusqu’à aujourd’hui sans réponses. D’abord, l’opération proprement dite conduite par la France jeudi dernier dans le nord du Mali n’a pas livré ses secrets. Les Mauritaniens qui ont servi de prétexte, de paravent, jurent que c’était pour libérer Germaneau. Faux, a violemment rétorqué Sarkozy qui nie le lien de causalité établi par Nouakchott et l’Aqmi entre l’opération contre un camp de cette dernière, qui a fait sept morts, et l’exécution de l’otage français. Le président français a déclaré que depuis le 12 juillet, ce dernier était sous le coup d’un ultimatum qui n’était en fait que "l’annonce d’un assassinat programmé". Une explication qui n’a pas contenté les proches de Germaneau dont le maire socialiste de sa commune, proche de Paris, qui a exigé des explications. Le maire de Marcoussis a égrené des questions pertinentes : "Je souhaite qu’on me dise comment, pourquoi, dans quelles conditions et qui a décidé ces interventions militaires, avec quelle part de risque pour l’otage, avec quelles conséquences." Pour lui, l’opération militaire française a scellé son sort. Et puis, des médias français n’ont pas manqué de s’interroger pourquoi le cas de Germaneau s’était présenté d’emblée comme différent de celui de Pierre Camatte, qui a été retenu par le même groupe terroriste et qui a pu être libéré contre la libération de prisonniers par le Mali et le versement d’une rançon. La France ne veut plus payer pour ne pas donner une prime à récidive au terrorisme.
Ou alors, c’est encore une histoire de barbouzerie qui a mal tourné. Il restera une grande part de doute, et ce ne sont pas les propos guerriers de Sarkozy relayés par son Premier ministre qui ont contribué à les lever. Bien au contraire. On relève que la France est tentée de s’incruster dans le Sahel, de prendre pied. Le ministre français des AE, qui a inventé la théorie de l’ingérence humanitaire, est dans la région du Sahel, officiellement pour examiner avec les autorités locales et les ambassadeurs français les mesures de sécurité à prendre pour les ressortissants français.
Personne n’est dupe, Bernard Kouchner a certainement dans son porte-documents des propositions une intrusion plus musclée dans la région du Sahel. Au risque d’ailleurs de compliquer la situation. Ce n’est pas un secret de dire que l’Algérie est hostile à une intervention extérieure et estime que le traitement du terrorisme relève des États de la région. Et de l’autre côté de la Méditerranée, l’Espagne, dont deux citoyens sont détenus par l’Aqmi, estime que la mort de l’otage français la conforte dans son approche "non militaire" pour les libérer. Pour mémoire, c’est Madrid qui ébruité l’opération française. Et puis, le Mali, théâtre de l’ingérence française, n’a toujours pas donné d’explication. Le président malien, exemplaire en matière de respect de la démocratie dans le continent, a le devoir, voire l’obligation, de mettre au parfum ses concitoyens et ses voisins. Sinon, qui ne dit rien consent.
Dans une première étape et ce dont est chargé Kouchner, les accords avec les gouvernements de la région et en particulier avec le gouvernement mauritanien, avec le gouvernement malien pour traquer ces terroristes et les livrer à la justice, seront mis à exécution. C’est le Premier ministre français en personne qui l’a rappelé. En attendant des développements, voici un point succinct sur la présence militaire française en Afrique. Paris avait annoncé, le 9 juin à Dakar, l’entrée de son programme de démantèlement de ses bases en Afrique en restituant aux Sénégalais les casernes et autres complexes qu’elle avait occupés. La cérémonie se voulait une illustration de la rupture que Sarkozy avait promise de mettre en œuvre avant d’occuper l’Elysée. En fait, tout cela n’a été que symbole, car la France s’est gardée une base connectée à celle de Libreville au Gabon, bien en vue sur la façade atlantique du continent et dont le potentiel répond au chapelet de bases entretenues au Tchad, au Cameroun, en Mauritanie, pour ne citer que les plus connues.
La France s’est contentée de diminuer sa présence au Sénégal en la rendant moins visible, moins agressive, d’autant que ce pays, membre de la Communauté des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), est aujourd’hui, avec le Nigeria, le grand fournisseur de forces de paix pour le compte de l’ONU ou de l’Union africaine. Le ministère français de la Défense gère dans le pays de Wade de multiples facilités : droits d’escale aérienne et maritime, transit, stockage... Ce n’est plus une base, mais un "pôle opérationnel de coopération à vocation régionale". Et pour animer ce complexe logistique moderne, 300 militaires suffisent, selon un communiqué du ministère français de la Défense. Ainsi, malgré quelques fermetures de base, le dispositif militaire français en Afrique, une curiosité géopolitique, cinquante ans après les indépendances, n’a pas été profondément transformé. Dans la pratique, leur concentration a été dictée par le fait que la France n’a plus les moyens financiers d’entretenir un réseau dense, d’autant qu’elle a dû redéployer avec Sarkozy ses capacités militaires après la réintégration complète de la France au sein de l’OTAN, notamment en direction de l’Afghanistan.
Dans le précarré africain de la France, il n’y a que Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire à avoir remis en cause les accords de défense avec l’ancienne puissance coloniale. Ailleurs, la présence militaire française est mal supportée par les populations. Pour finir, au jour d’aujourd’hui, sur un plan purement technique, si pour la récente opération dans le nord du Mali, la France a eu besoin de recourir à la Mauritanie, demain, les moyens aériens de projection permettront dans une large mesure de se passer de bases à terre. L’A400 M d’Airbus Military, qui se fait cependant attendre, devrait y contribuer largement à partir de 2014 ou 2015… Pour conclure, rappelons que le dispositif français prépositionné en Afrique comprend une grande base sur la façade atlantique au Gabon, une autre de même nature à Djibouti sur la façade orientale de l’Afrique et un chapelet de petites bases sur les pays de la françafrique qui a marqué son maintien lors d’un rendez-vous familial le 14 juillet à Paris, où les détachements d’armées d’une dizaine d’anciennes colonies ont défilé sur les Champs Elysées, devant leurs présidents rassemblés pour l’occasion autour du "parrain" français.
Par : Djamel Bouatta

TORA BORA SUR SAHEL

Par K. Selim, Le Quotidien d'Oran, 29 juillet 2010
Alger a fini par réagir, diplomatiquement, au raid franco-mauritanien au nord du Mali. Une réaction qui a tardé afin, semble-t-il, de ne pas trop enfoncer le gouvernement français lancé dans une opération aléatoire et très risquée.
L'effort accompli par Paris en direction de l'opinion française pour la convaincre que l'otage français était mort depuis plusieurs semaines, démontre un embarras évident. Alger a sans doute voulu éviter de rajouter à l'embarras des décideurs parisiens. Car, en dépit d'un unanimisme national, assez surprenant dans une démocratie, l'opération française, qui n'est pas un succès militaire, est bel et bien un fiasco politique. En dramatisant le risque représenté par l'Aqmi - qui existe mais dont la présence ne fait pas du Sahel un Tora Bora délocalisé -, on ne contribue pas à clarifier la perception des réalités régionales.
Dans ce raid au but imprécis et aux impacts incertains, faut-il voir un effet de l'évolution de la politique française vers une pure gestion de communication ? La France a des intérêts économiques dans la région, cela n'est pas contestable. Mais en d'autres temps, la préservation de ces intérêts aurait fait davantage réfléchir avant d'envisager des coups d'éclat militaro-médiatiques.
Les Etats de la région «coordonnent» mal, c'est un fait, mais un «coordinateur» extérieur n'est pas de nature à améliorer la situation, bien au contraire. Le Mali, traité de facto comme un Etat suspect de coopérer en sous-main avec l'Aqmi, n'a pas les moyens de trop marquer son amertume. C'est Bernard Kouchner qui s'est chargé de transmettre le «souhait» du président malien de voir à l'avenir plus de «coordination» avec les pays de la région.
Le désappointement malien s'est donc exprimé officieusement vis-à-vis de ce qu'il faut bien appeler une marque de défiance. Le droit de suite invoqué par les Mauritaniens ne recoupe pas la réalité d'une frappe préemptive squattée par les militaires français. Nul n'ignore que Paris exerce depuis longtemps une influence prépondérante sur les Etats de la région. Mais pendant longtemps, cette influence s'exerçait dans le respect des formes, afin d'éviter d'apparaître de manière préjudiciable. C'est le contraire qui se produit aujourd'hui, alors que, paradoxalement, le discours officiel évoque la rupture avec la «Françafrique». Ces intrusions externes, surtout quand elles se veulent aussi musclées que celles des Américains, produisent le résultat inverse de celui escompté.
Il existe un problème sécuritaire dans le Sahel et il ne date pas des dernières années avec l'arrivée des djihadistes, loin d'être les plus importants acteurs dans cette zone. La déstabilisation au Sahel n'est pas seulement le résultat du transfert vers cette région de quelques dizaines de djihadistes ; elle trouve ses origines dans le désespoir de populations abandonnées et d'une jeunesse sans avenir. Les exclus forment une armée de réserve aisément mobilisable pour toutes sortes d'aventures «politiques», quand ce n'est pas pour des agissements purement criminels.
Les réactions à l'exclusion ont, jusque-là, alimenté les trafiquants, les contrebandiers et les rebellions targuies ; elles peuvent sans difficulté être exploitées par les djihadistes. Si la coordination des Etats est un préalable, la sécurité de l'immense territoire sahélien requiert impérativement la coopération des populations locales.
«Il revient aux pays de la région de s'occuper de la sécurité», a déclaré Mourad Medelci, en entrouvrant cependant la porte à l'intervention de pays étrangers «seulement quand cela est nécessaire». La formulation est ambiguë. Car il revient effectivement aux seuls pays concernés de gérer la sécurité de la région et celle-ci ne se limite pas à des opérations militaro-policières. Il est impérieux de s'attaquer à la misère et à l'abandon, racines du mal qui ronge la zone sahélienne depuis les indépendances. Faute de quoi, l'Aqmi, les trafiquants et les brigands auront encore un bel avenir.

Une FrançAfrique aux méthodes plus fines

La FrançAfrique désigne les réseaux d’influence français dans les anciennes colonies africaines.
Ces réseaux secrets, cachés au public, ont tenté par tous les moyens de préserver l’accès privilégié aux ressources naturelles de ces pays pour les multinationales françaises : détournements de fonds, soutien de dictateurs, assassinats, financement occulte de partis politiques… Lors de sa campagne électorale, Nicolas SARKOZY avait promis une rupture avec cette politique africaine.
Qu’en est-il trois ans après ?
Pour y répondre, le Club de la presse Nord – Pas de Calais a organisé jeudi 24 juin 2010 un atelier réflexion sur ce thème en présence d’Armand NWATSCHOCK, membre du Collectif Afrique de Lille, de Valérie THORIN grand reporter à Afrique-Asie, et de Patrick Eric MAMPOUYA, activiste politique du Congo Brazzaville et Bloggeur.
En prémices au débat, un film de François Xavier VERSCHAVE, a été projeté par Patrick Eric MAMPOUYA afin de faire une synthèse. Selon ce spécialiste des affaires africaines, la France a cherché à garder d’une manière détournée le contrôle de ses anciennes colonies pour plusieurs raisons : garder son rang à l’ONU, empêcher que ces pays ne basculent dans le bloc communiste à l’époque de la guerre froide, conserver un accès privilégié aux matières premières et financer les partis politiques français.
Les relations entre la France et le continent noir seraient comme un iceberg : les 10% émergés, visibles, sont le discours officiel sur le co-développement et les Droits de l’Homme mais 90% des affaires restent immergées et invisibles.
« Depuis les années soixante-dix, les hommes politiques nous promettent la fin de la Françafrique, a rappelé Philippe ALLIENNE, président du Club de la presse. Qu’en est-il vraiment aujourd’hui ? » Pour Valérie THORIN, les choses ont bien changé : « Le film de VERSCHAVE date de huit ans et est réalisé par un militant. Aujourd’hui, tout n’est pas parfait mais nous n’en sommes plus au temps des barbouzes à ce point. Cela dit, il y a toujours aussi des réseaux en Afrique mais ils ne sont plus aussi politiques. Les grandes entreprises françaises comme Total, Areva, le groupe Bolloré, Bouygues y ont toujours des intérêts économiques qui sont défendus par le pouvoir politique. Ce qu’on pourrait reprocher aujourd’hui à la Françafrique est d’oublier totalement les populations locales. La nouvelle Françafrique, c’est le business avant tout ».
Pour Armand NWATSCHOCK et Patrick Eric MAMPOUYA, rien n’a changé car l’économie et la politique sont intimement liées. Selon le responsable du Collectif Afrique-Lille, seules les méthodes ont changé. Elles sont aujourd’hui plus fines. « Avant, les présidents légitimement élus étaient assassinés comme ça s’est passé plusieurs fois au Cameroun. Maintenant, la France fait tout pour qu’ils ne soient pas élus ». Pour appuyer ses dires, il cite l’argent bloqué d’Omar BONGO au Gabon, argent débloqué par la France juste avant les élections. Grâce à cela, Omar BONGO avait à sa disposition une cinquantaine d’hélicoptères pendant que les autres candidats sillonnaient la campagne à pied. « Le résultat de l’élection était joué d’avance ». Et quand cela ne suffit pas, il soupçonne aussi les observateurs internationaux envoyés par la France de truquer eux-mêmes les résultats électoraux.
Patrick Eric MAMPOUYA donne aussi l’exemple d’Idriss DEBY, président du Tchad, qui aurait été prévenu de la position des troupes rebelles par l’armée française.
« On veut faire notre révolution, comme les Français l’ont faite »
Le blogueur Franco-congolais s’élève aussi contre la gestion du franc CFA : « comment parler d’indépendance lorsqu’un pays ne gère pas lui même sa monnaie ? C’est la France qui détermine la politique économique de ces pays et à ce titre, les entreprises françaises en Afrique sont exonérées d’impôts ».
En effet, les décisions des quatorze banques centrales de la zone franc CFA doivent être validées par la Banque de France.
« On veut faire notre révolution, comme les Français l’ont faite », poursuit Patrick Eric MAMPOUYA, « mais quant on arrive devant le palais du dictateur pour le chasser, on se retrouve en face de l’armée française qui le défend. Ces pays s’en sortiront le jour où la France lâchera réellement du lest ».
Ce sentiment est partagé par Armand NWATSCHOCK : « On ne veut pas tout mettre sur le dos de la France mais il faut reconnaître que quand le peuple essaie de prendre son destin en main, la France s’élève en face ».
Valérie THORIN pense que les chefs d’états africains sont aussi responsables : « Si ils ne pensaient pas qu’à s’en mettre plein les poches, les choses pourraient avancer ».
Inversalis, 30/7/2010

"T'as vu l'avion?"


Saura-t-on jamais le fin mot de l’affaire qui a conduit à la mort de Michel Germaneau ?
Entre un gouvenement, qui ne peut que se réjouir de voir l’attention nationale enfin détournée des affaires Bettencourt/Woerth, toutes deux fâcheuses dans des genres différents et qui finissent, curieusement, par se mordre la queue, et des preneurs d’otages, plus ou moins ben ladenistes, à qui cette intervention armée fournit la « une » des médias et surtout une sortie de cet enlèvement plus honorable que l’aveu piteux de la mort de maladie de leur otage, qui devons-nous croire et y a-t-il même quelque chose à croire ?
Je voyais à midi, sur France2 me semble-t-il, une carte établie par les « journalistes » spécialisés de la chaîne ; on nous y montrait, par une flèche rouge mobile du plus bel effet, le parcours du commando qui, partant de Mauritanie, s’enfonçait jusqu’au coeur du Mali à la poursuite des supposés ravisseurs !
Why not ? Il y a toutefois matière à réflexion, car non seulement les relations mauritano-maliennes ne sont pas des meilleures, mais, en outre, la zone nord du Mali en cause ici, dont le peuplement est tamasheq (ou touareg si vous voulez), entretient avec le pouvoir central de Bamako des rapports pour le moins tumultueux.
On voit donc mal comment une telle opération, diplomatiquement d’une complexité qui la rend quasi impossible et logistiquement presque irréalisable, a pu être montée et même conçue. A beau mentir qui vient de loin :
Ce monsieur Germaneau est, lui aussi, un personnage assez singulier dans son genre. Ingénieur en retraite et célibataire, il est apparemment sans famille car on a interrogé ses voisins mais nul membre de ses proches ; il oeuvrait, dit-on, dans une ONG qui se consacre à l’éducation des enfants africains. Son but précis est, en la circonstance, de construire une école en pays tamasheq, ce qui est fort louable mais aussi singulier, compliqué et irréaliste à la fois.
En effet, les Tamasheq sont, vous l’avez déjà deviné, des nomades (« les gens du voyage » du Mali) ; l’implantation de structures administratives fixes à leur usage pose donc bien des problèmes à l’Etat malien.
Il en est ainsi, par exemple, pour les dispensaires et les centres de protection maternelle et infantile ; Bamako ne peut guère y envoyer, vu l’éloignement, que des soignants hommes. Naturellement tous parlent le bambara, que ne connaissent pas les Tamasheq, et les femmes encore moins que les hommes alors qu’elles constituent, en général, l’essentiel de la clientèle de tels centres. Si l’on ajoute que, dans la culture tamasheq, les femmes ne peuvent être soignées par des hommes, on voit toute la complexité de la situation. La fréquentation d’un dispensaire est en outre infiniment moins suivie par ceux et celles qui y viennent que celle d’une école, ce qui pose évidemment problème à des familles nomades.
Monsieur Germaneau, comme les experts de la Banque Mondiale et qui, comme eux, ne connaît rien à la langue et à la culture locales, ignore ou néglige sans doute ce genre de détail. Toutefois,comme un certain nombre d’« humanitaires », peut-être au fond ne cherchait-il pas aussi et peut-être même d’abord surtout dans de telles actions, si louables qu’elles soient, une solution à ses propres problèmes ! Au moins n'aura-t-il pas raté sa mort ! 

Mohamed VI : un roi amnésique

"Le Maroc ne cédera pas un pouce de son Sahara", répète constamment le roi Mohamed VI dans des discours qu'il lit toujours avec difficulté. A propos de ses lectures, on peut se demander s'il n'a pas un Alzheimer précoce. Non seulement, il ne sait plus lire, mais en plus il oublie beaucoup de détails qui fondent ses arguments.
Le Maroc a déjà cédé presque la moitié du Sahara Occidental au régime de Mokhtar Ould Daddah. Mohamed VI semble oublier le cadeau que son père avait fait à la Mauritanie pour la faire sombrer dans un chaos qui lui a coûté la tête de son premier président.
Pour rappel, les Accords Tripartites de Madrid, signés par l'Espagne, la Mauritanie et le Maroc partagent l'ex-colonie espagnole entre ses deux voisins du Nord et du Sud. Ainsi, le Rio de Oro est administré par Nouakchott, entre 1975 et 1979, sous le nom de "Tiris El Gharbiya". Suite à la décision du gouvernement mauritanien de se retirer du conflit sahraoui, les troupes marocaines ont investi la région pour empêcher le Front Polisario de s'y installer.
Mohamed VI a oublié aussi la lettre de bonnes intentions qu'il vient d'envoyer au président Bouteflika à l'occasion du 48ème anniversaire de l'indépendance de l'Algérie.
A cause de son amnésie, le roi du Maroc n'arrive pas à trouver la bonne voie pour rétablir les relations avec TOUS ses voisins. Celle fondée sur le respect de la souveraineté et l'intégrité territoriale de chaque pays.
Le langage utilisé dans son dernier discours est presque menaçant. On dirait la suite du raid franco-mauritanien en territoire malien. Les deux évènements semblent faire partie d'une offensive de la Françafrique contre l'Algérie et les sahraouis. Un coup de force pour imposer leur solution à la noix. Une dernière tentative de garder leurs intérêts dans la région, et surtout la vache laitière du Sahara Occidental.
Le ton violent du roi marocain peut être aussi une réponse franco-marocaine aux agissements des responsables américains qui ne cachent plus leur soutien aux efforts de l'Algérie en vue d'instaurer la paix dans toute la région et contrer la menace terroriste.
La Françafrique, résuccité par le président Mohamed Ould Abdelaziz fera encore parler d'elle. Les prochains épisodes s'annoncent pleins de mauvaises surprises auxquelles il faut se préparer.

Le Roi du Maroc accuse l’Algérie de torpiller le projet d’ « autonomie » qu’il propose pour la Sahara occidental

Le Roi du Maroc, Mohamed VI, a vivement critiqué l'Algérie qu'il accuse de vouloir torpiller le projet d'autonomie que son pays propose pour le Sahara occidental. Dans un discours prononcé vendredi 30 juillet à l'occasion du 11èm anniversaire de son accession au trône, le souverain Maroc s'en pris violemment aux autorités algériennes. Depuis la fermeture des frontières entre les deux pays en 1994, le Maroc et l'Algérie entretiennent des relations tendues.
Le roi de Maroc, Mohamed VI,  a accusé l’Algérie de « manœuvrer » et de « torpiller » l’initiative de l’autonomie que prose le Maroc pour le règlement du conflit sahraoui. » Dans son discours prononcé, vendredi 30 juillet, à l’occasion du 11èm anniversaire de son accession au trône,  le souverain alaouite a déclaré : « Nous entendons poursuivre les efforts de concertation et de coordination nécessaires pour approfondir nos relations bilatérales avec les Etats maghrébins frères. Ceci, en attendant que l'Algérie cesse de contrarier la logique de l'Histoire, de la géographie, de la légitimité et de la légalité au sujet du Sahara marocain, et qu'elle renonce à ses manœuvres désespérées visant vainement à torpiller la dynamique enclenchée par notre initiative d'autonomie pour nos provinces du sud». Mohamed VI a ajouté que son pays «continuera à défendre sa souveraineté, son unité nationale et son intégrité territoriale, avec la détermination de ne pas renoncer au moindre pouce de son Sahara ». Paradoxalement, il a assuré que le Maroc « réitère sa disposition  à continuer à soutenir les efforts de l'Organisation onusienne, de son Secrétaire général et son envoyé personnel».
Les deux parties en conflit, le Maroc et le Front Polisario, se sont engagées dans un processus de négociation sans condition sous l’égide de l’ONU depuis 2007, processus devant aboutir au  règlement du conflit sahraoui. Mohamed VI s’est montré très menaçant à l’égard de l’Algérie lorsqu’il a évoqué les camps de réfugiés sahraouis de Tindouf. « Nous déploierons des efforts accrus pour la levée du blocus imposé à nos citoyens dans les camps de Tindouf, et pour leur permettre d'exercer leur droit légitime au retour à la mère patrie pour y retrouver leurs familles et leurs proches, conformément aux conventions internationales pertinentes», a-t-il averti. Le discours du Sultan alaouite n’est pas pour apaiser des relations tendues entre Alger et Rabat. Bien au contraire, il est de nature à envenimer des rapports déjà marqués par des années d’hostilités et du coup retarder la construction d’un Maghreb commun. Depuis la fermeture des frontières en 1994, mais les deux pays voisins n’ont pratiquement jamais connu une période d’entente.
DNA Algérie, 31/7/2010

BOUTEFLIKA-KISSINGER: Ce qu’ils se disaient en secret

Que pouvaient bien se dire le tout-puissant secrétaire d’Etat américain «impérialiste» et le ministre algérien des Affaires étrangères dont la capitale, à l’époque, assumait sa qualité de «Mecque des révolutionnaires », à une époque où la guerre froide atteignait son paroxysme ? C’est ce que révèlent les documents déclassifiés par la CIA en 2006, faisant partie des 92 000 pièces mises en ligne la semaine passée par le site Wikileaks.
Les 15 pages publiées et classées «Secret» par les services américains, restituent les minutes d’une rencontre entre les deux ministres des Affaires étrangères dans la capitale française. Les sujets abordés sont, dans l’ordre, la Conférence internationale sur l’ordre économique mondial (cheval de bataille de Houari Boumediène à l’époque), l’Angola encore sous occupation portugaise, le Moyen-Orient et, inévitablement, le Sahara occidental (Sahara espagnol, selon la terminologie américaine).
La conversation a lieu dans la résidence de l’ambassadeur américain à Paris, un mercredi, le 17 décembre 1975, autour du petit-déjeuner. Côté algérien, Mohamed Bejaoui, alors ambassadeur en poste dans la capitale française, est présent en qualité d’assistant du ministre algérien des Affaires étrangères, M. Bouteflika. Côté américain, sont présents M. Sabbagh, interprète de Henry Kissinger, l’ambassadeur Jidda et Peter W. Rodman du «National Security Council des Etats-Unis (NSC). Abdelaziz Bouteflika, qui représentait l’Algérie dans une conférence sur la coopération économique, tenue à Paris en ce décembre de l’année 1975, une conférence qui serait le couronnement du fameux discours prononcé par feu Boumediène devant l’assemblée générale des Nations unies en 1974 et durant laquelle il a surtout plaidé pour un nouvel ordre économique mondial, plus juste soit-il, est reçu, en marge de cette conférence, par son homologue américain pour une entrevue qui a duré près d’une heure et demie (de 8h05 à 9h25).
Les deux diplomates se croiseront plus tôt dans le couloir donnant sur la salle à manger de la résidence de l’ambassadeur américain à Paris, sise au 41, rue du Faubourg St. Honoré. «Enfant terrible !» lance, en français, le Dr Kissinger en direction du ministre algérien. Plus âgé que son interlocuteur de 14 ans, Kissinger, l’un des monstres sacrés de la diplomatie mondiale, sait qu’il peut se permettre ce genre d’«écart» au langage diplomatique. L’entrée des photographes, venus immortaliser cette conviviale rencontre, interrompt la conversation pendant un moment et le groupe se dirige ensuite vers la salle à manger, précise le rédacteur du document qui en arrive même à restituer l’ambiance régnant autour de la table.
«Quelles sont les questions les plus pressantes que nous devons discuter ?», demande Kissinger. «Comme vous voulez», répondra Bouteflika. Kissinger se tourne alors vers son interprète pour évoquer leur interlocuteur du jour «Lorsque je l’ai rencontré, il était révolutionnaire. Maintenant, c’est un diplomate révolutionnaire». «Il est nécessaire parfois, durant une vie, de changer de parcours après la fin de l’étape précédente », réplique Bouteflika. Kissinger demande alors à discuter d’abord de la conférence de Paris, sans fermer la porte aux autres sujets sur lesquels il souhaite connaître l’analyse des Algériens, tout en signifiant d’emblée à son vis-à-vis que son gouvernement ne pourra pas faire grand-chose pour le règlement du conflit au Sahara occidental.
Evoquant la conférence en cours à Paris, Kissinger souhaite savoir si Bouteflika n’a pas trouvé son discours «un peu agressif». «C’était agressif, mais pas trop», réplique en riant le ministre algérien qui note, cependant, une «évolution» dans la position américaine qui a, désormais, le mérite d’être plus «claire». Kissinger : «Parlons du Sahara ! Vous devriez savoir que nous ne ferons pas de pression sur l’Espagne pour une solution particulière. En fait, nous essayons de dissuader le Roi (Hassan II), de marcher dedans». Et de rigoler : «Avez-vous entendu ce que Moynihan* a dit ? Il a dit que si les Russes prennent la relève au Sahara, il y aura aussitôt pénurie de sable (rires). Franchement, nous voulons rester en dehors de ce problème. Ce n’est pas héroïque de s’y engager». Bouteflika : «Si nous voulons aborder correctement le problème, nous sommes obligés de parler franchement. Ce problème du Sahara est un précédent dans le monde et c’est un problème important, y compris pour le Moyen-Orient».
«Pourquoi le Moyen- Orient ?», interroge Kissinger. Bouteflika : «S’il y a un accord entre l’Egypte, la Syrie, la Jordanie et Israël, pensez-vous, pour autant, que les autres arabes vont abandonner les Palestiniens ? C’est le même problème. Vous ne pouvez pas abandonner le peuple sahraoui comme vous ne pouvez pas le faire pour celui de la Namibie. Nous avons le Maroc et la Mauritanie réunis qui envisagent de le coloniser, alors qu’il y a décision de la Cour internationale de justice». «C’est ambigu !», tranche Kissinger. «Non, la Cour a examiné le problème dans ses détails et a tranché pour une solutions pacifique», assène Bouteflika.
Kissinger : «Je ne sais ce que pourrait signifier l’autodétermination pour le Sahara. Je le comprends pour les Palestiniens, mais c’est un problème un peu différent ».
«La population du Qatar n’est pas plus importante», cite, en exemple, Bouteflika. «Mais, ils ont un Cheikh, un Etat indépendant», ironise Kissinger. «Mais il peuvent être indépendants quand même. Etes vous déjà allé à Dubaï ?», demande Bouteflika.
«Non, le service chargé de ma protection pense que mon accueil va être tellement enthousiaste qu’ils ne me relâcheront pas. (Rire)», rigole le secrétaire d’état.
«Je pense que ni les uns ni les autres -ceux qui vous encouragent ou ceux vous découragent d’y aller- n’ont raison de le faire. Mais, je vous assure que ce sont des pays qui valent la peine d’être vus».
Kissinger met fin à cette digression :
«Qu’est-ce qui va se passer au Sahara ?».
Bouteflika :
«Je voudrais savoir si vous proposez une solution parce que c’est important».
- «Quelle solution ?».
Bouteflika :  «Il n’y en a qu’une de possible. C’est une question de principe. faut qu’il y ait référendum et l’Algérie en acceptera les résultats. Que les Sahraouis optent pour le Maroc, la Mauritanie, ou l’indépendance, il n’y aura aucun problème pour l’Algérie.»
«Peut-on organiser le référendum pendant que les Marocains sont-là ?», lancera Kissinger. «Il faut seulement qu’il y ait des garanties. Il ne peut y avoir de référendum sous les baïonnettes et on ne peut l’organiser sous la coupe des Espagnols parce qu’ils sont partis», soulignera Bouteflika.
Kissinger : «Les Mauritaniens aussi sont là. Vont-ils le partager (le Sahara, Ndlr) entre eux, tous les deux ?». Bouteflika : «Peut-être, mais le problème est plus compliqué que ça et a plusieurs aspects. Un aspect politique, un aspect économique et un aspect ayant trait à la souveraineté. Il est exclu que le Maroc suivra la CIJ ou l’ONU. L’un des juges m’a dit que c’est une question de survie pour la monarchie. Il me l’a dit à la Haye». La révélation de discussions entre Bouteflika et un juge de la Cour fait réagir le secrétaire d’Etat : «Citez-moi le nom d’une seule institution internationale que vous n’avez pas infiltrée ?». Bouteflika, du tac au tac, : «Il en est de même pour les Etats-Unis». Kissinger préfère revenir à son affirmation initiale :«Je le répète, nous n’avons aucun intérêt là-dedans ».
Le ministre algérien revient à la charge : «Parlons ouvertement, êtes vous derrière ce problème ?» ce qui, visiblement, agace Kissinger : «C’est plutôt vous qui êtes derrière !» Bouteflika s’explique : «Nous estimons que votre position est des plus importantes. Votre presse : Newsweek, The New York Times…, a été très objective dans son traitement de la question et nous estimons que les Etats-Unis pouvaient stopper la Marche verte. Ils étaient en mesure de la stopper ou de la favoriser ».
«Ce n’est pas vrai !», coupe Kissinger. Bouteflika persiste : « la France agit de manière grossière. Manque de délicatesse, de subtilité. Bourguiba, Senghor… qu’est-ce qui reste de son influence ? Bongo… aucune finesse, aucune imagination. Êtes-vous dans cette situation ? Mais il ya les sentiments, et nous sommes très affectés par ce que nous considérons que votre position est anti-algérienne. » Kissinger : «Nous n’avons pas de position contre l’Algérie. La seule question était de savoir ce que ça risquait de nous coûter. Pour empêcher la marche verte, devions-nous rompre complètement nos relations avec le Maroc, lui imposer un embargo ?». Bouteflika : «Vous pouviez le faire, vous pouviez lui couper l’aide économique et l’aide militaire. » Kissinger : «Mais, ça aurait pu ruiner nos relations avec le Maroc.» «Non, le roi du Maroc ne veut pas tomber dans les bras des Soviets», répond Bouteflika.
- «Mais, nous n’avons pas d’intérêts au Sahara».
- «Vous avez des intérêts en Espagne et au Maroc».
- «Et en Algérie !». – «Et vous favorisez l’un d’entre ces pays».
- «Je ne pense pas que nous favorisons un camp sur l’autre. Nous essayons juste de rester loin du conflit».
- «Votre rôle ne peut être marginal ou dépourvu d’intérêts parce que vous coopérez militairement avec le Maroc. Donc, vous ne pouvez rester neutre entre le Maroc et l’Algérie. Je comprends plutôt que vous n’êtes pas neutre ou que, du moins, vous favorisez le Maroc». Kissinger prend alors son interprète à témoin : «Tu traduis comment ? le ministre se plaint de quoi ? En quoi nous n’avons pas favorisé l’Algérie ? pour pouvoir nous aligner sur sa position, il faudrait renier complètement la nôtre». «Peut-être qu’il serait plus simple de prendre le principe d’autodétermination comme point de départ.
Maintenant, nous avons affaire à un voisin qui a des frontières mobiles… avec la Mauritanie, avec le Niger et avec l’Algérie. Des frontières mobiles. Après dix ans, nous venons d’accepter la Mauritanie dans la région. Si le Maroc occupe ce pays avec un minimum de légalité, cela constituera un précédent grave. Et si, dans la région, il y avait un tel précédent de violation des frontières, il y aura inévitablement risque de conflit. Il n’est pas trop tard pour que vous aidiez à trouver une solution. Il faut un maximum de garanties pour l’organisation du référendum des Nations unies et l’Algérie acceptera le résultat. Ni la CIJ, ni l’ONU ne reconnaissent des droits au Maroc ou à la Mauritanie». Kissinger se montre, enfin, un peu conciliant : «Laissez-moi réfléchir et je vous contacterai par le biais de notre ambassadeur… A propos, quand allez-vous nous désigner un ambassadeur à Washington ?».
Bouteflika : «Effectivement, votre remarque est pertinente. Nous allons désigner quelqu’un au début de l’année. En fait, il est dans notre intérêt de choisir quelqu’un qui a le profil approprié. Et je vais régler le problème très rapidement». Kissinger rassure : «Je pourrais être plus utile s’il y a quelqu’un à Washington».
- «Je vais trouver quelqu’un qui a l’envergure suffisante pour ce poste».
- «Il sera bien reçu à Washington».
- «C’est en bonne voie, nous y réfléchissons, Dr Kissinger.» L’algérien se montre encore plus conciliant : «Nous avons tissé de merveilleuses relations basées sur la coopération. Dans le domaine économique, elles sont formidables et nous ne l’oublierons jamais. Au plan politique, nous pourrions ne plus nous plaindre de la situation au Moyen-Orient».
- «Non, vous êtes très coopératifs», réplique Kissinger. Bouteflika pousse alors l’offre algérienne un peu plus loin. «Si vous avez un problème avec Cuba, le Vietnam ou le Cambodge, nous vous aiderons avec plaisir. Discrètement…» Kissinger apprécie. «Nos hommes aux Nations unies ne comprennent souvent pas nos rapports, mais je reconnais que nous entretenons des relations très positives que j’apprécie beaucoup». Bouteflika insiste : «Nous sommes de vrais amis. Nous n’avons rien à cacher et nous ne manœuvrons pas. Rien que ce geste, de s’attabler avec vous, comme votre convive, l’indique bel et bien.» «Exactement, laissez moi examiner la question du référendum, surtout s’il ne requiert pas un retrait avant le scrutin», promet Kissinger. «Le retrait n’est pas une condition mais il faut aussi s’assurer qu’il y ait des garanties solides pour que le peuple sahraoui puisse décider librement. Vous savez qu’il pourrait y avoir des assassinats. Nous ne voulons laisser subsister aucun problème. Génocide…».
-«Au Sahara ?», demande Kissinger.
-«Affirmatif ! J’en suis certain. C’est un problème d’intérêts. Je ne comprends pas pourquoi les Mauritaniens veulent des frontières comme ça, tout comme je ne comprends pas pourquoi l’Algérie effraye autant.»
- «Nous n’avons pas joué un rôle très actif parce que nous avons assez de problèmes pour nous aventurer sur un autre front. Mais, je vais l’examiner, je vais m’y pencher».
- «J’ai l’impression que vous ne voulez pas d’un nouvel Etat dans la région».
- «S’il se développe, nous l’accepterons, comme nous l’avons déjà fait pour la Guinée Bissau ou le Cap Vert», promet Kissinger.
- «Il recèle d’immenses richesses et dans 10 à 12 ans, il deviendra le Kuwait de la région», affirme l’Algérien.
- «Mais, nous ne nous y opposons pas. Nous n’avons pas un intérêt particulier».
- «Il est important que l’équilibre de la région soit maintenu. Je ne pense pas que vos intérêts s’accommodent du désordre».
- «Je suis d’accord avec vous», certifie le secrétaire d’Etat.
Le ministre algérien passe alors à autre chose et sonde son interlocuteur. «J’étais étonné de voir la France et la Tunisie travailler ensemble comme forces méditerranéennes. Avec les problèmes du Moyen-Orient, de Chypre, et ceux qui existent au Maghreb, parler de la Méditerranée relève plutôt de l’optimisme». Kissinger botte en touche : « En réalité, nous sommes inactifs dans cette région et nous évitons de prendre position pour un camp ou un autre. Nous ne vous avons pas aidés, nous ne l’avons pas fait pour le Maroc non plus. Laissez moi réfléchir à ce que nous pouvons faire. Je n’aime pas faire des promesses que je ne pourrais pas tenir». A l’initiative du secrétaire d’Etat américain, la discussion tourne alors autour de la guerre en Angola et du Moyen- Orient.
Source: Le soir d’algerie

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